Cancer du sein HR+ : les patientes peuvent interrompre leur traitement pour poursuivre une grossesse

Liam Davenport

Auteurs et déclarations

5 janvier 2023

San-Antonio, États-Unis – D’après les résultats de l’étude prospective POSITIVE présentés lors du San Antonio Breast Cancer Symposium (SABCS) 2022 [1], les femmes ayant survécu à un cancer du sein à récepteurs hormonaux (HR+) peuvent interrompre leur traitement endocrinien pendant une période allant jusqu’à deux ans afin de poursuivre une grossesse sans que cela n’affecte l’évolution de leur maladie à court terme.

L’étude a porté sur plus de 500 femmes préménopausées dans 20 pays différents qui avaient reçu un traitement endocrinien d’au moins 18 mois pour un cancer du sein HR+. Après une période d’élimination de trois mois, elles ont eu deux ans pour concevoir, accoucher et allaiter leur enfant avant de reprendre le traitement.

Il est important de noter que l’interruption du traitement n’a pas eu d’impact sur les taux de récidive, le taux d’échec à 3 ans de l’intervalle sans cancer du sein (BCFI) de près de 9 % se comparant favorablement aux données antérieures.

De plus, près des trois quarts des femmes ont mené au moins une grossesse, la majorité dans les deux ans, et la grande majorité avait repris le traitement endocrinien à la fin de la période d’étude.

« Ces données soulignent la nécessité d’intégrer des soins, des traitements et des choix en matière de procréation centrés sur les patientes dans le traitement et le suivi des jeunes femmes atteintes d’un cancer du sein, afin qu’elles puissent non seulement survivre, mais aussi s’épanouir pour la suite », a déclaré l’auteure principale de l’étude, la Dre Ann Partridge, vice-présidente de l’oncologie médicale au Dana-Farber Cancer Institute et professeur de médecine à la Harvard Medical School (Boston, Massachusetts, États-Unis).

Elle a toutefois souligné que les résultats obtenus jusqu’à présent proviennent d’un suivi sur trois ans. L’équipe prévoit maintenant de suivre les femmes pendant « au moins une décennie... pour surveiller la reprise d’un traitement indépendant et l’évolution de la maladie, car le retour tardif » du cancer du sein HR+ suscite de grandes inquiétudes chez les patientes.

Ce point a également été soulevé par la Dre Marleen I. Meyers, oncologue médicale au NYU Langone Perlmutter Cancer Center, (New York, États-Unis) qui n’a pas participé à l’étude. Tout en saluant l’étude comme offrant la « première preuve réelle » que le traitement peut être interrompu en toute sécurité, elle a déclaré qu’elle serait « prudente, car le suivi est court et nous savons que le cancer du sein hormono-positif peut récidiver dans les 10 ans suivant le diagnostic et au-delà. »

La Dre Meyer a également souligné que « la perte potentielle de la fertilité et de la capacité à avoir des enfants biologiques... [est] l’une des conséquences les plus dévastatrices pour les jeunes femmes atteintes d’un cancer du sein ».

« Nous avons parcouru un long chemin en matière de préservation de la fertilité », poursuit la Dre Meyers, mais attendre de terminer les 5 à 10 années recommandées de traitement endocrinien « rend moins réaliste la possibilité de porter un enfant ».

« Cette étude donne de l’espoir à certaines femmes atteintes d’un cancer du sein à récepteurs hormonaux positifs de pouvoir interrompre leur traitement tout en obtenant de bons résultats », a-t-elle déclaré.

La Dre Partridge a déclaré que « les femmes sont souvent découragées » de tomber enceinte, et que l’administration d’un traitement endocrinien adjuvant pendant la période standard de 5 à 10 ans « compromet la conception » chez les femmes atteintes d’un cancer du sein HR+.

Détails de l’étude

L’étude POSITIVE était un essai à un seul bras impliquant des femmes préménopausées âgées de 42 ans maximum au moment de leur entrée dans l’étude.

Elles devaient avoir subi un traitement endocrinien adjuvant d’au moins 18 mois et de 30 mois maximum pour un cancer du sein HR+ de stade I-III, sans preuve clinique de récidive.

Les femmes pouvaient également avoir subi une chimiothérapie néoadjuvante antérieure avec ou sans préservation de la fertilité.

Les femmes ont interrompu leur traitement endocrinien dans le mois qui a suivi leur inscription à l’essai et ont ensuite subi une période d’élimination du traitement de 3 mois avant de disposer de 2 ans pour concevoir, donner naissance à un bébé et l’allaiter.

Il leur a ensuite été « fortement recommandé » de reprendre un traitement endocrinien pour achever les 5 à 10 années de traitement prévu, avec un suivi prévu jusqu’à 10 ans.

Au total, 518 femmes ont été recrutées dans 116 centres répartis dans 20 pays sur quatre continents, dont 516 étaient disponibles pour l’analyse primaire d’efficacité. Le délai médian entre le diagnostic de cancer du sein et le recrutement était de 29 mois.

L’âge médian des participantes au moment de l’inscription était de 37 ans, et 75 % d’entre elles n’avaient jamais eu de naissance antérieure. Un cancer de stade I ou II a été diagnostiquée dans 93 % des cas.

La durée médiane du traitement endocrinien avant l’inscription était de 23,4 mois.

Des modulateurs sélectifs des récepteurs d’œstrogènes (SERM) ont été administrés seuls à 42 % des patientes, tandis que 36 % ont reçu un SERM en plus d’une suppression de la fonction ovarienne. Par ailleurs, 16 % des femmes ont reçu un inhibiteur de l’aromatase en plus de la suppression de la fonction ovarienne.

La majorité des femmes (62 %) avaient reçu une chimiothérapie néoadjuvante préalable.

Le critère principal d’évaluation du BCFI à 3 ans a été mesuré après un suivi médian de 41 mois. Il y a eu 44 événements, avec un taux d’échec du BCFI à 3 ans de 8,9 %. Le taux d’échec à 3 ans de l’intervalle de survie sans récidive à distance (DRFI) a été calculé à 4,5 %, avec 22 événements.

Pour fournir un contrôle externe, les chercheurs ont examiné les données des essais SOFT et TEXT afin de constituer une cohorte de 1 499 femmes dont les caractéristiques des patientes, de la maladie et du traitement ont été équilibrées.

Cette étude n’a révélé aucune différence significative en matière de BCFI entre les deux groupes, avec un hazard ratio (HR) de 0,81 (IC 95 %, 0,57-1,15) et une différence de taux de BCFI à 3 ans de 0,2 % entre les essais SOFT, TEXT et POSITIVE.

Il n’y avait pas non plus de différence significative dans les taux de DRFI, (HR : 0,70 [IC 95 %, 0,44-1,12]), et une différence de taux à 3 ans de 1,4 %.

Pour l’analyse du critère secondaire, l’équipe a inclus 497 femmes de la cohorte POSITIVE, dont 368 (74 %) ont au moins mené une grossesse, soit un total de 507 grossesses. Au moins une naissance vivante a été enregistrée chez 64 % des femmes, soit 86 % de celles qui sont tombées enceintes.

 
Cette étude n’a révélé aucune différence significative en matière de BCFI entre les deux groupes, avec un HR de 0,81.
 

La Dre Partridge a noté qu’environ 43 % des femmes ont eu recours à une méthode de reproduction assistée à un moment donné au cours de la période étudiée.

Des complications de grossesse ont été observées dans 11 % des cas, les plus fréquentes étant l’hypertension/prééclampsie dans 3 % des cas et le diabète dans 2 % des cas.

Il y a eu au total 350 naissances vivantes chez 317 femmes, dont 335 naissances simples et 15 paires de jumeaux. Seuls 8 % des enfants avaient un poids insuffisant à la naissance et 2 % présentaient une anomalie congénitale. 62% des femmes ont déclarés avoir choisi d’allaiter leur enfant.

En effectuant une analyse de référence sur 18 mois, l’équipe a constaté que la grossesse n’augmentait pas les taux de BCFI (intervalle sans cancer du sein), avec un rapport de risque par rapport aux femmes non enceintes de 0,53 après contrôle de l’âge, de l’indice de masse corporelle, de l’état des ganglions lymphatiques, de la chimiothérapie antérieure et du traitement antérieur par inhibiteur de l’aromatase.

Après 48 mois de suivi, 76 % des femmes avaient repris un traitement endocrinien. Par ailleurs, 8 % des femmes ont connu une récidive du cancer ou sont décédées avant d’avoir pu reprendre le traitement, tandis que 15 % n’avaient pas encore repris le traitement pour d’autres raisons.

Parmi les femmes non atteintes de la maladie qui n’avaient pas repris de traitement endocrinien, 79 % ont déclaré, lors de leur dernier suivi, qu’elles poursuivaient leur grossesse, qu’elles avaient une grossesse en cours ou récente ou qu’elles continuaient à allaiter pour cette raison.

Commentant l’étude, la Dre Jennifer K. Litton, vice-présidente de la recherche clinique au MD Anderson Cancer Center (Université du Texas, Houston, États-Unis), a déclaré qu’il s’agissait d’une « étude difficile à concevoir et à réaliser ».

 
Après 48 mois de suivi, 76 % des femmes avaient repris un traitement endocrinien.
 

« Cela nous donne vraiment un premier aperçu de la sécurité d’une pratique qui avait déjà cours », a-t-elle commenté. Elle a aussi souligné que l’interruption du traitement pour poursuivre une grossesse reste « une décision individuelle exceptionnelle ».

La Dre Litton a par ailleurs noté le fait que ces résultats ne s’appliquent qu’à la thérapie endocrinienne et non aux femmes sous d’autres thérapies comme l’abemaciclib, par exemple, pour lesquelles le traitement doit être « entièrement achevé » avant d’envisager toute interruption du traitement.

Elle a ajouté, de manière plus générale, que « nous devons continuer à améliorer la discussion des problèmes de fertilité avec nos patientes atteintes d’un cancer du sein qui désirent une future grossesse ».

 

Financements et liens d’intérêts
L’étude a été parrainée et menée par le Groupe international d’étude du cancer du sein (IBCSG), une division de la Fondation ETOP IBCSG Partners, et par l’Alliance for Clinical Trials in Oncology en Amérique du Nord, en collaboration avec le Breast International Group (BIG). Elle a également reçu un financement global de la part de nombreux groupes, comme indiqué dans le résumé. Les Drs Partridge et Litton n’ont signalé aucun lien d’intérêt pertinent.

 

Cet article a initialement été publié sur Medscape.com sous l’intitulé Women Can Safely Interrupt Endocrine Tx to Pursue Pregnancy. Traduit et adapté par Mona El-Guechati

 

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