Faute de prise en charge, un deuxième décès aux urgences de Strasbourg en moins de deux ans

Jacques Cofard

Auteurs et déclarations

19 septembre 2022

Strasbourg, France — C'est le plus terrible désaveu de l'efficacité de la mission flash mise en place par le tout nouveau ministre de la Santé François Braun, qui avait pour objectif d'éviter de mauvaises prises en charge dans les services d'accueil aux urgences (SAU) cet été : un patient de 81 ans est mort aux urgences des hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), après avoir passé une vingtaine d'heures sur un brancard dans une zone de soins. Il a été découvert lors du changement d'équipes, rapporte l'AFP.

« Le décès a été déclaré à l’Agence régionale de santé (ARS) sur le portail national des événements indésirables graves (EIG) », a indiqué dans un communiqué la direction des HUS, qui ajoute : « l’ensemble de la communauté hospitalière réitère ses sincères condoléances à la famille du défunt. Tout décès au sein de notre institution reste une situation difficile à vivre pour l’ensemble de la communauté hospitalière ».

Selon France Bleu Strasbourg, le corps de ce patient a été découvert le 1er septembre, mais l'affaire n'a été médiatisé que le 13 septembre. « Arrivé le 31 août en fin d'après-midi dans le service, il a été retrouvé mort le premier septembre vers 14h30 au moment de la transmission entre équipes du matin et de l'après-midi », détaille la radio régionale.

Saturation des urgences

Toujours selon ce média local, cette mort inexpliquée ne dénote pas pour autant d'un problème de prise en charge selon la direction des HUS. Pour le syndicat Force ouvrière (FO) des HUS, qui a participé à la médiatisation de ce drame, « ce décès illustre une nouvelle fois la saturation critique des urgences », lesquelles urgences tourneraient actuellement, selon ce même syndicat, à 170% de ses capacités d'accueil.

 
Ce décès illustre une nouvelle fois la saturation critique des urgences. Christian Prudhomme
 

« Actuellement c'est très compliqué. Il y a ce flux de malades difficilement tenable. Et on fait face à une fuite des professionnels. Jusqu'en décembre, on a 12 départs d'infirmiers, des médecins en arrêt de travail, car ils ne sont plus d'accord avec leurs conditions de travail. On a donc écrit pour la troisième fois au ministère parce qu'on ne peut plus continuer comme cela. Ce n'est pas normal que l'on se retrouve dans notre établissement avec des décès fortuits comme cela, même s’il y aura une enquête et que l'on n'a pas toutes les données. Ce n'est juste pas pensable que l'on continue à être dans cette situation », a déclaré Christian Prudhomme à France bleu.

Ce décès inopiné n'est pas une première aux HUS. Un patient était décédé d'une hémorragie digestive le 17 mars dernier après avoir passé 12 heures d'attente au service des urgences. Selon le Dr Hascoat , ce patient était mort « faute d'une prise en charge dans un délai raisonnable ». À cette occasion, le syndicat FO des HUS avait alors écrit une missive au ministre de la santé Olivier Véran.

« Récurrence de la dégradation des prises en charge »

Le même syndicat vient d'adresser un nouveau courrier à l'actuel ministre de la santé François Braun : « devant la récurrence de la dégradation des prises en charge et du fonctionnement délétère des urgences, nos inquiétudes légitimes nous ont amené à alerter les acteurs et la tutelle depuis 2018 », peut-on lire. Qui précise par ailleurs que le décès de ce patient de 81 ans survient « 36 heures après le dépôt d'un droit d'alerte fait par nos représentants Force ouvrière dénonçant une énième situation de blocage et surcharge des urgences du nouvel hôpital civil de Strasbourg ». Et d'ajouter : « le 30 aout, à 23 heures, il y avait 50 patients pour 30 places sur brancards avec des véhicules en attente dans le sas de dépôt des urgences. »

Le syndicat rappelle par ailleurs que des mesures avaient été annoncées pour endiguer l'afflux de patients aux urgences, comme la mise en place d'un gestionnaire de flux, la réorganisation du pôle paramédical, l'étude pour la mise en place d'un service tampon post-urgence. « Aucune de ces mesures n'est appliquée aujourd'hui », déplore le syndicat.

 
Aucune de ces mesures n'est appliquée aujourd'hui.
 

Sur Twitter, le syndicat infirmier SNPI dénonce aux HUS la fermeture de 300 lits et 250 postes infirmiers vacants.

L'urgentiste Sabrina Ali Ben Ali s'insurge sur le même réseau social : « Des années qu’on prévient qu’il va y avoir des morts. Mourir aux urgences, "après avoir passé 22 heures sur un brancard", c’est à quel chapitre de votre « mission flash» @FrcsBraun ? »

Pour le Dr Kierzek , « il est inadmissible, d’une manière générale, d’attendre vingt heures sur un brancard aux urgences et ce, quel que soit son état de santé. »

Le ministère de la santé n'a pour l'heure pas réagi de manière officielle.

 

 

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