Enquête Périnatalité 2021 : près de 17 % de dépressions post-partum

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

14 octobre 2022

Paris, France – Conduite auprès de 12 723 femmes (de métropole), l’enquête nationale périnatale 2021 (ENP 2021) vient d’être publiée. Elle permet de faire un état des lieux complet des pratiques médicales ainsi que des caractéristiques démographiques et sociales des femmes et des familles (lire notre article)[1,2]. Particularité de cette sixième édition : l’enquête s’est enrichie d’un suivi des femmes deux mois après leur accouchement avec un intérêt particulier porté à leur santé mentale. Elle fournit, pour la première fois, des chiffres de symptômes de dépression post-partum. Les résultats présentés ici ne concernent que la métropole et ont été publiés le 6 octobre 2022. Les données relatives aux DROM – qui présentent des fortes disparités avec la métropole à en croire le rapport sur la santé périnatale de Santé publique France – feront l’objet de rapports séparés département par département et seront publiés début 2023.

Santé mentale : dégradation au cours de la grossesse

Concernant la réaction des femmes à la découverte de la grossesse, elle est positive dans la plupart des cas plus de 70 % se déclaraient heureuses d’être enceintes et sans différence par rapport à la situation des femmes en 2016, mais elle semble s’être dégradée pendant la grossesse 63,2 % des femmes se sont senties « bien » durant la grossesse en 2021 contre 67,7 % en 2016 et la part des femmes ayant consulté un professionnel de santé pour des difficultés psychologiques en cours de grossesse est en augmentation (8,9 % en 2021 contre 6,4 % en 2016).

A noter que l’enquête a été conduite en mars 2021 au cours de la troisième vague de la pandémie Covid-19. « Difficile dans ce contexte et en s’appuyant sur les seules données de l’ENP 2021 de savoir dans quelle mesure cette évolution est liée au contexte de pandémie de Covid-19, où la santé mentale de la population générale s’est également dégradée », a commenté la Dr Camille Le Ray, gynécologue-obstétricienne et coordinatrice scientifique de l’ENP-Inserm lors de la présentation des résultats [1].

Risque de dépression post-partum non négligeable

Le suivi à deux mois constitue une des nouveautés de l’ENP 2021 qui permet de tirer de précieux enseignements sur le vécu des femmes dans les semaines qui suivent leur accouchement. Au total, 67,5 % des femmes ayant accepté l’entretien en maternité ont répondu 2 mois après l’accouchement soit par internet (71,4%) soit par téléphone (28,6%).

L’échelle Edinburgh Postnatal Depression Scale (EPDS) (composée de 10 items) a été utilisée au cours des ENP2021 permettant pour la 1ère fois d’évaluer à l’échelle nationale la fréquence de la dépression du post-partum. Un score > 13 (sur un score variant entre 0 et 30), définissant le risque de dépression (Levis et al., 2020), a été retrouvé chez 16,7% des femmes, soit un taux proche des taux observés dans d’autres études internationales (Woody et al., 2017).

Là encore, difficile de dire quel est le lien avec la dégradation de la santé mentale de la population générale pendant la pandémie. Par ailleurs, un examen clinique est toutefois nécessaire pour valider le diagnostic de dépression du post-partum.

Pour autant, « la grossesse et le post-partum sont des périodes de vulnérabilité psychique » rappelait la Pre Catherine Massoubre (service de psychiatrie, CHU de Saint Etienne), lors d’une intervention au congrès Urgences 2014, à Paris. « Mal dépistée et par conséquent sous-estimée en France, la dépression, qu’il faut savoir différencier du baby blues, surviendrait pourtant chez 10 à 15% des femmes après l’accouchement ».

Mis en place depuis le 1er juillet 2022, l’entretien postnatal précoce obligatoire pour les jeunes mamans devrait aider à repérer très tôt les premiers signes de ce mal-être (voir encadré). Cette mesure était recommandée depuis 2014 par la Haute Autorité de santé (HAS) et très attendue par les psychiatres, comme le mentionnait le Dr Romain Dugravier (pédopsychiatre, Centre de psychopathologie périnatale, Institut Paris Brune) lors du congrès de l'Encéphale 2022 .

L’enquête a également permis d’établir que 13,1% des femmes avaient déjà eu un suivi d’au moins 3 mois depuis l’adolescence avec un psychologue, 4,4% avec un psychiatre et 2,3% avaient déjà été hospitalisées en psychiatrie.

Enfin, environ 17% des femmes ont déclaré que la période écoulée depuis la naissance a été ressentie comme difficile ou très difficile. Plus d’un tiers des femmes ont moins de 3 personnes proches qu’elles pourraient solliciter en cas de graves difficultés personnelles. Un quart des femmes déclarent à 2 mois présenter encore des douleurs physiques liées à leur accouchement.

« Ces données feront l’objet d’analyses spécifiques pour explorer les déterminants de la santé mentale en post-partum dans notre pays », indiquent les auteurs du rapport.

Un entretien postnatal précoce systématique depuis le 1er juillet

Depuis le 1er juillet 2022, un entretien postnatal précoce est obligatoire pour les jeunes mamans. Il vise à « repérer les premiers signes de la dépression du post-partum ou les facteurs de risques qui y exposent et d'évaluer les éventuels besoins de la femme ou du conjoint en termes d'accompagnement ». Effectué par un médecin ou une un.e sage-femme entre la 4e et la 8e semaine qui suit l'accouchement, cet entretien est pris en charge par l'Assurance maladie à hauteur de 70 %. Un deuxième entretien pourra être proposé entre la 10e et la 14e semaine qui suit l'accouchement, si la mère en exprime le besoin ou si des signes de dépression post-partum sont constatés.

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