Les prépas privées plombent le budget des étudiants

Christophe Gattuso

Auteurs et déclarations

15 septembre 2022

France — Le montant d’une année de PASS (avec tutorat et prépa privée) peut atteindre jusqu’à 19 300 euros en 2022. Comment préserver l’égalité des chances entre les candidats quand les prépas privées plombent le budget des étudiants ? ? Yaël Thomas, président de l’ANEMF et le Pr Didier Samuel, président de la conférence des doyens de médecine avancent des pistes, et notamment celle du tutorat.

La disparition du numerus clausus devait sonner le glas du gâchis humain, permettre de diversifier les profils des médecins et mettre fin à la souffrance des étudiants en 1re année soumis à un concours exigeant. Raté ! La dernière réforme d’envergure de la première année commune aux études de santé (PACES) en 2020 n’a pas encore permis de remplir ces objectifs. Pire, la pression du concours demeure très forte et a des répercussions sur les finances des étudiants qui continuent d’avoir largement recours aux prépas privées si l’on en croit le dernier rapport de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) consacré aux indicateurs du coût de la rentrée qui évalue les différents postes de dépenses d’un étudiant intégrant le Parcours Accès Santé Spécifique (PASS) ou une Licence Accès Santé (L.AS).

Prépas, le prix de la peur

Alors que l’on pouvait espérer que la réforme du premier cycle améliore l’accès aux études de santé, l’inverse semble se produire, du fait notamment de la hausse des frais spécifiques de rentrée, et tout particulièrement des prépas privées. « Les prépas privées ont augmenté en nombre et en prix depuis cette réforme de la première année, analyse Yaël Thomas, président de l’ANEMF. Elles jouent sur la peur qu’a entraîné chez les étudiants cette réfonte entrée en application en 2020 pendant la crise Covid. » Bref, loin de baisser pavillon, les officines privées gardent pignon sur rue. « Nous estimons que la moitié des étudiants de première année sont inscrits dans une prépa, cette proportion passant à 70 % dans les facultés d’Ile-de-France », poursuit l’étudiant brestois qui vient d’achever sa 3e année.

 
Les prépas privées ont augmenté en nombre et en prix depuis cette réforme de la première année. Yaël Thomas
 

Selon les statistiques de l’ANEMF, les frais de rentrée consacrés par les étudiants en PASS avec tutorat et prépa privé sont de 6 760 euros en moyenne, France entière, un montant en hausse de près de 28 % en un an ! Ces frais peuvent atteindre 8 600 euros en Ile-de-France. Les coûts sont un peu moindres pour les candidats de la L.AS (avec tutorat et prépa) qui déboursent entre 4 000 euros en région et 5 000 euros environ en Ile-de-France.

Jusqu’à 19 300 euros de frais en PASS…

Si l’on ajoute les frais mensuels de vie courante (loyer, transports, téléphone, loisirs, consommables…), les droits d’inscription, le matériel pédagogique des prépas, les frais de rentrée (complémentaire santé, assurance logement, contribution à la vie étudiante et de campus…), l’ANEMF a estimé que le montant d’une année de PASS (avec tutorat et prépa privée) pouvait atteindre jusqu’à 19 300 euros en 2022 contre 17 440 euros en 2021.

Bref un montant que tous les candidats ne peuvent pas s’offrir. Selon l’ANEMF, un étudiant sur quatre aurait un jour songé à arrêter son cursus pour des raisons financières. « Dans l’idéal, il faudrait qu’il n’y ait plus de prépas privées ni de sélection aux études de santé par l’argent mais il est difficile d’encadrer l’activité des prépas, qui relèvent du domaine privé », déclare Yaël Thomas.

 
Un étudiant sur quatre aurait un jour songé à arrêter son cursus pour des raisons financières.
 

Les tutorats font de la résistance

Joint par Medscape Edition française, le Pr Didier Samuel, président de la conférence des doyens de médecine, affirme que les universités ont fait ces dernières années de gros efforts pour préserver l’égalité des chances entre les candidats. « Les droits d’inscription en PASS et en LAS n’ont pas augmenté et sont à 170 euros par an depuis quelques années, relève-t-il. Les facs de médecine ont toutes mis en place des tutorats efficaces. »

Ces services bénévoles menés avec des étudiants plus âgés, dont la qualité est valorisée par un agrément du ministère de l’Enseignement supérieur, permettent en effet de les accompagner dans la préparation de l’examen à moindre coût.

« Nous faisons un effort important pour aider les étudiants à se passer des boîtes privées car on peut réussir sans passer par ces prépas. Mais cette première année reste un concours avec 20 à 30% de reçus selon les facs, et un certain nombre d’étudiants considèrent que la prépa peut les aider à passer en 2e année », poursuit le Pr Samuel. Si les études de santé demeurent onéreuses, un effort pourrait être mené pour limiter le poids du loyer, notamment dans la capitale et en Ile-de-France, qui contribue à grever les budgets, analyse le doyen parisien.

 
On peut réussir sans passer par ces prépas. Pr Didier Samuel
 

La 1re année reste un concours

Quoi qu’il en soit, le président des doyens veut éviter de tirer des conclusions trop hâtives de la récente refonte de la première année : « Cette réforme est un choc culturel et perçue comme complexe, nous essayons de clarifier les voies d’accès et de la rendre plus compréhensible de l’extérieur. Il est trop tôt pour dire si elle a permis de diversifier les profils des futurs médecins ». Si le nombre de candidats sur la ligne de départ en PASS et en L.AS est sensiblement le même, la majorité des 10 500 étudiants (70%) accédant en 2e année au terme du nouveau numerus apertus sont issus du PASS, affirme le Pr Samuel. « Oui, les études de santé restent très sélectives, reconnaît le doyen de Paris-Saclay. La communication autour de la réforme a consisté à annoncer la fin du numerus clausus, faisant penser que les portes des facs de médecine étaient grandes ouvertes mais leurs capacités, même si elles ont augmenté, demeurent limitées. »

 
Cette réforme est un choc culturel. Il est trop tôt pour dire si elle a permis de diversifier les profils des futurs médecins. Pr Didier Samuel
 

Des études longues et au départ mal rémunérées

Devenir médecin, c’est la promesse d’avoir un beau métier et des revenus intéressants. Mais avant cela, il faut composer avec une rémunération bien moins attractive pendant les premières années d’études… « Les freins économiques sont nombreux et ils impactent l’accès et la réussite des études de médecine, avec un cursus long au cours duquel le salaire demeure dérisoire entre la 4e et la 6e années », commente Yaël Thomas.

Car si le Ségur de la Santé a doublé le salaire des étudiants de 4e année (DFASM 1), le salaire demeure très bas pour l’étudiant hospitalier qui ne bénéficie pas d’une rémunération équivalente à un autre stagiaire. Un étudiant en 4e année gagne 216 euros net par mois, ce qui correspond à 2,50 euros de salaire horaire net. « Nous voudrions que ce salaire horaire passe à 3,90 euros, qui est la gratification horaire nette que touche un étudiant en stage pendant au moins deux mois », avance Yaël Thomas.

 
Nous voudrions que ce salaire horaire passe à 3,90 euros. Yaël Thomas
 

 

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