Cancer du sein : la chirurgie pourrait-elle être évitée dans certains cas ?

Alexander Otto

Auteurs et déclarations

18 novembre 2022

Houston, États-Unis – Les résultats d’une petite étude publiée dans la revue Lancet Oncology suggèrent que certaines femmes atteintes d’un cancer du sein pourraient être en mesure d’éviter une intervention chirurgicale[1]. Ces résultats sont toutefois trop préliminaires pour être appliqués à la pratique clinique, commentent les experts.

Les résultats s’appuient sur les cas de 31 femmes atteintes d’un cancer du sein triple négatif ou HER-2 positif au stade précoce qui ont eu une réponse pathologique complète à un traitement systémique adjuvant.

L’étape suivante de la prise en charge est généralement la chirurgie mais ces femmes sautent cette étape pour passer directement à la radiothérapie du sein entier. Le fait de ne pas recourir à la chirurgie semble ici sans danger. Après un suivi médian de 26,4 mois, il n’y a pas eu une seule récidive locale ou à distance ont indiqué les chercheurs.

Les résultats sont « remarquables et plutôt prometteurs… c’est le tout début d’un nouveau traitement pour quelques patientes sélectionnées », a déclaré l’auteur principal de l’étude dans un communiqué de presse, le Dr Henry Kuerer, chirurgien spécialisé dans le cancer du sein au MD Anderson Cancer Center (Houston, Texas). Toutefois, le Dr Kuerer a ajouté qu’un « suivi beaucoup plus long et des études supplémentaires seront nécessaires avant que cette approche puisse être intégrée dans les soins de routine du cancer du sein ».

« L’essai est une étape importante, mais plusieurs questions clés demeurent en ce qui concerne les résultats à long terme et la mise en œuvre dans les différents contextes de traitement », ont déclaré les Drs Philipp Spanheimer, chirurgien oncologue et Katherine Reeder-Hayes, spécialiste du cancer du sein (Université De Caroline du Nord, Chapel Hill) dans un éditorial accompagnant l’article.

La réponse à la chimio néoadjuvante est essentielle

Ces travaux s’appuient sur l’efficacité sans cesse améliorée du traitement néoadjuvant pour le cancer du sein précoce, qui présente aujourd’hui des taux de réponse pathologique complète de 60 à 80 % pour le cancer du sein triple négatif et HER2-positif, indiquent les auteurs.

L’équipe a recruté 50 femmes âgées en moyenne de 62 ans atteintes d’un cancer du sein unicentrique cT1-2N0-1M0 triple négatif (21 patientes) ou HER2-positif (29 patientes).

L’étude autorisait les cancers à ganglions positifs, mais les femmes ne devaient pas avoir plus de trois ganglions anormaux à l’échographie, et ils étaient clampés avant la chimiothérapie pour garantir leur élimination.

Les lésions mammaires résiduelles devaient être inférieures à 2 cm à l’imagerie après le traitement néoadjuvant, qui comprenait une chimiothérapie avec ou sans thérapie ciblée selon la décision de l’oncologue médical.

La réponse au traitement initial a été évaluée par une biopsie percutanée du lit tumoral, guidée imagerie, avec au moins 12 échantillons prélevés et une moyenne de 15,2 par patiente.

Après l’irradiation, les 62 % de femmes (31/50) qui ont eu une réponse complète ont été étroitement suivies pour détecter toute récidive, notamment par des mammographies tous les 6 mois. Neuf patientes ont dû avoir à nouveau des biopsies ultérieurement.

Les chercheurs ont noté que la plupart des femmes présentant des réponses complètes par biopsie percutanée n’avaient pas de réponses complètes par radiologie, ce qui souligne « la nécessité fondamentale de la biopsie guidée par l’image pour s’assurer que les patientes sont sélectionnées de façon appropriée pour les futurs essais ».

Il n’y a eu aucun événement indésirable grave lié à la biopsie ni aucun décès lié au traitement.

Aucune conclusion concrète pour l’instant

Bien que les éditorialistes aient indiqué que cette approche avait du potentiel, ils s’inquiètent de la manière dont elle pourrait être transposée dans le monde réel.

Sur le terrain, certaines équipes ne sont pas aussi performante dans l’utilisation de la biopsie percutanée par imagerie guidée pour détecter la pathologie résiduelle, soulignent-ils.

De plus, dans le monde réel, il est déjà difficile d’amener les survivantes du cancer du sein à se présenter une fois par an pour les mammographies de surveillance, alors deux fois par an semble presque utopique.

Enfin, certaines femmes pourraient « se demander si la démarche vaut la peine d’éviter la chirurgie, en particulier si elles peuvent bénéficier d’une chirurgie conservatrice immédiate  », ont commenté les éditorialistes.

En outre, les taux de réponse complète pathologique après le traitement néoadjuvant dans cette étude étaient plus élevés que dans certains rapports antérieurs, ce qui soulève la possibilité « troublante » de faux négatifs et d’un suivi trop court pour que la pathologie cachée se manifeste par une récidive, ont-ils déclaré.

Dans l’ensemble, les Drs Spanheimer et Reeder-Hayes concluent que l’étude est tout simplement trop « peu étayée » et les résultats trop « prématurés » pour tirer des conclusions définitives.

« En fin de compte, la capacité de prédire avec précision le statut de la maladie résiduelle et de montrer la faisabilité de ces techniques dans de multiples contextes de pratique sera nécessaire pour intégrer des approches épargnant la chirurgie dans le traitement du cancer du sein », ont-ils concluent.

 

Financements et liens d’intérêts
L’étude a été financée par le National Cancer Institute et le MD Anderson Cancer Center. Plusieurs chercheurs avaient des liens avec l’industrie pharmaceutique, notamment le Dr Kuerer, qui a déclaré avoir reçu des honoraires de consultation de Merck, avoir été rédacteur en chef du groupe NEJM et avoir reçu des redevances de McGraw-Hill et d’Elsevier. La liste complète peut être consultée avec l’article original. Les éditorialistes, les Drs Spanheimer et Reeder-Hayes, ont déclaré avoir reçu des subventions de Pfizer.

 

Cet article a initialement été publié sur Medscape.com sous l’intitulé ‘Remarkable’ Results: Some Patients With Breast Cancer Skip Surgery. Traduit par Mona El-Guechati

 

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