La prévalence des maladies à caractère professionnel a sérieusement augmenté

Jacques Cofard

Auteurs et déclarations

20 avril 2023

France — Trois jours après la promulgation de la loi sur la réforme des retraites et alors que le gouvernement planche sur une future loi travail, Santé publique France (SPF) a publié des données importantes en lien avec la pénibilité du travail [1].

Elles montrent qu’alors que le nombre de médecins du travail a baissé entre 2012 et 2018, la prévalence des maladies à caractère professionnel (MCP), maladies en lien avec le travail mais non reconnues par les régimes de sécurité sociale, a en revanche augmenté.

C'est ce qui ressort du programme de surveillance des maladies à caractère professionnel en France sur la période 2012-2018, réalisé par Santé publique France[1].

« Nous mettons à disposition des acteurs du dialogue social mais aussi des équipes de recherche ce programme de surveillance des maladies à caractère professionnel », a d'emblée déclaré Mélina Le Barbier, directrice adjointe Santé Environnement Travail de Santé publique France, lors d’une conférence sur le sujet.

À ce titre, SPF distingue les maladies professionnelles indemnisables (MPI) par la sécurité sociale, de celles qui ne le sont pas, et constituent les maladies à caractère professionnelle, les MCP (burnout, cancer du pancréas, de la vessie, maladies liées à l’amiante…) objet de la présente étude.

« Concernant ces maladies à caractère professionnel non reconnues par la sécurité sociale, il n'y a pas de données visibles, raison pour laquelle nous produisons des datas depuis 2003 », précise Juliette Chatelot, épidémiologiste à l'Unité qualité des milieux de vie et du travail et santé des populations à Santé publique France.

« 1400 équipes de santé au travail ont été mobilisés »

Comme l'explique Juliette Chatelot, le recueil de ces datas s'effectue sur des périodes de 15 jours, deux fois par an, dans 7 régions métropolitaines et deux territoires d'Outre-mer.

« Entre 2012 et 2018, 1400 équipes de santé au travail ont été mobilisées, qui ont passé en revue entre 30 000 et 80 000 salariés par an », complète Juliette Chatelot. Selon Santé publique France, ces équipes de santé au travail remontent également des données ayant trait aux « agents d'expositions professionnelles », et aux « caractéristiques socioprofessionnelles de tous les salariés ». Ce recueil de données permet aussi d'évaluer la sous-déclaration de ces pathologies en maladie professionnelle « par comparaison aux données de réparation issues du régime général de la sécurité sociale et de la mutualité sociale agricole».

Taux plus important chez les femmes

Premier enseignement de cette étude : le taux de signalement de MCP a augmenté entre 2007 et 2018. « Le taux passait de 6,2% à 11,4% chez les femmes, et de 4,9 à 7,1% chez les hommes », indique Juliette Chatelot.

« Chez les hommes, les taux de signalement les plus élevés étaient régulièrement observés dans les secteurs de la construction et de l’industrie. Chez les femmes, le taux de signalement de MCP dans le secteur des transports et entreposage était l’un des plus élevés chaque année », précise Santé publique France.

« Chez les hommes, la moitié des MCP sont relatives à des troubles musculo-squelettiques (TMS), suivis par les troubles psychiques puis les troubles de l'audition. Chez les femmes, Les MCP majoritaires sont liées aux troubles psychiques, suivies des troubles musculo-squelettiques », relate Juliette Chatelot.

Plus précisément, « chez les femmes, la part de la souffrance psychique était en augmentation constante entre 2012 et 2018 (passant de 42 à 52 % sur la période). Il s’agissait ainsi du groupe de pathologie le plus fréquemment signalé chez les femmes à compter de 2013, suivi par les TMS qui représentaient environ 40 % des pathologies signalées », détaille Santé publique France, dans son étude. 

Chez les femmes, la part de la souffrance psychique était en augmentation constante entre 2012 et 2018 (passant de 42 à 52 % sur la période).

Répartition par catégorie socio-professionnelle

Outre la répartition de ces MCP par genre, Santé publique France a aussi étudié leur répartition par catégorie socio-professionnelle. « Un gradient social a été observé, la prévalence des TMS étant maximale chez les ouvriers et minimale chez les cadres. Pour la souffrance psychique, cette tendance semblait inversée, même si ces résultats étaient à interpréter avec précaution en raison d’une possible sous-déclaration chez les ouvriers », constate santé publique.

Aussi, à l'origine des TMS, on trouve à plus de 80% des facteurs biomécaniques (mouvements répétitifs, posture, travail avec force), tandis que ce sont les facteurs organisationnels, relationnels et éthique (FORE), qui causent 99% des troubles psychiques. Parmi ces FORE, on retrouve 6 groupes : exigence inhérente à l’activité ; management ; relation au travail et violence ; éthique personnelle et conflit de valeurs ; éthique de l’entreprise ; autre facteur de majoration.

Ces FORE étaient plus souvent associés à des TMS ou des troubles psychiques chez les femmes que chez les hommes. « Par ailleurs, les trois principaux groupes de FORE de niveau 1 étudiés (« management », « relation au travail et violence » et « exigences inhérentes à l’activité ») représentaient plus de neuf FORE sur dix signalés en lien avec des TMS ou de la souffrance psychique », complète Santé publique France.

Sous-déclaration de 71%

Qui constate aussi que la sous-déclaration des TMS en 2018 s'élevait à 71%.

Pourquoi ?

« Cette sous-déclaration est due à une méconnaissance du système, un bilan diagnostique insuffisant et un refus du salarié de déclarer sa MCP, de peur de perdre son emploi », explique Juliette Chatelot.

Autre donnée inquiétante : la baisse de la participation des médecins du travail au programme de recueil des données. « Le taux de participation des médecins du travail a diminué passant de 17 % de participants en 2012 à 13 % en 2018, avec une couverture géographique du dispositif relativement stable. »

Une baisse due, probablement, à une diminution du nombre de médecins du travail dans le paysage médical, semble penser Santé publique France.

Cette sous-déclaration est due à une méconnaissance du système, un bilan diagnostique insuffisant et un refus du salarié de déclarer sa MCP, de peur de perdre son emploi.

 

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