POINT DE VUE

Surveillance continue du glucose chez les non-diabétiques : est-ce utile ?

L’opinion du Pr Boris Hansel

Pr Boris Hansel

Auteurs et déclarations

9 novembre 2022

Depuis quelques mois, il existe une polémique concernant l'utilisation des capteurs de glucose en continu par des patients non diabétiques, dans un contexte de rupture de stock qui pèse sur les patients souffrant de diabète et traités par insuline.

TRANSCRIPTION

« La surveillance continue du glucose est-elle utile en dehors du suivi des patients diabétiques qui se traitent par un schéma d'insuline basal-bolus ? C’est une question qui se pose de plus en plus. D'abord parce qu'il y a une demande croissante de la part des patients diabétiques de type 2 qui voient qu'il existe des patchs pour mesurer le glucose en continu et qu'ils pourraient donc, avec cela, éviter de se piquer le bout du doigt. Et puis il y a la pression médiatique récente d'un livre [1] qui propose à des personnes non diabétiques d'améliorer leur santé grâce à un patch de surveillance en continu du glucose.

Chez les patients DT1 et DT2 avec 3 injections quotidiennes

Ce qui est sûr, c'est que la mesure en continu du glucose est maintenant devenue la règle. En tout cas, elle est largement proposée chez les patients diabétiques de type 1 (DT1). Elle peut également être proposée chez des patients diabétiques de type 2 (DT2) qui sont traités avec au moins trois injections d'insuline par jour. Il faut dire que cela a considérablement amélioré la qualité de vie de ces malades avec plusieurs injections d'insuline. On a également noté, dans des essais, une réduction du temps passé en hypoglycémie par rapport aux patients qui se surveillent avec l'autosurveillance glycémique, avec piqûre au bout du doigt, et on a une méta-analyse  [2] d'essais randomisée récente qui a montré que chez des patients DT1, il y a une baisse de l'hémoglobine glyquée avec la mesure continue du glucose par rapport à l'autosurveillance classique. Ces résultats sont plus particulièrement vrais chez les malades qui sont déséquilibrés avec une hémoglobine glyquée au départ qui dépasse 8%.

Chez les patients DT2 a moins de 3 injections par jour

En dehors de la situation du diabétique avec au moins trois injections d'insuline, l'intérêt des capteurs a été étudié mais il est un peu moins clair. Et d'ailleurs, aujourd'hui, ce n'est pas pris en charge par l'assurance maladie. Il y a quand même des travaux récents qui sont en faveur de son utilité et qui, à mon sens, doivent faire évoluer les recommandations et les remboursements. Par exemple, chez les patients diabétiques de type 2 qui sont traités par une insuline basale en une ou deux injections, on a un essai randomisé publié récemment dans le JAMA,[3]  qui a comparé l'évolution de l'équilibre glycémique chez des patients avec une surveillance continue ou une surveillance discontinue du glucose par glycémie capillaire. Il s'agissait de malades mal équilibrés avec une hémoglobine glyquée moyenne qui était autour de 9% au départ. Dans cet essai, l'utilisation de la surveillance continue du glucose est associée à une baisse supplémentaire de 0,4% de l'hémoglobine glyquée à 8 mois. Également, on note un temps passé dans la cible de glycémie améliorée avec la mesure continue du glucose et une diminution de 16 % du temps passé au-delà de 2,5 g/L de glucose. Il y a eu une analyse complémentaire de cet essai qui montre que le bénéfice est similaire quel que soit l'âge, en particulier en dessous et au-dessus de 65 ans.  

Chez les patients diabétiques sans traitement par insuline

Maintenant, chez des patients diabétiques sans traitement par insuline, qu'en est-il ? Là encore, on a des données qui sont plutôt en faveur du bénéfice clinique apporté par la mesure continue de la glycémie. Notamment, on peut mentionner un essai clinique de 2020 [4  ]qui montre que la mesure en continue du glucose, plutôt que la mesure discontinue, est associée à une baisse significative de l'hémoglobine glyquée, à une réduction des besoins en traitement médicamenteux, et donc un besoin moindre d'antidiabétiques oraux. Également, dans cette étude, on note une amélioration de la qualité de vie et une réduction du stress lié à la maladie.

Chez les patients non diabétiques

Il reste maintenant la question épineuse de l'intérêt des capteurs du glucose chez les personnes non diabétiques. Cela fait polémique ces derniers mois parce certains proposent d'utiliser ces capteurs et il y a eu des ruptures de stock qui ont pesé sur les patients diabétiques sous insuline qui en avaient vraiment besoin.

Certains médecins proposent à leurs patients de porter un capteur pendant quelques jours pour personnaliser les conseils diététiques. Et on observe actuellement ― et c'est peut-être ce qui a facilité la pénurie ou la rupture de stock ― un succès assez incroyable de cet ouvrage [1] que je mentionnais, qui prône l'utilisation d'un capteur glycémique, arguant que l'immense majorité de la population a tendance à avoir, sans le savoir, des pics de glycémie qui seraient délétères pour la santé. Je ne vais pas commenter cette conception qui est de la pseudoscience, mais plutôt poser la question de l'intérêt de ces capteurs chez les non-diabétiques et sur les travaux scientifiques disponibles.

On peut dire aujourd'hui que la surveillance continue du glucose met en évidence des profils. Nous ne sommes pas tous égaux, nous avons des profils variés, qu'on appelle des gluco-types. Des chercheurs se sont intéressés à des personnes normo-glycémiques, et ils ont trouvé que 15% du temps de ces patients était à un niveau de prédiabète et 2% du temps été à un niveau de glycémie que l'on voit dans le diabète.[5]

 
La surveillance continue du glucose met en évidence des profils.
 

Que faire de ces résultats en pratique ? On a beaucoup de données, grâce ou à cause, de ces capteurs, mais qu’en faire ? Honnêtement, personne ne le sait vraiment et on ne peut pas les utiliser pour des recommandations envers des populations de patients obèses ou qui s'intéressent à leur santé.

Des chercheurs américains[6] ont intégré les mesures en continue du glucose dans un algorithme qui inclut également d'autres paramètres, notamment l'analyse du microbiote, et avec toutes ces données, ils ont tenté d'établir un régime alimentaire personnalisé. Il faut dire que les résultats sont prometteurs. En particulier, ils montrent qu'avec ce régime personnalisé, on réduit la glycémie post-prandiale. C'est de la recherche et il est certainement trop tôt et inutile de recommander dans le soin courant, l'utilisation des capteurs à de larges populations en l'absence de diabète. Ma seule réserve, peut-être, serait pour aider des patients très diabétiques à prendre conscience de l'effet de certains aliments sur la glycémie. Il est vrai que, pour certains patients, cela peut éventuellement aider à se faire une représentation concrète de l'effet de tel ou tel aliment.

 
Il est certainement trop tôt et inutile de recommander dans le soin courant l'utilisation des capteurs à de larges populations en l'absence de diabète.
 

Conclusion

En résumé, à mon sens et surtout en l'état actuel des connaissances, ces capteurs :

  1. devraient être systématiquement proposés chez les patients qui ont un schéma d'insuline basal-bolus.

  2. pourraient être proposés plus largement aux patients diabétiques de type 2, qui ont 1 ou 2 injections d'insuline, ou peut-être même qui n'ont pas d'insuline. Mais évidemment, ce n'est pas remboursé dans cette indication.

  3. en dehors du diabète, sauf si on a un objectif très précis vis-à-vis de son patient ou si on se situe bien sûr dans le champ expérimental, les capteurs ne devraient pas être proposés.

Je vous remercie de votre attention et je vous dis à très bientôt sur Medscape. »

 

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