La pollution : le nouveau tabac !

Pr Colas Tcherakian, Dre Lucile Sesé

Auteurs et déclarations

22 septembre 2023

La pollution, et notamment celle engendrée par les feux de forêts, est bien un facteur aggravant de susceptibilité aux agents pathogènes, et provoque des réponses différentes chez les hommes et les femmes. Ces données sont importantes à comprendre, alors que les pneumologues rappellent que le combat contre la pollution devrait être aussi important que celui mené contre le tabac. Entretien avec le Pr Colas Tcherakian (hôpital Foch) et la Dre Lucile Sesé (hôpital Avicenne) lors du congrès européen sur les maladies respiratoires.

 

TRANSCRIPTION

Colas Tcherakian – Bonjour à tous, je suis ravi de vous retrouver sur Medscape pour discuter pollution et poumons encore une fois avec la Dre Lucile Sésé. qui a comme caractéristique d’être pneumologue, et de s’intéresser beaucoup à l’environnement et aux retentissements de l’environnement sur les maladies respiratoires.

Aujourd’hui nous allons aborder encore une fois certaines sessions qui ont eu lieu congrès de l'European Respiratory Society (ERS) 2023 sur l’impact de l’environnement sur la santé respiratoire. Lucile Sesé, qu’y-avait-d’intéressant à écouter à l’ERS sur « environnement et santé respiratoire » ?

Pollution et susceptibilité accrue aux agents pathogènes

Lucile Sesé – Bonjour, merci beaucoup. Il y avait, cette année plusieurs sessions sur le climat, la pollution et la santé respiratoire. D’abord, on a compris que le changement climatique était un véritable enjeu en santé du fait des modifications épidémiologiques des agents pathogènes qui sont sensibles au climat, donc les virus, les pollens. Puis des événements naturels catastrophiques sont de plus en plus fréquents, comme les inondations et ceux auxquels nous sommes le plus confrontés comme les feux de forêt.

Les feux de forêt sont des combustions de bois qui vont émettre énormément de pollution aux particules et particules fines, et des composés organiques volatiles, (benzène etc.)… La composition de la fumée va dépendre beaucoup de la nature du bois ou des différents éléments. Or ces événements d’exposition massive à la pollution vont avoir un effet, après une exposition secondaire à un agent viral : il y aura une réaction importante, et une mortalité et une morbidité plus lourdes. Cela nous a été surtout montré grâce au COVID, puisque les personnes les plus exposées à la pollution ont présenté des formes plus sévères de COVID …

Colas Tcherakian – Donc l’idée est de dire qu’aujourd’hui il n’y a pas seulement la pollution d’un côté et les virus de l’autre côté, mais que ce qu’on respire, c’est un mélange des choses… et que, finalement, la pollution pourrait influencer la réponse immunitaire aux virus et éventuellement nous faire tomber plus facilement malade, par exemple s’il y a un contexte de pollution et qu’en plus il y a un virus dans le coin. C’est cela ?

Une réaction différente selon le sexe

Lucile Sesé – Exactement. Et c’est une information d’autant plus importante pour nos patients qui ont des maladies respiratoires chroniques ; d’où l’importance des vaccinations régulières pour les protéger au maximum.

Les travaux qui ont été présentés à une session par la Dre Meghan Rebuli, qui est une toxicologue aux États-Unis. [1,2] Elle a étudié cette réponse immunitaire face aux agents pathogènes viraux suite à une exposition importante à la fumée de bois. Il s’agissait d’une série d’individus qui ont participé à cette étude dans laquelle ils ont été d’abord exposés pendant deux heures à la fumée de bois, puis on leur a inoculé le virus de la grippe et comparé l’expression cellulaire et génique vis-à-vis de l’hôte.

Les résultats ont montré une réaction différente selon le sexe. Chez les hommes, il y avait vraiment une augmentation de la réponse inflammatoire, alors que chez les femmes il y a vraiment eu une diminution de l’expression des gènes de défense de l’hôte vis-à-vis du virus. Donc biologiquement, hommes et femmes ont des réponses qui diffèrent face aux agressions de l’environnement et c’est intéressant d’en tenir compte, en particulier dans les études épidémiologiques et ces nouvelles études d’exposome. Parce que ce jusqu’à aujourd’hui – en tout cas, vis-à-vis des feux de forêt et de la pollution liée à la combustion – on a étudié dans des populations qui étaient très genrées. C’est-à-dire que concernant les effets des feux de forêt, c’était surtout les pompiers qui étaient exposés, donc des hommes, alors que l’exposition à la combustion, à la biomasse, c’est surtout des femmes dans les pays en voie de développement. Donc cette équipe souligne l’importance de tenir compte du sexe pour mieux comprendre les effets sanitaires de ces expositions cumulées et additionnées.

Colas Tcherakian – C’est donc vraiment un ballet à trois : il y a la pollution, les espèces infectieuses et l’hôte. Et chez l’hôte lui-même, en fonction du sexe, la réponse diffère. C’est vrai que j’ai été étonné… Pour nous, il y a l’hôte, l’agent infectieux, l’agent infectieux pénètre, l’hôte s’en débarrasse et il guérit, ou il meurt. Globalement, c’était assez simple. Mais c’est plus compliqué que cela, parce qu’on se rend compte qu’on peut tout à fait avoir des gens qui ont un portage viral – on le voit quand on fait des PCR viraux à des patients qui vont bien, on se rend compte qu’ils ont un virus dans le nez – et on se rend compte aussi qu’il va falloir ce qu’on appelle un deuxième hit pour que, parfois, la particule devienne infectante.

Biologiquement, hommes et femmes ont des réponses qui diffèrent face aux agressions de l’environnement.

 

J’avais été impressionné par une étude où on voyait, après des tempêtes de vent de sable, les pics d’infection COVID qui survenaient, derrière, ou après les pics de pollution. [3]

 

La pollution : le nouveau tabac

Colas Tcherakian – Donc on se rend compte qu’on ne respire pas une chose, mais on respire une somme de choses, que parfois on a le virus, mais qu’on n’est pas encore malade et qu’il va falloir quelque chose de plus pour nous rendre malades. On progresse beaucoup dans cette compréhension de la maladie infectieuse depuis qu’on a introduit ce paramètre qui est la composante pollution de l’environnement. C’était, à mon sens – c’est pour ça que je voulais qu’on en discute – un élément phare de ces sessions de l’ERS, et très clairement, on a l’impression que l’ERS, qui regroupe, quand même, les pneumologues européens et même mondiaux, a fait de la pollution le nouveau tabac, et que c’est vraiment un cheval de bataille.

Du coup, c’est bien qu’il y ait des gens comme toi, qui soient très investis et qui nous permettent de relayer ce genre d’information et qui font des travaux, aussi, très intéressants. Parce que tu n’en as pas parlé, mais tu as fait des très beaux travaux qui montrent que la fibrose pulmonaire est influencée dans son évolution, finalement, par la pollution extérieure. [4] On aime bien savoir qu’il y a aussi des gens, chez nous, qui s’occupent de ce sujet.

Est-ce que tu veux nous redonner 2-3 informations ou une conclusion sur ta vision de la pollution ?

Lucile Sesé – Je crois que quelque chose est en train de changer : dans l’esprit des pneumologues, la pollution est effectivement le nouveau combat, c’est le nouveau tabac.  Grâce à la SPLF [Société de Pneumologie de Langue Française], nous somme en train de monter une mission qui a pour objectif de parler de pollution et climat. Et aujourd’hui, on a défini notre objectif qui est de dire « on veut créer des documents pour permettre aux pneumologues de se sentir à l’aise de parler des méfaits de la pollution et du climat, autant qu’ils seraient capables de parler des méfaits du tabac. » Parce qu’on est sollicité de plus en plus par les médias et je pense que les pneumologues ont un rôle à jouer et nous devons tous être capables de pouvoir prendre la parole sur ce sujet. Néanmoins, ce sont des études et des travaux qui ne sont pas faciles à comprendre, à décrypter, qui sont surtout des études menées par des épidémiologistes. Avec toutes les bonnes volontés – et ce groupe est vraiment ouvert – on va essayer de créer des documents pour permettre à la société de communiquer et de mieux comprendre ce sujet.

Dans l’esprit des pneumologues, la pollution est effectivement le nouveau combat, c’est le nouveau tabac.

 

Colas Tcherakian – Donc la SPLF est vraiment le relais local de la pneumologie ici, en France et c’est une très belle initiative, parce qu’effectivement je crois que le pneumologue doit être présent pour ce nouveau combat, parce qu’on est vraiment au premier rang des maladies avec les maladies cardiovasculaires.

Lucile, Merci beaucoup pour ces résumés très intéressants et fondamentaux sur la compréhension de l’environnement, de la pollution et des maladies respiratoires.

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