Recommandations de la mission Flash sur les Urgences : quel bilan sur juillet ?

Jacques Cofard

Auteurs et déclarations

17 août 2022

France — Samu-Urgences de France (SUdF) a fait un bilan sur le mois de juillet de la situation des Services d'urgence, des SAMU et des SMUR. Verdict : les recommandations de la mission flash ont été mises en application de manière très partielle.

Enquête

Les 41 recommandations de la mission Flash sur les urgences ont-elles été mises en application ? Si c'est le cas, quel en est le résultat ? Le syndicat Samu-Urgences de France s'est non seulement posé ces questions, mais y a également répondu, en lançant une enquête en juillet dernier à laquelle 331 établissements de santé représentant 92 départements ont répondu. Pour rappel, les 41 recommandations du Dr Braun, ancien président de Samu-Urgences de France et nouveau ministre de la Santé, étaient regroupés sous quatre thématiques : proposer des solutions alternatives aux urgences, maintenir la réponse aux urgences vitales, limiter l'activité des services d'urgence, revaloriser les métiers de la permanence des soins. Le rapport Braun promettait, entre autres choses, une grande campagne de communication nationale et locale sur « le bon usage des urgences », ainsi qu’une meilleure régulation des urgences à l'accueil.

Difficultés sur le front des ressources humaines

L'enquête de SUdF dresse dans un premier temps un état des lieux des difficultés rencontrées par les services d’accueil aux urgences (SAU), les SMUR et les SAMU. « 95 % des SAU déclarent rencontrer des problématiques importantes de disponibilité de lits d’hospitalisation pour leurs patients. Simultanément, 72 établissements (22 %) ont eu recours à une réduction capacitaire ou une fermeture totale de leur unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD) », établit le syndicat d'urgentistes. La situation est quasi identique dans les SAMU : « concernant leurs ressources humaines, 98 % d’entre eux déclarent être en difficulté sur les ressources médicales et 95 % pour les ressources non médicales. 68 % de ces établissements ont recours à des solutions d’intérim durant cet été. » Même topo dans les SMUR : « 75 SMUR ont été dans l’obligation de fermer une ligne de SMUR faute de personnels, dont 2 qui ont fermé 2 et 4 lignes simultanément. » Au manque de personnel s'est greffée une augmentation importante de l'activité, provoquant un effet ciseau asphyxiant pour les urgences : « les SU ont enregistré durant le mois de juillet 2022 une augmentation d'activité en moyenne de 12,3 % soit environ 180 000 passages de plus qu'en 2021 sur la même période [...] Les SAMU ont enregistré durant le mois de juillet 2022 une augmentation d'activité en moyenne de 21,5 % comparativement à celle de 2021 à la même période. »

Restriction d’accès

Quelles mesures ont été prises, inspirées, par la mission flash de Braun pour pallier ces manques d'effectifs ? Dans les services d'urgence, « 72 établissements (22 %) ont eu recours à une réduction capacitaire ou une fermeture totale de leur UHCD, 88 établissements (26 %) ont mis en place une restriction d’accès, dont 67 avec une régulation médicale systématique par le SAMU-Centre 15 pour autoriser l’accès aux urgences ». Mesure plus drastique : 42 établissements ont dû fermer totalement leur service d'urgence la nuit, et 23 établissements ont dû les fermer de jour. Pour ce qui est des SAMU-Centre 15, 42 départements (43 %) ont mis en œuvre une régulation médicale systématique par le SAMU-Centre 15 avant l’accès aux SU. Dans les SMUR, 75 d'entre eux ont été dans l'obligation de fermer une ligne faute de personnels, et 18 ont effectué une fermeture totale de leur activité.

 
42 établissements ont dû fermer totalement leur service d'urgence la nuit, et 23 établissements ont dû les fermer de jour.
 

Équipes paramédicales d’urgence

Parmi les mesures novatrices proposées par le rapport Braun, figurait la mise en place d'équipes paramédicales d'urgence, installées dans 30 établissements. En revanche SUdF regrette de constater que la campagne d'information sur le bon usage des urgences n'a été réalisée que dans la moitié des SU interrogés, « représentant 79 départements ». Lors de la fermeture d'une structure, une entraide territoriale a été instaurée pour 51 établissements interrogés, comme cela était préconisé. La recommandation 27 de la mission flash recommandait la contractualisation du service de santé et de secours médical des sapeurs-pompiers : cette mesure s'est concrétisée dans 10 établissements seulement.

Une situation qui empire en août

Pour le mois d'août, prévenaient les auteurs de cette enquête, la situation devrait empirer. Joint par Medscape, le président de SUdF, le Dr Marc Noizet, annonce que « des signaux négatifs continuent de remonter du terrain. Dans des services, du fait d'une situation tendue en matière de RH, les conditions de travail se dégradent et les services doivent maintenir un tri à l'accueil, et procéder à des fermetures de lit ». Quant aux mesures proposées par la mission Braun, le Dr Noizet en tire un bilan mitigé : « je ne suis pas sûr qu'il y ait des mesures plus efficaces les unes que les autres. La mission flash est une boîte à outils utilisés en fonction de la situation du département. Dans les départements ruraux malheureusement ces outils ne servent pas à grand-chose, car il y a peu de médecins généralistes, donc il n'est pas possible de réguler les entrées aux urgences. Dès le début de l'été, nous savions qu'il n'y avait pas de mesures miracles, les solutions proposées sont des mesures palliatives. Cela permet aussi d'adresser des signaux positifs aux équipes. Il y a aussi des mesures salariales qui rentrent en ligne de compte mais ce ne sont pas les mesures les plus importantes aujourd'hui. Ce qui importe, c'est la qualité de vie au travail, il nous faut beaucoup plus de lits en aval, et des ratios de personnel plus importants. »

 
Dès le début de l'été, nous savions qu'il n'y avait pas de mesures miracles, les solutions proposées sont des mesures palliatives.
 

Revendications

Au terme de cette enquête, Samu-Urgences de France demande une mise en œuvre réelle de mise à disposition de lits d'aval, une plus grande participation du secteur privé, le renforcement des ressources humaines dans les centres 15, l'ouverture de points d'accueil de soins non programmés, la sanctuarisation du maillage territorial des SMUR, le renforcement des « effectifs médicaux et paramédicaux des Services d’accueil des Urgences avec les personnels 3SM disponibles ».

 

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