AP-HP : le plan de sortie de crise sera présenté en décembre, annonce Nicolas Revel

Christophe Gattuso

Auteurs et déclarations

28 novembre 2022

Paris, France Comment améliorer les conditions de travail et fidéliser les soignants, rouvrir des lits et relancer l’activité du plus grand CHU de France tout en réduisant son déficit ? Nicolas Revel a posé les termes de la délicate équation qu’il va s’employer à résoudre dans les prochains mois. Le nouveau directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a pour la première fois pris publiquement la parole depuis sa prise de fonction en juillet dernier. Le successeur de Martin Hirsch a présenté mardi 22 novembre, aux Contrepoints de la Santé à Paris, les grandes lignes de sa méthode, basée sur un « dialogue permanent » pour remplir sa mission. « En me nommant, le gouvernement m’a donné mandat de résoudre la crise RH, la problématique de la fermeture de lits, et la situation financière très préoccupante de l’AP-HP », a résumé l’intéressé pendant cet échange d’une heure.

Des mesures à appliquer dans l’année

A cette occasion, l’ancien patron de la Cnam a annoncé qu’il présenterait en décembre un « plan d’action très précis avec des mesures à appliquer dans l’année ». « Il n’y a pas de baguette magique, il ne faut pas partir sur des grands plans, de grandes réorganisations mais comprendre où sont les difficultés, et essayer de multiplier les actions à impact rapidement pour montrer à tous que ça bouge. »

Le patron de l’AP-HP s’inspirera vraisemblablement des 30 premières pistes d’action qu’il avait exposées mi-septembre en commission médicale d’établissement.

Le point le plus crucial de ce plan de sortie de crise concerne le recrutement des infirmières. « L’AP-HP compte 10 % d’infirmières en moins par rapport à 2019 et le niveau de fermeture des lits était de 16 % en octobre, deux fois plus qu’il y a trois ans. Ce sous-effectif entraîne parfois des retards de prise en charge, des déprogrammations. La situation est préoccupante », reconnaît Nicolas Revel.

Parmi les principaux motifs de ces départs de l’AP relevés par les services RH et compilés dans le rapport diffusé en septembre, les personnels évoquaient le « sentiment de manquer de temps dédié aux soins », « l’instabilité des plannings due aux postes vacants, à l’absentéisme inopiné et à la faiblesse des équipes de suppléance » ou encore « la difficulté de vivre en région parisienne »… Selon un récent sondage Opinion Way pour l’Ordre des infirmiers, 29% des infirmiers envisagent de quitter le métier dans les 12 mois à venir.

 
En me nommant, le gouvernement m’a donné mandat de résoudre la crise RH, la problématique de la fermeture de lits, et la situation financière très préoccupante de l’AP-HP. Nicolas Revel
 

Recruter c’est bien, fidéliser c’est mieux

L’AP-HP n’est pas restée les bras croisés ses derniers mois et a déjà entamé une campagne de recrutement, notamment en partie dans quelques pays de l’UE. « En 2022, nous avons recruté plus d’infirmières que les années précédentes, assure Nicolas Revel. Mais la balance reste déficitaire puisque les 2200 embauches n’ont pas compensé les 2600 départs enregistrés dans le même temps. » L’un des principaux enjeux sera donc de « donner envie aux professionnels qui rejoignent l’AP-HP d’y rester ». Cette fidélisation est d’autant plus essentielle que 38% des infirmières recrutées à l’AP-HP il y a trois ans n’y sont plus aujourd’hui.

Pour faciliter l’accueil des personnels, l’AP-HP entend leur proposer davantage d’offres locatives. Les conditions de travail et le rythme de travail sont aussi un sujet. « Les collaborateurs veulent pouvoir travailler 3 ou 4 jours par semaine et pas tous les jours, nous allons tester des maquettes horaires différentes », a précisé Nicolas Revel.

 
En 2022, nous avons recruté plus d’infirmières que les années précédentes, mais la balance reste déficitaire. Nicolas Revel
 

Perspectives de carrière

Selon le DG, ces départs montrent aussi les difficultés pour les nouveaux soignants formés de trouver leur place : « Il y a consensus pour dire que les infirmières qui sortent d’un institut de formation en soins infirmiers (IFSI) sont un peu moins bien préparées qu’il y a 10-15 ans. » L’AP-HP entend faciliter leur intégration.

La question des perspectives de carrière est également une problématique importante, déjà évoquée par Martin Hirsch dans une longue tribune publiée quelques semaines avant son départ. « Nous voulons préparer un parcours de carrière, notamment des infirmières, avec un enrichissement des fonctions, précise Nicolas Revel. Aujourd’hui, l’infirmière n’a que la perspective de devenir IPA ou cadre de santé. Pourquoi ne pas créer des postes d’infirmier de coordination qui ouvriraient des perspectives de carrière tout en restant à l’AP-HP ? »

Le DG de l’AP-HP entend par ailleurs lutter contre l’intérim, « système délétère dont nous sommes prisonniers, qui nous coûte cher et introduit du poison dans les services. » Il a salué une mesure du gouvernement (dans le PLFSS) qui prévoit d’interdire l’intérim en début de carrière à tous les nouveaux diplômés.

 
Les collaborateurs veulent pouvoir travailler 3 ou 4 jours par semaine et pas tous les jours, nous allons tester des maquettes horaires différentes. Nicolas Revel
 

Le retour en grâce des services

L’organisation de l’AP-HP, un mammouth hospitalier qui pèse 100 000 emplois, doit-elle être dégraissée ? « Aujourd’hui, nous avons un siège, 6 GHT, 38 établissements, des pôles et des services. Certains se disent qu’on pourrait retirer une de ces couches mais c’est compliqué. » Le DG a semblé marquer sa préférence pour le maintien des GHU plutôt que des pôles (DMU). « Si on veut faire de la déconcentration, il faut un maillon intermédiaire entre le siège et les 38 établissements », a-t-il expliqué.

Le DG de l’AP-HP envoie un signal aux nombreuses voix qui s’élèvent dans la communauté médicale pour redonner plus de poids à l’échelle du service : « Oui, la cellule vivante d’un hôpital, c’est le service […]. Il faut redonner du sens, de l’oxygène, à cette entité avec plus de responsabilités et de financements qui redescendent vers les services. »

Afin de trouver une réponse à une question récurrente à l’AP-HP de « qui décide de quoi ? », l’AP-HP va lancer début décembre une enquête auprès de ses 800 services pour identifier les éventuels blocages à leur bon fonctionnement. « Nous devons simplifier et accélérer la prise de décision », résume l’ancien directeur de cabinet de Jean Castex à Matignon. 

Revenir à l’équilibre sans supprimer de postes

Enfin, et ce n’est pas le moindre des casse-têtes, l’énarque devra réduire le déficit de l’AP-HP. Plombé par le Covid et les fermetures de lits, celui-ci devrait être supérieur fin 2022 aux 228 millions d’euros projeté début juillet lors d’une présentation en CME. La situation pourrait même s’aggraver encore en 2023, a prévenu Nicolas Revel. « Nous devons reconstruire une nouvelle trajectoire économique qui nous permettra à l’échéance de 4 ou 5 ans de revenir à l’équilibre et de relancer l’activité. » Le DG de l’AP-HP a assuré qu’il n’envisageait pas de revenir sur des projets d’innovation ou de supprimer des postes. « Il faudra trouver un équilibre entre les investissements majeurs et ceux du quotidien », a-t-il toutefois concédé.

Un nouveau projet médical avant l’été

Nicolas Revel a enfin annoncé son intention de « clarifier » avant l’été prochain le projet médical de l’AP-HP pour définir sur quelles activités l’établissement devra « adapter son offre dans les 3 à 5 ans ». Un programme bien chargé auquel il faut ajouter les urgences du moment. L’AP-HP fait face à de sérieuses difficultés de prise en charge de la bronchiolite dans les services pédiatriques d’Ile-de-France avec de nombreux transferts d’enfants en province et ses services d’urgence adultes sont aussi régulièrement au bord de la saturation.

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