Les revenus des médecins libéraux en baisse depuis 2019

Jacques Cofard

Auteurs et déclarations

19 juillet 2022

France — La moyenne des revenus des médecins libéraux est en baisse en 2020 et 2021 selon la Drees. La Confédération des syndicats de médecins français (CSMF) demande une revalorisation des actes des spécialités les moins rémunératrices.

Base de données la plus exhaustive qui soit

La CSMF est proprement furieuse. Les revenus des médecins libéraux sont en récession depuis 2019 : « Moins 0,4% en 2019 et moins 2,7% en 2020 ! L’étude publiée cette semaine par la Drees est claire : les revenus des médecins libéraux baissent et cette baisse s’accentue » commente-t-elle. La CSMF passe sous silence, néanmoins, la formidable hausse des revenus des médecins de ville en 2018, telle que l'a constaté la Drees : soit une hausse de +2,9% pour l'ensemble des médecins, dont +7,8% pour les médecins de secteur 2... Établie tous les trois ou quatre ans, la base de données des revenus des médecins libéraux de la Drees est la plus exhaustive qui soit. Elle permet en effet de cumuler non seulement les revenus libéraux des médecins de ville, mais aussi leur revenu salarié, en appariant les données de l'assurance maladie, de la direction générale des finances publiques, mais aussi celle de la Caisse autonome de retraite des médecins français (Carmf) : « Le revenu des médecins libéraux est calculé tous les trois ou quatre ans à partir d’une source exhaustive (Insee-CNAM-DGFiP) associant à chaque médecin libéral des données relatives à son activité – fournies par la Caisse nationale de l’assurance maladie (CNAM) – et des données relatives à ses différents types de revenus, issues de la déclaration d’imposition sur le revenu et fournies par la Direction générale des finances publiques (DGFiP). Cette source permet ainsi de disposer, pour chaque médecin exerçant une activité libérale, à la fois de son revenu libéral et de son éventuel revenu salarié, dont la somme constitue son revenu d’activité total. »

Les pédiatres les moins bien rémunérés

Que nous apprend cette base de données ? Qu'il s'agisse de 2018, 2019 ou encore 2020, les spécialistes les moins bien rémunérés sont les pédiatres, avec des revenus oscillant entre 79200 euros en 2018 et 78 000 euros en 2020. Les spécialistes les mieux payés, quelle que soit l'année, sont les radiothérapeutes avec des revenus de l'ordre de 498 000 euros en 2018 et de 402 400 euros en 2020. En moyenne, l'ensemble des médecins avaient des revenus moyens de 116 000 euros en 2018 contre 114 400 euros en 2020.

 
En moyenne, l'ensemble des médecins avaient des revenus moyens de 116 000 euros en 2018 contre 114 400 euros en 2020
 

Quelles ont été les évolutions les plus spectaculaires sur ces trois dernières années ? Sur 2017-2018, ce sont les rhumatologues qui ont été perdants, avec une baisse de revenus de 5,9% (pour des revenus de 86 200 euros) tandis que les revenus des radiothérapeutes marquaient une hausse, sur la même durée, de... 25,5% ! Entre 2018 et 2019, ce sont les oncologues qui ont le plus perdu (-6,4%), tandis que les radiothérapeutes une fois de plus dérochait la plus forte hausse soit +2,8%. Entre 2019 et 2020, enfin, ces deux spécialités s'échangent les rôles : ce sont les revenus des radiothérapeutes qui plongent, soit une baisse de 22,6% tandis que ceux des oncologues font un bond en avant de +7% (169 500 euros).

Covid responsable

Quoi qu'il en soit, pour l'ensemble des médecins, on note une baisse des revenus sur l'année 2020, bien plus importante que sur l'année 2019. La Covid est-elle responsable de cet état de fait ? Il semble que oui. Selon une enquête de Medscape de 2021, auprès de 1000 praticiens, un tiers des répondants avaient rapporté une baisse de revenus en 2020 par rapport à l'année précédente, et 87% attribuaient la diminution de ces revenus à la pandémie. « Les patients se sont moins rendus au cabinet pendant le premier confinement ; il n'y avait quasiment pas de pathologies infantiles... », nous avait confié une généraliste. Selon cette enquête, le revenu moyen des médecins était de 80 000 euros en 2020, contre 114 000 euros constatés par la Drees, qui prend en compte également les revenus salariés de ces médecins.

Hausse des revenus des psychiatres et des gynécologues en 2020

Néanmoins, même sur l'année 2020, certaines spécialités ont tiré leur épingle du jeu. Hors l'oncologie médicale, qui comme nous l'avons vu a connu une hausse de +7%, les psychiatres et neuropsychiatres ont vu leur revenu croitre de +4% en 2020, et les gynécologues de +3,1%. En secteur 2, ce sont les psychiatres et les neuropsychiatres qui ont vu leur revenu marquer une augmentation spectaculaire +8,6% (pour des revenus de 84900 euros). Rien d'étonnant à cela : les consultations de psychiatres et psychologues ont explosé durant la pandémie, en particulier à la suite du confinement. « Mars, avril 2020, décembre et janvier 2021 ont été les plus gros mois en termes de téléconsultations psychiatriques. Nous avons 13% des consultations totales de Qare sur ces quatre mois, ce qui est énorme », nous avait confirmé le Dr Fanny Jacq, directrice Santé mentale chez Qare.

 
Les spécialités les moins rémunératrices sont les spécialités cliniques dont la médecine générale.
 

Revalorisations

Quoi qu'il en soit, la CSMF profite de la publication de cette étude de la Drees pour faire avancer ses propres revendications. La confédération médicale demande entre autres choses une revalorisation des actes des spécialités médicales peu rémunératrices : « Les spécialités les moins rémunératrices sont les spécialités cliniques dont la médecine générale. La CSMF demande que la hiérarchisation des actes de consultation que nous proposons constitue un élément fort de la future convention médicale. Elle touchera de fait principalement les spécialités « consultantes ». En hiérarchisant ainsi les consultations et en valorisant l’expertise médicale, on libérera du temps « médecins » et on favorisera l’exercice coordonné sous toutes ses formes. »

 
Cette augmentation ne permet pas de corriger la baisse de pouvoir d'achat de 30 % des PH en 30 ans
 

Les médecins hospitaliers dénoncent des augmentations… ridicules

Si les médecins libéraux enragent contre une baisse généralisée de leur revenu en 2019 et 2020, les médecins hospitaliers dénoncent pour leur part des augmentations de salaire jugées ridiculement basses. « En toute discrétion – et on comprend pourquoi – le ministère de la Santé et de la Prévention publie au Journal Officiel l’augmentation dérisoire de salaire accordée aux médecins et aux internes, conformément au principe de l'évolution des grilles d'émoluments des praticiens hospitaliers selon l'évolution du point d'indice de 3,5 % après un gel de dix ans. Le SNPHARE regrette une augmentation de la permanence des soins strictement limitée à cette revalorisation du point d’indice. Cette augmentation ne permet pas de corriger la baisse de pouvoir d'achat de 30 % des PH en 30 ans », s’exclame le syndicat de praticiens hospitaliers SNPHARE. Qui réclame le doublement de la rémunération dès le 1er juillet, une des mesures phares du rapport flash du Dr Braun. Le SNPHARE demande aussi que les PH embauchés avant le 1er octobre 2020 puisse aussi bénéficier de la bonification d’ancienneté de 4 ans.

 

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