Dépression majeure : rémission à court terme grâce à une dose unique de psilocybine

Eve Bender

Auteurs et déclarations

8 novembre 2022

Royaume-Uni __ Une nouvelle étude montre qu'une dose unique de 25 mg de psilocybine synthétique associée à une psychothérapie semble atténuer efficacement les symptômes de la dépression résistante au traitement (DRT), du moins à court terme. L'étude a été publiée en ligne le 2 novembre dans le New England Journal of Medicine [1].

Réduction significative des symptômes dépressifs pendant au moins 3 semaines

Dans cet essai de phase 2b randomisé en double aveugle – le plus grand à ce jour sur la psilocybine dans la dépression résistante au traitement –, les résultats montrent que les participants du groupe recevant la dose de 25 mg ont connu une réduction significative des symptômes dépressifs pendant au moins 3 semaines par rapport aux patients du groupe recevant 10 mg ou 1 mg, qui ont servi de groupe témoin.

Les investigateurs ont constaté que 29 % des participants ayant reçu la dose de 25 mg étaient en rémission 3 semaines après le traitement et que 37 % présentaient une baisse d'au moins 50 % des scores de dépression. Cependant, au bout de trois mois, seuls 20 % des participants ayant reçu la dose de 25 mg ont connu une amélioration significative.

La modification du score total de l'échelle d'évaluation de la dépression de Montgomery-Åsberg (MADRS) entre le début et la semaine 3 était significativement meilleure avec la dose de 25 mg qu'avec la dose de 1 mg ; il n'y avait pas de différence significative entre la dose de 10 mg et la dose de 1 mg, rapportent les chercheurs.

Le taux de réponse était élevé pour ceux qui recevaient la dose de 25 mg, a déclaré l'investigateur principal, le Dr Guy Goodwin, DPhil, aux journalistes présents lors d'un point de presse.

« Il est important de comprendre que les taux de réponse chez ces patients se situent généralement entre 10 et 20 %, et que nous observons des taux de rémission de 30 % après trois semaines », a-t-il déclaré.

Le Pr Goodwin est médecin en chef de COMPASS Pathways, la société qui a financé l'essai et créé COMP360, la formulation synthétique de psilocybine utilisée dans l'essai, et professeur émérite de psychiatrie à l'Université d'Oxford, au Royaume-Uni.

Sur la base des résultats de l'essai, il a été annoncé qu'un essai de phase 3 serait lancé en décembre.

Phase de préparation à l'expérience psychédélique

La psilocybine est étudiée depuis un certain temps pour le traitement de la dépression nerveuse, et une étude l'a notamment comparée à l'antidépresseur escitalopram (Lexapro) avec des résultats prometteurs.

Dans l'étude actuelle, les chercheurs ont cherché à trouver une dose acceptable et efficace ainsi que la sécurité d'une formulation synthétique de la drogue administrée en combinaison avec un soutien psychologique.

L'étude multicentrique a été menée sur 22 sites dans 10 pays et a inclus 233 participants souffrant d’une dépression résistante et a évalué la sécurité et l'efficacité de l'une des trois doses. Le critère d'évaluation principal de l'étude était la variation, entre le début de l'étude et trois semaines, des scores MADRS. L'échelle va de 0 à 60, les scores les plus élevés indiquant une dépression plus sévère.

Les participants ont été répartis au hasard pour recevoir 25 mg de psilocybine (n = 79), 10 mg (n = 75) ou 1 mg (n = 79). Ceux qui prenaient des médicaments les ont arrêtés au moins deux semaines avant la visite de référence. Le score MADRS moyen était de 32 ou 33 dans chaque groupe d'étude.

Il y a eu une période préparatoire de 3 à 6 semaines au cours de laquelle chaque participant a rencontré un thérapeute de l'étude environ trois fois pour établir un lien de confiance et se préparer à l'expérience psychédélique.

Le jour de l'administration de la psilocybine, chaque participant écoutait une playlist personnalisée et portait des lunettes de protection tout en s'allongeant dans un fauteuil confortable pour diriger son attention vers l'intérieur.

Les séances de psychothérapie duraient 6 à 8 heures, et deux thérapeutes étaient toujours présents. Le lendemain, les participants revenaient pour une séance d'"intégration" avec les thérapeutes, conçue pour aider les participants à explorer les idées issues de leur séance.

Les scores MADRS ont été mesurés au départ, le jour suivant l'administration de psilocybine, et aux semaines 1, 3, 6, 9 et 12.

Il a été demandé aux participants de ne pas prendre de traitement antidépresseur standard pendant les trois premières semaines de l'essai, mais ils pouvaient le reprendre à tout moment si un investigateur de l'essai le jugeait nécessaire.

Les changements moyens des scores MADRS entre le début de l'étude et la semaine 3 étaient de -12,0 pour les groupes 25 mg, -7,9 pour les groupes 10 mg et -5,4 pour les groupes 1 mg. La différence entre le groupe 25 mg et le groupe 1 mg était de -6,6 (IC 95 %, -10,2 à -2,9 ; P < 0,001) et entre le groupe 10 mg et le groupe 1 mg était de -2,5 (IC 95 %, -6,2 à 1,2 ; P = 0,18).

Les investigateurs rapportent que dans le groupe 25 mg, les incidences de réponse et de rémission à 3 semaines mais sans réponse soutenue à 12 semaines, étaient généralement cohérents avec des résultats préliminaires.

Pensées suicidaires

Jusqu'à 84 % des personnes ayant reçu la dose de 25 mg ont signalé des effets indésirables, leur fréquence diminuant légèrement avec chaque groupe de dosage. Les effets indésirables les plus fréquents comprenaient des maux de tête, des nausées, des étourdissements et de la fatigue, et ne sont survenus que le jour de l'administration.

Parmi ceux qui ont reçu la dose de 25 mg de psilocybine, deux participants ont signalé des pensées suicidaires au cours des trois semaines suivant le traitement, et trois mois après le traitement, trois patients ont présenté un comportement suicidaire.

Goodwin a noté que ces participants avaient des antécédents de comportement suicidaire. Deux participants du groupe 10-mg ont également eu des pensées suicidaires. Cependant, les chercheurs notent également que des idées, des comportements ou des automutilations suicidaires sont apparus dans tous les groupes.

Les chercheurs notent que des essais plus longs et de plus grande envergure, incluant des comparaisons avec les traitements existants de la dépression, sont nécessaires pour déterminer la sécurité et l'efficacité de la psilocybine dans le traitement de la dépression nerveuse.

Intrigant, mais qui donne à réfléchir

Dans un éditorial accompagnant l’article, Bertha Madras, PhD, McLean Hospital, Belmont, Massachusetts, et Harvard Medical School, Boston, a noté que « les résultats sont à la fois intrigants et donnent à réfléchir. La dose la plus élevée (25 mg), mais pas la dose intermédiaire (10 mg), a entraîné des niveaux de symptômes dépressifs significativement plus faibles après 3 semaines que la dose la plus faible (1 mg, qui a servi de contrôle), mais l'incidence de 37 % de réponse avec la dose de 25 mg était numériquement inférieure à celle des grands essais d'antidépresseurs conventionnels et moins robuste que dans un essai montrant des efficacités similaires de la psilocybine et d'un inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine » [2].

Elle considère aussi que les pourcentages élevés d'effets indésirables dans le groupe des 25 mg, ainsi que les idées et les comportements suicidaires, donnent à réfléchir. Madras se demande également si « la légalisation et la commercialisation [des psychédéliques] suivaient ce qui se passe dans le domaine médical, les boutiques et les "cliniques" psychédéliques pourraient proliférer, même pour les populations vulnérables, et les protocoles médicaux rigoureusement conçus seraient alors compromis ».

« Néanmoins, conclut-elle, il est assez « provocant » que ces agents montrent un certain bénéfice à court terme pour la dépression dans des populations sélectionnées. »

 
Les résultats sont à la fois intrigants et donnent à réfléchir. Bertha Madras
 

 

L'étude a été financée par COMPASS Pathways. Le Dr Goodwin est CMO de Compass Pathways. Lui et plusieurs co-auteurs ont révélé des relations avec l'industrie. La liste complète peut être consultée ici. Le Dr Madras ne rapporte aucun conflit d’intérêt.

 

L’article a été publié initialement sur Medscape.fr sous l’intitulé Single Dose of Psilocybin for Major Depression Tied to Short-Term Remission. Traduit par Stéphanie Lavaud.

 

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