Dans l’Actu : les statines

Ryan Syrek

Auteurs et déclarations

22 juillet 2022

 

Les statines sont des hypolipidémiants qui comptent parmi les médicaments les plus prescrits au monde. À ce titre, toute nouveauté sur leur utilisation suscite généralement un grand intérêt. Les inquiétudes suscitées par de nouvelles recommandations, une publication de la National Lipid Association américaine concernant l'i ntolérance aux statines et des études récentes explorant l' impact de leur utilisation sur diverses affections non cardiaques comme le COVID-19,  ont une fois de plus fait des statines un des sujets les plus discuté s de la semaine. Additionnellement, alors que la prévalence mondiale de la stéatopathie  non alcoolique (NAFLD) augmente à un rythme alarmant, de nouvelles recherches suggèrent que les statines pourraient être bénéfiques dans le traitement de la NAFLD (infographie).

Statines et NAFLD/NASH

Les recherches présentées lors du  International Liver Congress 2022  ont utilisé les données de la Rotterdam Elderly Study pour examiner les bénéfices potentiels des statines chez les personnes atteintes de stéatohépatite non alcoolique (NASH). [1] Au-delà de la réduction de l’incidence de la NAFLD, en ne considérant qu’un sous-ensemble de patients dont la NAFLD a été prouvée par biopsie, l’utilisation de statines a été associée à une réduction de 45 % de la NASH (odds ratio [OR], 0,55 ; p = 0,031). Les chercheurs ont déterminé que les statines peuvent réduire la formation de gouttelettes lipidiques et influencer l’expression de gènes inflammatoires importants. Des experts suggèrent que des recherches supplémentaires sont nécessaires : « Pour autant que je sache, il n’existe pas de preuves solides issues de grands essais randomisés suggérant que les statines réduisent les risques de NAFLD ou améliorent ses marqueurs de substitution tels que les taux d’ALT (alanine aminotransférase) ou de GGT (gamma-glutamyltransférase) », a commenté le Pr Naveed Sattar (Université de Glasgow) dans une interview.

Intolérance aux statines : propositions de la NLA américaine

L’intolérance aux statines reste une préoccupation majeure. La National Lipid Association (NLA) américaine a récemment publié un nouveau document sur la prise en charge des patients présentant une intolérance aux statines. [2] Cette déclaration indique que, bien que les statines soient généralement bien tolérées, une intolérance est signalée chez 5 à 30 % des patients. Pour identifier un régime « tolérable », le NLA recommande d’utiliser plusieurs stratégies différentes (différente statine, dose et/ou fréquence d’administration variées). Pour établir l’intolérance, il faut essayer au moins deux statines, dont au moins une à la plus faible dose quotidienne approuvée. Chez les patients à haut et très haut risque qui sont intolérants, le document suggère d’initier un traitement sans statine pendant qu'on effectue des tentatives supplémentaires pour identifier une statine tolérable, afin de limiter le temps d’exposition à des niveaux élevés de lipoprotéines athérogènes.

Reconsidérer les dernières recommandations de l' ESC ?

Une autre série de recommandations sur les statines a récemment suscité de vives réactions. Selon une étude [3] récente, les nouveaux seuils de risque utilisés pour guider le traitement par statine dans la prévention primaire des maladies cardiovasculaires athérosclérotiques (soit les recommandations 2021 de l'ESC ou Société européenne de cardiologie) réduisent considérablement l’éligibilité à l’utilisation des statines dans certains pays. Un éditorial [4] accompagnant les résultats les qualifie d’« alarmants » et indique que, s’ils sont confirmés, les recommandations devraient être reconsidérées pour « éviter un retour en arrière dans l’utilisation des statines en prévention primaire. » Pour l’étude, le Dr Mortensen et ses collègues ont comparé les performances cliniques des recommandations 2021 de l’ESC avec celles de l’American College of Cardiology (ACC)/American Heart Association (AHA), du National Institute for Health and Care Excellence (NICE) britannique, ainsi que des recommandations européennes de 2019 dans une cohorte européenne contemporaine de 66 909 personnes apparemment en bonne santé provenant de la Copenhagen General Population Study.

Au cours du suivi de 9 ans, un ensemble de 2962 à 4277 événements cardiovasculaires non mortels et mortels a été observé. Les résultats ont montré que, bien que l’ESC ait introduit un nouveau modèle de risque amélioré connu sous le nom de SCORE2, les recommandations actualisées en fonction de l’âge ont considérablement réduit l’éligibilité à une recommandation de classe I pour un traitement par statine à seulement 4 % des individus âgés de 40 à 69 ans et à moins de 1 % des femmes. Cette situation contraste fortement avec les précédentes recommandations européennes de 2019, ainsi qu’avec les lignes directrices actuelles du NICE au Royaume-Uni, et de l’ACC et l’AHA aux États-Unis, pour lesquelles de fortes recommandations de classe I ciblent respectivement 20 %, 26 % et 34 % des individus, avec de meilleures performances cliniques chez les hommes et les femmes, selon les auteurs.

Difficulté d’accès aux statines de haute intensité chez les patients MCAS

Même lorsque les statines sont clairement indiquées, il peut être difficile d’amener les patients à les utiliser. [5] Les résultats obtenus auprès de plus de 600 000 Américains (détenteurs d’une assurance) atteints d’une maladie cardiovasculaire athérosclérotique établie (MCAS) l’ont montré :

  • seul 1 patient sur 5 (22,5 %) prenait une statine d’intensité élevée ;

  • 27,6 % prenaient une statine d’intensité faible ou modérée ;

  • la moitié des patients (49,9 %) ne prenaient aucune statine.

Les femmes étaient 30 % moins susceptibles que les hommes de recevoir une statine (OR, 0,70). Un score élevé à l’indice de comorbidité de Charlson (OR, 0,72) et une maladie artérielle périphérique (OR, 0,55) réduisaient également les chances de prescription d’une statine. Parmi les utilisateurs de statines, les patients d’âge moyen (dans la cinquantaine, OR, 0,83) et plus âgés (OR, 0,44) étaient moins susceptibles de prendre une statine de forte intensité, tout comme les femmes (OR, 0,68) et les patients atteints d’une maladie artérielle périphérique (OR, 0,43). Cependant, le fait d’avoir consulté un cardiologue au cours des 12 mois précédents augmentait la probabilité qu’un patient prenne une statine d’intensité élevée (OR, 1,21), tout comme l’utilisation d’autres médicaments pour réduire le taux de cholestérol LDL (OR, 1,44).

Diminution du risque d’hospitalisation pour COVID-19

Les patients qui reçoivent des statines en prévention primaire peuvent bénéficier d’un autre avantage : un risque moindre d’hospitalisation due au COVID-19. L’analyse des données françaises EPI-PHARE [6] portant sur plus de 2 millions de personnes prenant des statines a montré que le risque d’hospitalisation en raison du COVID-19 était 16 % inférieur par rapport à celui des témoins appariés (OR ajustés, 0,84). Les résultats étaient similaires pour les décès en milieu hospitalier associés au COVID-19.

Inscrivez-vous aux newsletters de Medscape : sélectionnez vos choix

Suivez Medscape en français sur Twitter, Facebook et Linkedin.

Suivez theheart.org | Medscape Cardiologie en français sur Twitter.

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....