Annoncer un décès : une nouvelle fiche du Cn2r à l’attention des soignants

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

20 avril 2023

Paris, France – Le centre de ressources et de résilience (Cn2r) met à disposition des professionnels de santé une nouvelle ressource intitulée « Soignant, j’annonce un décès » [1]. S’il n’y a pas de bonnes façons d’annoncer une mauvaise nouvelle, des repères présents dans ce document permettent que l’annonce puisse se faire avec professionnalisme, empathie et respect, en protégeant aussi bien la personne qui fait l’annonce que celle qui la reçoit.

Prévenir un deuil compliqué et un trouble de stress post-traumatique

Professionnel de santé en établissement de soins ou en libéral, vous avez probablement déjà eu à annoncer un décès. Chaque annonce est difficile et différente mais mieux annoncer un décès est l’un des facteurs de prévention du deuil compliqué et du trouble de stress post-traumatique.

C’est pourquoi ce document du Cn2r – centre basé à Lille, créé à la suite des attentats de 2015 – donne des repères afin d’annoncer le décès dans les meilleures conditions possibles. « Si ce moment est sensible pour les endeuillés, il l’est aussi pour les soignants », indique le Cn2r. C’est pour cela que sont donnés à la fin du document des conseils au soignant afin de se protéger lui-même.

Se préparer

Le document distingue la période avant l’annonce qui permet de se préparer. Il conseille de procéder à l’annonce au(x) proche(s) de la personne décédée le plus tôt possible et de le faire, si possible, en binôme. L’annonce est habituellement faite par un médecin, soit le praticien en charge du patient décédé soit, lorsqu’il est absent, par le médecin qui a constaté le décès. Il est le « messager », le seul qui prend la parole durant tout l’entretien tandis que la seconde personne, infirmier ou aumônier, peut être présente en soutien. Elle est la « sentinelle », chargée de veiller aux réactions du proche et son entourage.

Prendre le temps

Le Cn2r rappelle qu’une attitude bienveillante et chaleureuse marque une différence significative dans le souvenir durable que l’endeuillé en gardera et dans l’amorce de son deuil. Il conseille aussi de prendre le temps, 30 minutes sont un minimum. Un « temps d’assimilation des proches est nécessaire également avant de pouvoir évoquer avec eux un éventuel don d’organes » précise-t-il.

Après l’annonce, il n’est pas rare que l’endeuillé pose des questions comme « Que s’est-il passé ? » « A-t-il souffert ? » « Est-il mort seul ? » « Peut-on le voir ? ». Il est donc préférable de s’y’être préparé et il important de rassurer les proches et d’affirmer que tout a été fait pour que la souffrance soit épargnée au défunt.

« Si le proche souhaite davantage d’explications, expliquez les causes du décès en termes simples et clairs, sans utiliser de jargon médical », conseille la fiche du Cn2r.

Celle-ci donne un exemple de déroulé de conversation lorsqu’il s’agit de joindre le proche par téléphone pour lui demander de se rendre jusqu’à l’établissement de soins et donne un mémo de la méthode des 4R (recueillir les informations, répartir les rôles, revoir l’annonce, repérer son état émotionnel).

Utiliser des mots simples, clairs et sans ambiguïté

Pour ce qui est du déroulé de l’annonce, mieux vaut se situer dans un endroit calme, et que tous les intervenants puissent être assis. Quand c’est le cas, après s’être identifié, le messager annonce graduellement les faits. Il peut, pour cela, apporter des repères chronologiques et factuels comme indiqué en exemple dans le document.

Il est alors conseiller d’utiliser des mots simples, clairs et sans ambiguïté comme « mort », « décédé », adaptés, par ailleurs, au contexte des personnes et de parler lentement. L’information devra sûrement être répétée car l’endeuillé peut être en état de choc, comme anesthésié dans ses réactions ou ne pas vouloir comprendre la nouvelle.

Respecter le rythme de l’endeuillé

Dans le cas où l’annonce doit se faire par téléphone, préférer un lieu calme et sans bruits parasites. Le mieux est de s’assoir pour passer l’appel, de prévoir au minimum 20 minutes et de s’assurer que la personne qui va recevoir l’information n’est pas dans un lieu inapproprié (transports en commun, en voiture, dans un magasin…).

Comme pour une annonce en présence, l’annonce par téléphone doit être progressive, en veillant au ton de sa voix. A la suite de l’annonce, il est important de respecter le rythme de l’endeuillé et de respecter les silences sans en avoir peur, ni être gêné.

Quand l’endeuillé s’exprime, le messager ne l’interrompt pas mais lui laisse le temps tandis que la sentinelle veille aux réactions des uns et des autres. Enfin, la personne qui fait l’annonce peut être amenée à répondre aux questions pratiques émises par le proche (déclaration de décès, contact des pompes funèbres, horaires de la morgue de l’hôpital, etc) et le rassurer sur la disponibilité de l’équipe médicale à répondre aux questions qu’il pourrait se poser ultérieurement.

Soignants, soyez attentif à votre propre état émotionnel

Côté soignants, le document ne manque pas de rappeler qu’il n’est jamais anodin d’annoncer un décès que ce soit une mort soudaine et brutale ou alors une issue redoutée mais attendue comme lors d’une longue maladie.

Ce moment délicat et important, renvoie à la question de son propre rapport à la mort et à la perte, et peut vous laisser des marques, prévient la fiche du Cn2r. Il est donc important d’être attentif à son propre état émotionnel.

« Même pour le plus expérimenté des professionnels, certaines circonstances peuvent être extrêmement déstabilisantes comme l’annonce de la mort d’un enfant par exemple ou celle d’un patient suivi depuis longtemps ou avec qui des liens se sont noués », ajoute le document.

Dans un article que nous avions consacré à la réaction des cardiologues face à la mort de leurs patients, l’un d’entre eux résumait ainsi son ressenti : « Certes, on est confronté régulièrement à la mort mais on ne s’y habitue jamais ». Pour la grande majorité de ceux qui avaient participé à une enquête (83 %), ces morts avaient d’ailleurs un impact émotionnel important (supérieur ou égal à 5 sur une échelle de 1 à 10).

Alors que l’enquête mettait en exergue la solitude du médecin face à la mort d’un patient, et le fait qu’il est difficile d’en parler à ses collègues, mais aussi à la famille et à ses amis, le Cn2r préconise, une fois l’annonce effectuée, que le messager et la sentinelle puissent « échanger leurs impressions et ressentis s’ils en éprouvent le besoin ». Dans le petit mémo dédié aux soignants, il est ainsi conseiller de « favoriser la solidarité et la communication avec les collègues et les proches ».

 

Pour en savoir plus :
Ressource « soignant, j’annonce un décès ».
Mémo « soignant, j’annonce un décès » (version courte).
Psychiaclic : Aide diagnostique et thérapeutique en psychiatrie destinée à l’accompagnement de la prise de décision des médecins généralistes pendant la consultation

 

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