Test sanguin de dépistage des cancers : des résultats encourageants mais de nombreux faux positifs

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

16 septembre 2022

Paris, France – Jusqu'à présent, les études qui évaluaient la pertinence d'un test sanguin de dépistage du cancer incluaient des patients avec un cancer déjà diagnostiqué. Mais aujourd'hui, une étude prospective démontre que la détection d’ADN tumoral permet de détecter certains cancers à des stades précoces chez des personnes sans pathologie connue. Présentée par la Dr Deborah Schrag (oncologue, Memorial Sloan Kettering Cancer Center, New-York, Etats-Unis) au congrès de l'ESMO 2022 [1] pendant la session intitulée Basic science and translational research, l'étude PATHFINDER marque un tournant majeur dans ce domaine de recherche. Au point qu'on s'interroge déjà sur ce qu'impliquerait l'arrivée de ces tests en routine (Lire Tests sanguins de détection des cancers : sommes-nous prêts ? Pr Fabrice André).

«Ce test permet de détecter des cancers qui sont actuellement souvent diagnostiqués à un stade tardif comme le cancer du pancréas, un cancer de mauvais pronostic. C’est porteur d’espoir», a commenté le Pr Fabrice André, directeur de la recherche de l’Institut Gustave Roussy, co-président du conseil scientifique du congrès et récemment élu futur président de l’ESMO (2025-2026), interrogé par Medscape édition française.

 
Ce test permet de détecter des cancers qui sont actuellement souvent diagnostiqués à un stade tardif. Pr Fabrice André
 

Cela dit, l'étude PATHFINDER ne démontre pas l'utilité clinique des tests sanguins de détection précoce multi-cancers (MCED, de l’anglais multi- cancer early detection). « Elle n'a pas été conçue pour déterminer si cette technologie permettait de réduire la mortalité liée au cancer», précise la Dr Schrag, auteure principal de l’étude. « Mais ce serait important de l'évaluer car réduire la mortalité reste l'objectif primaire de tout dépistage du cancer ». C'est l'objet d'un vaste essai clinique randomisé portant sur 140 000 personnes en Angleterre[2].

 
Réduire la mortalité reste l'objectif primaire de tout dépistage du cancer. Dr Schrag
 

PATHFINDER en détails

Le test sanguin de détection de l’ADN tumoral circulant Galleri (développé par Grail) a été utilisé chez 6621 personnes en bonne santé âgées de plus de 50 ans, avec ou sans facteurs de risque de cancer, incluses entre décembre 2019 et décembre 2020. Pour la grande majorité des patients (N=6529), le test est revenu négatif. « Le médecin donnait à son patient un compte-rendu qui disait « Ce test sanguin n'a pas trouvé de preuve d'un cancer dans votre sang. Merci pour votre participation, nous ferons une évaluation dans 12 mois pour voir si un cancer aura été diagnostiqué au cours de cette période. D'ici là, continuez à faire les dépistages recommandés », a détaillé l'oratrice. 

Pour 92 participants, le signal sur le test était positif. Chez 35 d'entre eux, le diagnostic de cancer a été confirmé. En revanche, un cancer n'a finalement pas été retrouvé chez les 57 autres participants qui avaient pourtant eu un test positif. Autrement dit, il y a eu 57 faux positifs.

Parmi ces 35 personnes dont les investigations se sont conclues par un diagnostic de cancer, 24 faisaient partie du groupe à haut risque de cancer (un antécédent de cancer de plus de trois ans ou avoir fumé plus de 100 cigarettes dans sa vie ou un risque génétique ou familial de cancer) et 11 avaient un risque faible de cancer.

« De façon tout à fait intéressante, pour ces 35 personnes, 36 types de cancer différents – 19 tumeurs solides et 17 cancers du sang – ont été trouvés. Une participante avait à la fois un cancer du sein et un cancer de l'endomètre », indique Deb Schrag qui souligne que pour 26 types de cancer identifiés par le test il n'existe pas aujourd'hui de moyen de dépistage précoce. L'un des espoirs de ces tests sanguins est donc déceler plus tôt des cancers, comme ceux du pancréas, de l’intestin grêle ou encore de l’estomac, que l'on ne sait pas dépister précocement aujourd'hui.

 
De façon tout à fait intéressante, pour ces 35 personnes, 36 types de cancer différents – 19 tumeurs solides et 17 cancers du sang – ont été trouvés.
 

Un test performant qui informe aussi sur l'origine du cancer

Quelle était la performance de ce test ? La spécificité, c'est-à-dire la probabilité qu'une personne non atteinte d'un cancer reçoive un résultat négatif au test sanguin, est de 99,1%. La valeur prédictive positive (VPP), c'est-à-dire la probabilité qu'une personne avec un test positif aient en effet un cancer, est de 38%.

Au-delà de fournir un résultat positif ou négatif vis-à-vis du cancer, le test oriente sur l'origine du cancer. Il pourrait en identifier 50 différents. Dans l'étude menée par les oncologues du Memorial Sloan Kettering Cancer Center, ce sont 36 types de cancer qui ont été identifiés parmi les 35 participants vrais-positifs. «C'est une aide pour les médecins pour savoir dans quelle direction poursuivre les investigations », commente l'oncologue américaine.

Quant au délai pour confirmer ou infirmer le diagnostic de cancer, il a fallu moins de deux mois pour confirmer le diagnostic lorsqu’un cancer était bien présent. Dans les cas des faux-positifs où il n’y avait pas de pathologie, l'attente, plus longue, était liée au fait que les médecins réalisaient des examens d’imagerie qu'ils répétaient une seconde fois plusieurs mois après pour rechercher une tumeur. Se voulant rassurante, Deborah Schrag a souligné que parmi ces faux-positifs peu avaient eu des procédures invasives dans le processus de recherche d'indices de la présence d'un cancer.

Version perfectionnée du test : moins de faux-positifs

L'oratrice a expliqué qu'une nouvelle version du test avait été mise au point par GRAIL. « La compagnie a réanalysé tous les échantillons, plus de 6000, avec ce nouveau test, lequel identifie moins de personnes positives (0,9%), mais la spécificité est meilleure (99,5%) et la valeur prédictive positive aussi (43,1%) » indique Deborah Schrag. Ceci signifie aussi que pour identifier une personne avec un cancer il faut dépister plus d'individus, 263 avec la nouvelle version, contre 189 avec l'ancienne version.

« L'objectif de la nouvelle version du test, actuellement évaluée sur la cohorte anglaise du NHS, est de réduire la proportion de faux-positifs, notamment pour les cancers hématologiques, et d'améliorer la prédiction de l'origine du cancer » explique-t-elle, tout en soulignant, comme elle l'a fait plusieurs fois au cours de sa présentation, l'importance de poursuivre les examens de dépistage de routine recommandés en attendant l'arrivée des tests sanguins.

 
L'objectif de la nouvelle version du test, actuellement évaluée sur la cohorte anglaise du NHS, est de réduire la proportion de faux-positifs.
 

Financements et liens d’intérêts

La Dr Deborah Schrag n'a pas déclaré de lien d'intérêt.

L'étude a été financée par GRAIL (Illumina).

 

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