COVID-19 : doublement de l’incidence du syndrome du bébé secoué

Serge Cannasse

Auteurs et déclarations

9 septembre 2022

Paris, France — Dès le début de l’épidémie de Covid-19 et des mesures de confinement prises pour l’endiguer, de nombreux acteurs de la communauté scientifique, médicale et sociale avaient manifesté leur inquiétude sur le risque d’accroissement de l’incidence des maltraitances et négligences envers les enfants. Pour savoir si ces craintes étaient justifiées ou non, un travail a été conduit par les équipes des services d’Anesthésie-réanimation, Neurochirurgie et Imagerie pédiatriques ainsi que l’équipe mobile de protection de l’enfance de l’hôpital Necker-Enfants malades AP-HP[1] et d’Université Paris Cité, associées à une équipe de l’Inserm. Les chercheurs ont analysé l’évolution de l’incidence et de la gravité du syndrome du bébé secoué (SBS) chez les nourrissons de la région Île-de-France au cours des deux premières années de la pandémie de Covid-19 (2020-2021) par rapport à la période prépandémique (2017-2019).

Pour mémoire, le SBS est la cause la plus fréquente de décès traumatique chez les nourrissons dans les pays à hauts revenus. Les formes non létales sont associées à des troubles neurodéveloppementaux (épilepsie, déficiences motrices et visuelles, troubles du langage, déficience intellectuelle et anomalies du comportement). Le diagnostic est porté devant la présence d’un hématome sous-dural et à la suite d’une enquête médico-sociale complète.

Les équipes ont recensé 99 cas de SBS chez des nourrissons de moins de 12 mois adressés entre janvier 2017 et décembre 2021 à l’hôpital Necker-Enfants malades (AP-HP, Paris), qui est l’unique centre d’urgences neurochirurgicales pédiatriques de la région parisienne. Parmi eux, 87 % avaient une rupture des veines ponts, 75 % des hémorragies rétiniennes, 32 % des fractures, 26 % un état de mal épileptique et 13 % sont décédés.

Par rapport à la période pré-épidémique 2017-2019, l’incidence de SBS est restée stable en 2020, mais en 2021 elle a doublé et sa mortalité a été multipliée par 9.

Pour rendre compte de ce doublement pendant la seule deuxième année d’épidémie, les chercheurs invoquent une accumulation de la détresse psychosociale. En effet, les mesures prises pour lutter contre l’épidémie ont augmenté la prévalence des facteurs connus de maltraitance infantile : précarité psychosociale, confinement dans des logements peu spacieux, fermetures des écoles et des crèches, désorganisation des services sociaux.

Les chercheurs proposent de poursuivre leur travail en examinant si l’augmentation de l’incidence de SBS porte sur certains territoires et/ou est liée à des conditions de vie spécifiques.

 

Cet article a initialement été publié sur Univadis.fr, membre du réseau Medscape

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