Tabac, alimentation, alcool… : les idées reçues sur le cancer persistent

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

15 février 2023

France – Réalisé tous les 5 ans depuis 2005, le Baromètre cancer permet de faire un état des lieux des connaissances, des perceptions et des habitudes de vie en lien avec le cancer des Français. L’Institut national du cancer (InCA), en partenariat avec Santé publique France (SPF), vient de rendre public les résultats du baromètre 2021 issus de l'analyse des réponses à un entretien téléphonique d'un échantillon représentatif de près de 5000 personnes âgées de 15 à 85 ans [1].

Si ce type d'étude permet de constater l'évolution des mentalités au cours du temps, il permet aussi de montrer que les idées reçues ont la vie dure. Et la nouvelle édition le prouve encore une fois. En voici quelques-unes.

IDÉE FAUSSE 1 : « le cancer est une maladie héréditaire »

Le rapport révèle que 67,7 % des enquêtés adhèrent à cette idée fausse. Pour comprendre pourquoi le cancer était considéré comme une maladie héréditaire par un nombre si important de participants, il leur a été demandé d'expliquer leur réponse. « Les données montrent que les pratiques médicales de prise en charge des cancers permettent de comprendre cette croyance », écrivent les auteurs du rapport. 

« En effet, d’une part, les professionnels de santé questionnent quasi-systématiquement les personnes sur les antécédents de cancer au sein de la famille et, d’autre part, dès lors qu’un membre de la famille est atteint d’un cancer, la surveillance médicale des autres membres de la famille est souvent renforcée, ce qui motiverait ainsi les Français à penser que le cancer est héréditaire », précisent-ils.

Par ailleurs, il semble y avoir une confusion entre hérédité et génétique née de la présence de gènes impliqués dans le cancer. Ce sont les gènes de prédisposition au cancer qui sont transmis et non le cancer. En outre, les auteurs s'inquiètent que cette idée fausse puisse « conduire la population à considérer que les comportements de prévention sont superflus, car le cancer serait transmis ».

IDÉE FAUSSE 2 : « Le nombre de cigarettes consommées par jour est plus dangereux que la durée du tabagisme »

Si 40,6 % des fumeurs pensent que la durée du tabagisme influence davantage l’apparition de cancer, 58,1 % pensent que c’est le nombre de cigarettes fumées par jour.

Les experts de l'InCA et de SPF indiquent que l’exposition prolongée dans le temps aux substances cancérigènes est nettement plus toxique. Quant au seuil de dangerosité en nombre de cigarettes fumées par jour, les répondants considèrent qu'il est de 9,2 cigarettes par jour en moyenne. Et ils fixent le seuil de dangerosité perçu en nombre d’années de tabagisme à 13,4 ans en moyenne.

Autrement dit, « les personnes interrogées perçoivent très bien le fait que fumer engendre un risque, mais une part importante des fumeurs pensent qu’une consommation faible ou limitée dans le temps n’engendre pas de risque ». Or, on sait que même une consommation occasionnelle de tabac augmente la mortalité.

Autres idées reçues autour du tabagisme et du lien au cancer : 33,9 % des interrogés sont d'accord avec l'affirmation « Fumer ne peut provoquer un cancer que si l’on fume beaucoup et pendant longtemps », 43,3 % avec celle que « la pollution provoque plus de cancer que le tabac », 54,6 % considèrent que « faire du sport permet de se nettoyer les poumons du tabac » et 61,6 % qu’ « un fumeur peut éviter d’avoir un cancer à cause de la cigarette s’il sait s’arrêter à temps ».

IDÉE FAUSSE 3 : « le surpoids et l'obésité ne sont pas des facteurs de risque de cancer »

Alors que l'alimentation et le surpoids représentent les troisième et quatrième facteurs de risque de cancers évitables après le tabac et l'alcool, seulement 30 % des personnes interrogées en sont certaines.

« Parmi les causes de cancer perçues citées spontanément, le surpoids et l'obésité ne sont citées que 100 fois (sur 12 558 réponses) », indique le rapport. Les auteurs avancent une explication : la communication s'est concentrée sur l'alimentation comme facteur protecteur de santé, notamment dans la lutte contre les maladies cardiovasculaires, « le lien entre cancer et alimentation est moins présent dans l'espace public », déplorent-ils.

IDÉE FAUSSE 4 : « L’allaitement n’a pas d’influence sur le risque de cancer du sein de la mère »

62,8 % des enquêtés, femmes et hommes pour la première fois, le pensent. Et près d'un enquêté sur trois déclare qu'il existe des bénéfices pour la santé de la mère de l'allaitement.

IDÉE FAUSSE 5 : « Les UV artificiels sont moins nocifs que les ultraviolets solaires »

L'exposition aux rayons UV, qu'ils soient d'origine naturelle ou artificielle, représente un facteur de risque majeur de cancer cutané. Une personne sur cinq (20,9%) considère cependant que les séances UV en cabine sont moins nocives que le soleil.

IDÉE FAUSSE 6 : « Subir le stress de la vie quotidienne est un facteur favorisant l'apparition du cancer »

Concernant les facteurs psychologiques liés au cancer, les auteurs ont constaté que ceux qui ne sont pas avérés scientifiquement sont paradoxalement plus cités que des facteurs avérés. Il y a un réel décalage entre les données scientifiques et les croyances des Français. Par exemple, « avoir travaillé de nuit » est majoritairement perçu comme ne favorisant pas le risque de cancer, alors que le risque est bel et bien démontré par des travaux scientifiques. En revanche, « ne pas arriver à exprimer ses émotions », « avoir été fragilisé par des expériences traumatiques » et « subir le stress de la vie moderne » sont perçus comme des facteurs favorisant l’apparition du cancer, sans aucun fondement scientifique.

IDÉE FAUSSE 7 : « La cigarette électronique est aussi ou plus nocive que la cigarette traditionnelle »

52,9 % des répondants sont d'accord avec cette information. La nicotine et les arômes contenus dans la cigarette électronique sont largement perçus comme plutôt ou extrêmement nocifs pour la santé. Or, rappellent les experts, « aucune étude publiée sur les substituts nicotiniques n’a montré d’effets nocifs pour la santé et encore moins comme facteur de cancer : les doses de nicotine délivrées par les cigarettes électroniques sont proches des substituts nicotiniques classiques et il n’a pas été montré d’effet cytotoxique de la nicotine sous forme vaporisée. » Il semblerait qu'ici il y ait une confusion entre dépendance et risque de cancer.

IDÉE FAUSSE 8 : « Certaines personnes peuvent boire beaucoup d’alcool toute leur vie sans jamais développer de cancer »

Huit personnes interrogées sur dix partagent cette opinion contraire aux données de la littérature scientifique. Pour les auteurs du rapport, la dangerosité de l’alcool sur la santé semble méconnue. Ainsi, bien que l’alcool soit la deuxième cause de cancers, seul un tiers des enquêtés le citent spontanément comme l’une des principales causes de cancers. Et ils sont même 23,5% à considérer que « boire un peu de vin diminue le risque de cancer plutôt que de ne pas en boire du tout ».

 

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