Dans l’Actu : la polymédication

Ryan Syrek

Auteurs et déclarations

9 septembre 2022

 

La polymédication, ou l'utilisation quotidienne de plusieurs médicaments, est de plus en plus fréquente et reste associée à des risques non négligeables pour la santé (voir infographie). Des études récentes ont examiné les avantages des interventions visant à réduire cette polymédication, ainsi que les conditions associées à l'utilisation de plusieurs médicaments.

Impact des interventions visant à réduire la polymédication

Une nouvelle étude a montré que les stratégies visant à réduire la polymédication permettent de diminuer les prescriptions potentiellement inadaptées et améliorer de manière significative l'adhésion aux médicaments. [1]

Dans leur analyse, les chercheurs ont examiné cinq revues systématiques d’études interventionnelles publiées entre 2014 et 2019. Le nombre moyen de médicaments pris quotidiennement variait de 5,7 à 9,4. Dans les cinq revues, les interventions ont entrainé des réductions statistiquement significatives des prescriptions problématiques et ont amélioré l'adhésion des patients. Deux revues ont également constaté une réduction de l'utilisation des ressources et des dépenses de santé. Cependant, aucune des cinq revues n'a rapporté d'avantages significatifs sur la qualité de vie ou de différences significatives concernant les événements indésirables liés aux médicaments.

Polymédication fréquente chez les patients VIH+ de 65 ans ou plus

Certaines pathologies entraînent une polymédication plus importante que d'autres, et certains patients sont encore plus susceptibles de prendre quotidiennement plusieurs médicaments. Une étude récente a montré que les patients HIV+ âgés de 65 ans ou plus prenaient beaucoup plus de médicaments ne faisant pas partie d'un traitement antirétroviral que ceux âgés de 50 à 64 ans. [2] De plus, dans un échantillon de plus de 900 patients séropositifs, environ 60 % prenaient au moins un médicament potentiellement inapproprié (MPI). Les chercheurs ont obtenu des données sur le bilan comparatif des médicaments pour 951 personnes séropositives âgées de 50 ans ou plus. Le nombre moyen de médicaments sans traitement était de 6,7. Les patients âgés de 65 ans ou plus prenaient beaucoup plus de médicaments (non antirétroviraux) que les patients âgés de 50 à 64 ans (8,4 contre 6,3 ; p < 0,001). Le nombre moyen de MPI par patient était de 1,6. Les patients vivant avec une infection à VIH diagnostiquée depuis plus de 10 ans présentaient un risque plus élevé de MPI (1,6 MPI) que ceux dont la durée était plus courte (1,4 MPI ; p = 0,06).

Risque d’interactions médicamenteuses dans la SEP

La sclérose en plaques (SEP) est une autre maladie pour laquelle la polymédication est préoccupante. Une étude récente a révélé que sur 627 patients atteints de SEP prenant en moyenne 5,3 médicaments chacun, environ 1 sur 25 était confronté à une interaction médicamenteuse potentiellement grave, et près des deux tiers avaient au moins une interaction potentiellement risquée. [3] 77 % de toutes les interactions médicamenteuses concernaient des médicaments sur ordonnance, 19 % des interaction étaient entre des médicaments sur ordonnance et d’autre en vente libre, et 4 % entre médicaments en vente libre. Il est donc important de connaître l’ensemble des médicaments que prend un patient, y compris les compléments alimentaires à base de plantes, étant donné que près de 60 % des personnes de 20 ans ou plus en consomment. Un quart des personnes de plus de 60 ans prennent au moins quatre compléments.

Quels médicaments dans la dorsalgie chez les patients âgés?

Les dorsalgies sont une cause fréquente de consommation de plusieurs médicaments, que ce soit en vente libre ou sur ordonnance, et plus particulièrement chez les patients âgés. Selon une nouvelle  étude , il est important de bien connaître ces traitements, certains étant plus sûrs et plus efficaces que d'autres. [4]

Les chercheurs ont ainsi évalué les médicaments utilisés chez les personnes âgées présentant des douleurs de la colonne vertébrale, en examinant 138 essais en double aveugle contrôlés par placebo.

L'acétaminophène présente un profil de sécurité favorable pour ces dorsalgies, mais les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont plus efficaces. Cependant, les AINS doivent être utilisés à des doses plus faibles à court terme, avec des précautions gastro-intestinales, ont rappelé les chercheurs. Les corticostéroïdes ont le moins de preuves à l'appui. En ce qui concerne les relaxants musculaires, la plupart des preuves favorisent la tizanidine et le baclofène.

Les investigateurs notent également que :

  • Les anciens antidépresseurs tricycliques doivent généralement être évités chez les personnes âgées en raison de leurs effets secondaires ; cependant, la nortriptyline et la désipramine peuvent être mieux tolérées pour les douleurs nerveuses du cou et du dos, à des doses plus faibles.

  • Les antidépresseurs plus récents, en particulier la duloxétine, un inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, ont un meilleur profil de sécurité et une bonne efficacité pour les douleurs nerveuses liées à la colonne vertébrale.

  • Les opioïdes traditionnels sont généralement évités dans le traitement des douleurs liées à la colonne vertébrale chez les personnes âgées, en raison des risques associés.

 

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