Le Nobel de médecine attribué à Svante Pääbo pour ses travaux sur les origines de l’homme

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

3 octobre 2022

Svante Pääbo

Stockholm, Suède – Svante Pääbo, 67 ans, a reçu ce lundi 3 octobre le prix Nobel de médecine pour ses travaux concernant les origines de l’homme. En étudiant le génome de l'homme de Néandertal – dont il a été le premier à réaliser le séquençage – et en le comparant à celui des humains vivants, « ses découvertes constituent la base de l'exploration de ce qui fait de nous des êtres humains uniques », a considéré le jury [1].


Les recherches du chercheur suédois ont donné naissance à une toute nouvelle discipline scientifique : la paléogénomique. Grâce à celle-ci, il a également fait la découverte sensationnelle d'un hominidé jusqu'alors inconnu, Denisova. 

https://twitter.com/NobelPrize/status/1576867617536503808

Séquençage du génome néandertalien

Dès le début de sa carrière, Svante Pääbo a étudié la possibilité d'utiliser les méthodes génétiques modernes pour étudier l'ADN des Néandertaliens. Il a vite été confronté à des difficultés techniques extrêmes du fait de la dégradation des brins de nucléotides avec le temps. C’est au cours de son stage postdoctoral – après une thèse obtenue en 1986 – auprès d'Allan Wilson (Université de Californie, Berkeley), un pionnier dans le domaine de la biologie de l'évolution, que Svante Pääbo a commencé à développer des méthodes pour étudier l'ADN des Néandertaliens, un travail qui a duré plusieurs décennies.

En 1990, le chercheur est recruté à l'université de Munich, où, en tant que professeur nouvellement nommé, il a poursuivi ses travaux sur l'ADN archaïque, en s’intéressant plus particulièrement à l’ADN mitochondrial des Néandertaliens. Même si le génome mitochondrial est petit et ne contient qu'une fraction de l'information génétique de la cellule, il a l’avantage d’être présent en milliers de copies, ce qui augmente les chances de réussite. Grâce aux techniques qu’il met au point, Svante Pääbo réussit à séquencer une région de l'ADN mitochondrial d'un morceau d'os vieux de 40 000 ans. Des comparaisons avec des humains et des chimpanzés contemporains ont démontré que les Néandertaliens constituent une espèce génétiquement distincte.

En 1997, le biologiste suède créé un centre de recherche en paléogénétique au sein de l'Institut Max Planck d’anthropologie évolutionniste à Leipzig, en Allemagne où il s'attaque au séquençage du génome, non plus mitochondrial, mais nucléaire de l'homme de Neandertal grâce à de nouveaux développements techniques, qui ont rendu le séquençage de l'ADN très efficace. Svante Pääbo fait alors appel à plusieurs collaborateurs importants, spécialisés dans la génétique des populations. Ses efforts ont été couronnés de succès puisqu’en 2010, le chercheur publie la première séquence du génome de Neandertal. Les analyses comparatives démontrent que l'ancêtre commun le plus récent des Néandertaliens et des Homo sapiens vivait il y a environ 800 000 ans (voir encadré ci-dessous).

Svante Pääbo et ses collègues ont étudié la relation entre les Néandertaliens et les humains modernes de différentes régions du monde. Les analyses comparatives ont montré que les séquences d'ADN des Néandertaliens étaient plus similaires à celles des humains contemporains originaires d'Europe ou d'Asie qu'à celles des humains contemporains originaires d'Afrique. Cela signifie que les Néandertaliens et les Homo sapiens se sont croisés pendant leurs millénaires de coexistence. Chez les humains contemporains d'origine européenne ou asiatique, environ 1 à 4 % du génome provient des Néandertaliens.

Néandertal vs Homo Sapiens

Les recherches ont apporté la preuve que l'homme anatomiquement moderne, Homo sapiens, est apparu en Afrique il y a environ 300 000 ans, tandis que nos plus proches parents connus, les Néandertaliens, se sont développés en dehors de l'Afrique et ont peuplé l'Europe et l'Asie occidentale depuis environ 400 000 ans jusqu'à il y a 30 000 ans, date à laquelle ils se sont éteints. Il y a environ 70 000 ans, des groupes d'Homo sapiens ont migré d'Afrique vers le Moyen-Orient et, de là, se sont répandus dans le reste du monde. Homo sapiens et Néandertaliens ont donc coexisté dans de grandes parties de l'Eurasie pendant des dizaines de milliers d'années.

Une découverte sensationnelle : Denisova

En 2008, un fragment d'os de doigt vieux de 40 000 ans a été découvert dans la grotte de Denisova, dans le sud de la Sibérie. L'os contenait de l'ADN exceptionnellement bien conservé, que l'équipe de Svante Pääbo a séquencé. Les résultats ont fait sensation : la séquence d'ADN était unique par rapport à toutes les séquences connues de l'homme de Néandertal et de l'homme actuel. Pääbo avait découvert un hominidé inconnu jusqu'alors, auquel on a donné le nom de Denisova. Des comparaisons avec des séquences d'humains contemporains provenant de différentes régions du monde ont montré qu'un flux génétique s'était également produit entre Denisova et Homo sapiens. Cette relation a été observée pour la première fois dans les populations de Mélanésie et d'autres régions d'Asie du Sud-Est, où les individus portent jusqu'à 6 % d'ADN de Denisova.

Qu’apportent les découvertes de Svante Pääbo ?

Essentiellement de mieux comprendre l'histoire de notre évolution. À l'époque où l'Homo sapiens a migré hors d'Afrique, au moins deux populations d'hominines éteintes habitaient l'Eurasie. Les Néandertaliens vivaient dans l'ouest de l'Eurasie, tandis que les Denisovans peuplaient les parties orientales du continent. Au cours de leur expansion hors d'Afrique et de leur migration vers l'est, les Homo sapiens ont rencontré et se sont croisés non seulement avec les Néandertaliens, mais aussi avec les Denisovans.

Sur le plan physiologique, les travaux de paléogénomique indiquent que les séquences génétiques archaïques influencent les humains actuels. A l’instar de la version dénisovienne du gène EPAS1, qui confère un avantage pour la survie en haute altitude et qui est commun chez les Tibétains actuels. Il a également constaté qu'un transfert de gènes s'était produit entre ces hominidés aujourd'hui éteintes et Homo sapiens après la migration hors d'Afrique, il y a environ 70 000 ans. Ce flux ancien de gènes vers l'homme actuel a une importance physiologique aujourd'hui, par exemple en affectant la façon dont notre système immunitaire réagit aux infections.

 

Suivez Medscape en français sur Twitter.

Suivez theheart.org |Medscape Cardiologie sur Twitter.

Inscrivez-vous aux  newsletters  de Medscape :  sélectionnez vos choix

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....