Les produits d’éclaircissement de la peau contenant de l’hydroquinone sont-ils sûrs ?

Rédaction Univadis

Auteurs et déclarations

20 septembre 2022

Houston, États-Unis — Les personnes qui utilisent des produits d’éclaircissement de la peau contenant de l’hydroquinone peuvent présenter un risque accru de cancers de la peau, selon les résultats d’une étude présentée lors de l’édition 2022 du congrès annuel de la Société de dermatologie d’investigation (Society for Investigative Dermatology — SID). [1]

Dans l’étude en question, la co-auteure Brittany Miles a déclaré que le risque de cancer de la peau pouvait être multiplié par trois environ si une personne utilisait de l’hydroquinone pour s’éclaircir la peau. Cette étudiante en médecine de l’École de médecine John Sealy de Galveston appartenant à la branche médicale de l’Université du Texas (University of Texas Medical Branch — UTMB) a aussi ajouté que « l’ampleur du risque était surprenante. Ce risque accru doit être communiqué aux patients qui envisagent un traitement par hydroquinone ».

L’hydroquinone (qui existe sous plusieurs marques), un inhibiteur de la tyrosinase utilisé dans le monde entier pour l’éclaircissement de la peau en raison de son inhibition de la production de mélanine, était autrefois considérée comme « généralement sûre et efficace » par l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (Food and Drug Administration — FDA), écrivent les auteurs.

La Dre Miles et son co-auteur, le Dr Michael Wilkerson, professeur et président du département de dermatologie de l’École de médecine John Sealy de l’UTMB, ont analysé des données de TriNetX, une base de données destinée à la recherche médicale contenant des informations anonymisées issues de dossiers médicaux de 61 millions de patients en provenance de 57 organismes de santé de grande envergure, presque tous situés aux États-Unis.

Les chercheurs ont créé 2 cohortes de patients âgés de 15 ans et plus sans diagnostic antérieur de cancer de la peau : un groupe avait été traité par hydroquinone (ayant pour code de médicament 5509 dans le système TriNetX) tandis que l’autre groupe n’avait pas été exposé au médicament. À l’aide des codes de la classification internationale des maladies, 10e révision (CIM-10) pour le mélanome, le cancer non mélanocytaire et tous les autres types de cancers de la peau, les chercheurs ont étudié quels groupes de personnes étaient susceptibles de développer ces cancers.

Ils ont constaté que l’exposition à l’hydroquinone était liée à une augmentation significative des cancers de la peau (P < 0,0001 pour toutes les valeurs) :

  • Mélanome (risque relatif [RR] : 3,0 ; intervalle de confiance [IC] à 95 % : 1,704–5,281).

  • Cancers non mélanocytaire (RR : 3,6 ; IC à 95 % : 2,815–4,561).

  • Tous les cancers de la peau rapportés combinés (RR : 3,4 ; IC à 95 % : 2,731–4,268).

Bien que « la source des données et le nombre de patients inclus dans l’étude soient des atouts importants », a déclaré la Dre Miles, « l’incapacité à déterminer pendant combien de temps et avec quelle régularité les patients ont utilisé l’hydroquinone est probablement la plus grande faiblesse de l’étude ».

Des recherches nécessaires pour un marché cosmétique important

La Dre Valencia D. Thomas, professeure au département de dermatologie du Centre de cancérologie MD Anderson (MD Anderson Cancer Center) et de l’Université du Texas à Houston, a déclaré dans un e-mail que les produits d’éclaircissement de la peau en vente libre contenant de l’hydroquinone à faible concentration sont très répandus et sont couramment utilisés chez les populations de couleur.

Les données de l’étude ne montrent pas de risque accru de cancer de la peau avec l’exposition à l’hydroquinone mais montrent « un risque accru de cancer dans le groupe d’exposition à l’hydroquinone, code de médicament 5509, dans le système TriNetX, ce qui ne prouve pas la causalité », a commenté la Dre Thomas.

« Étant donné que "l’exposition à l’hydroquinone" n’est pas définie, il n’est pas clairement établi la façon dont TriNetX a identifié la cohorte d’exposition à l’hydroquinone », a-t-elle fait remarquer. « L’exposition prend-elle en compte les prescriptions écrites et qui n’ont potentiellement pas été utilisées ? Prend-elle en compte l’utilisation de produits à base d’hydroquinone à forte concentration qui n’ont pas été approuvés par la FDA ? Ou bien prend-elle en compte l’utilisation de produits à base d’hydroquinone en vente libre ? »

« La force de cette étude est sa taille » a reconnu la Dre Thomas. « Cette étude est un excellent point de départ pour approfondir [celle] de la cohorte d’"exposition à l’hydroquinone" afin de déterminer si cette dernière est un facteur de cancer ou si elle est elle-même un facteur de confusion. »

Ces résultats soulignent la nécessité d’examiner les déterminants sociaux de la santé qui peuvent expliquer le risque accru de cancer, notamment l’origine ethnique, la localisation géographique et la pauvreté, a-t-elle ajouté.

« Étant donné la consommation mondiale d’hydroquinone, une collaboration internationale étudiant les données sur l’hydroquinone et le cancer sera probablement nécessaire pour apporter un éclairage sur cette question toujours actuelle » a indiqué la Dre Thomas.

 

Cet article a initialement été publié sur Medscape.come sous le titre  Hydroquinone, Found in Skin Lightening Agents Worldwide, Linked With Increased Skin Cancer Risk. Traduit, adapté et publié par Univadis.fr, membre du réseau Medscape

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