POINT DE VUE

Pourquoi publie-t-on des études sur des programmes de perte de poids de 12 semaines comme si elles avaient une valeur ?

Dr Yoni Freedhoff

Auteurs et déclarations

8 septembre 2022

États-Unis – Existe-t-il vraiment un régime ou un programme de perte de poids qui ne fonctionne pas si l’on s’y tient au moins 3 mois ?

En vérité, les régimes les plus archaïques, n’ayant aucun sens, antiscientifiques et les plus absurdes du monde fonctionnent à court terme, alimentés par le fait que la souffrance à court terme pour perdre du poids est une compétence que l’humanité a assidûment cultivée depuis au moins 100 ans. Nous sommes vraiment doués pour cela !

Le problème étant de garder sur le long terme ce poids perdu.

Ce qui m’amène à la question suivante : pourquoi les revues médicales, même les plus prestigieuses, publient-elles des études sur des programmes de perte de poids de 12 semaines comme si elles avaient une valeur ? Quelqu’un s’imagine-t-il vraiment qu’après plus de 100 ans d’essais, il y aurait un régime ou un programme à court terme qui aurait des résultats durables et reproductibles qu’aucun autre régime ou programme à court terme n’a jamais eu ? Pourquoi prétendons-nous encore qu’il existe un remède miracle ?

 
Pourquoi prétendons-nous encore qu’il existe un remède miracle ?
 

Prenez cette étude publiée dans la revue Obesity le mois dernier, « Pragmatic implementation of a fully automated online obesity treatment in primary care ». Elle décrit en détail un programme de perte de poids en ligne automatisé de 12 semaines qui a permis aux participants de perdre environ 5 % du poids. D’après sa description, hormis son caractère automatisé, le programme donne à peu près aux mêmes conseils et recommandations passe-partout, dont il n’a pas été démontré qu’ils conduisaient un grand nombre de personnes à perdre du poids sur le long terme.

Les participants recevaient des vidéos hebdomadaires qui, d’une manière ou d’une autre, leur indiquaient sans doute que les aliments riches en calories étaient très caloriques et devaient être réduits au minimum, et d’autres « secrets » pour perdre du poids.

Les utilisateurs devaient télécharger dans le programme chaque semaine leur poids, leur apport énergétique et leur temps d’exercice et devaient tenir un journal alimentaire. Leur objectif était de perdre 10 % de leur poids corporel en consommant 1200 à 1500 calories s’ils pesaient moins de 113 kg (250 lb) et 1500 à 1800 calories s’ils pesaient plus de 113 kg, tout en leur recommandant de viser 200 minutes par semaine d’activité physique d’intensité modérée à vigoureuse.

Les résultats n’ont rien de surprenant : 79 % des personnes qui ont reçu une invitation à faire le programme ne l’ont pas commencé ou l’ont arrêté avant la fin de la première semaine.

Parmi ceux qui ont effectivement commencé le programme et l’ont suivi pendant plus d’une semaine, bien qu’ils aient été sélectionnés par leur médecin comme des participants motivés, seuls 20 % ont regardé toutes les vidéos du programme, tandis que 32 % seulement ont pris la peine de soumettre leurs données de poids pour les 12 semaines.

Bien entendu, les auteurs ont constaté que ceux qui avaient regardé le plus grand nombre de vidéos et soumis le plus grand nombre de données sur leur poids avaient perdu plus de poids et ont attribué cette perte au programme.

Ce que les auteurs n’ont pas envisagé, c’est la possibilité que ceux qui ne perdaient pas de poids, ou qui en prenaient, soient simplement moins enclins à poursuivre un programme qui ne les menait pas aux résultats souhaités ou à vouloir rapporter l’absence de perte de poids ou un gain de poids.

Les études à court terme sur la perte de poids n’aident personne et lorsque, comme dans ce cas, les résultats ne sont même pas médiocres et que les taux d’achèvement et d’engagement sont terribles, l’étude est quand même présentée comme significative et importante. Cela renforce le stéréotype nuisible selon lequel la gestion du poids est réalisable au moyen de messages simples et d’objectifs génériques.

 
Les études à court terme sur la perte de poids n’aident personne.
 

Elle suggère que ce sont les individus qui échouent dans les programmes en ne faisant pas assez d’efforts et que ceux qui le font, ou qui le veulent le plus, réussiront. Cela peut également conduire les patients et les cliniciens à remettre en question l’utilisation des médicaments contre l’obésité, dont la génération actuelle permet une perte de poids bien plus importante et reproductible que n’importe quel programme comportemental ou régime.

La bonne nouvelle étant que le petit pourcentage de participants qui a survécu aux 12 semaines de ce programme sont assignés de manière aléatoire à différents programmes d’entretien de 9 mois, ce qui permettra d’effectuer une analyse au bout d’un an des participants qui ont terminé le programme.

La raison pour laquelle cette étude a été publiée si tôt au lieu d’attendre les données à un an, témoigne de l’omniprésence de la notion toxique et biaisée, selon laquelle une simple éducation permettrait de surmonter la physiologie forgée au cours de millions d’années d’insécurité alimentaire extrême.

Des millions d’années d’insécurité alimentaire alors que notre environnement alimentaire, est désormais une véritable plaine inondée d’aliments hyper appétissants, et que les déterminants sociaux font qu’un changement de comportement intentionnel au nom de la santé est un luxe inaccessible pour une grande partie de la population…

 
Notre environnement alimentaire, est désormais une véritable plaine inondée d’aliments hyper appétissants.
 

Le Dr Yoni Freedhoff est professeur associé de médecine familiale à l’Université d’Ottawa et directeur médical du Bariatric Medical Institute, un centre de gestion du poids non chirurgical. Il est l’un des spécialistes de l’obésité les plus connus au Canada et l’auteur de The Diet Fix : Why Diets Fail and How to Make Yours Work.

 

Cet article a initialement été publié sur Medscape.com sous le titre  'Stop Pretending' There's a Magic Formula to Weight Loss Traduit et adapté par Mona El-Guechati

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