La transfusion de sang en provenance de femmes entraine-t-elle un surrisque ?

Caroline Guignot

13 juillet 2022

Suède— Parce que les données relatives au pronostic post-transfusionnel de globules rouges provenant de donneuses sont contradictoires, une équipe suédoise a conduit une étude nationale. Les résultats sont publiés dans la revue JAMA Intern Med[1].

Dans cette étude menée à partir du registre national suédois des transfusions sanguines, aucune différence de mortalité à 2 ans n’est observée parmi les patients adultes naïfs de transfusion selon que le donneur des globules rouges était un homme ou une femme, ayant ou non été enceinte.

Il apparaît aussi que les transfusions provenant de femmes engendrent un surrisque de transfusions supplémentaires en raison d'un contenu en hémoglobine plus faible dans leur don.

Pourquoi est-ce important ?

La littérature scientifique rapporte que les transfusions de plasma ou de plaquettes issues de dons de femmes, notamment celles ayant déjà été enceintes, favorisent la survenue de complications comme celle du syndrome respiratoire aigu post-transfusionnel (TRALI). Ce phénomène pourrait notamment être lié à la présence plus fréquente d’anticorps anti-HLA. Pour autant, les données concernant le pronostic après transfusion de globules rouges sont contradictoires. Cette étude est donc utile pour faire le point sur le sujet.

Méthodologie

Cette étude a été conduite à partir des données nationales suédoises et a porté sur le pronostic des personnes naïves de transfusion ayant reçu des transfusions de globules rouges entre 2010 et 2018. La survie globale à 2 ans a été comparée entre ceux qui avaient reçu une transfusion issue de donneurs féminins ou masculins, ainsi qu’entre donneurs féminins selon qu’elles avaient ou non eu une grossesse au préalable et en comparaison des donneurs masculins.

Une survie globale identique à 2 ans

Au total, les données de 368.778 patients ont été analysées, qui avaient reçu 1.936.757 unités de globules rouges provenant de 402.190 donneurs.

Pour évaluer s’il existait un facteur potentiel de confusion dépendant du contenu en hémoglobine de la transfusion, les chercheurs ont calculé le taux d'hémoglobine médian de la transfusion : le taux transfusé était plus élevé lorsque le don provenait d’hommes que de femmes (14,9 vs 13,5 g/dL), mais la différence n'était plus significative après ajustement sur le taux d'hémoglobine du donneur (risque relatif 1,03 [0,98-1,08]).

La survie globale à 2 ans était identique parmi la cohorte des receveurs qui avaient reçu une transfusion issue d’une femme et ceux ayant reçu une transfusion d’un donneur masculin (différence de survie -0,1% [-1,3 à 1,1]). Par rapport aux dons de donneurs masculins, il n'y avait également pas de différence en termes de survie à 2 ans pour les seules transfusions issues de donneuses ayant été enceintes (différence de survie 0,3% [-0,6 à 1,2]) ou pour celles qui ne l’avaient pas été (0,1% [-3,8 à -3,2]).

Aucune différence n’a été observée lorsque les analyses étaient conduites dans des sous-groupes de sexe ou d'âge homogènes.

« Compte tenu de l'utilisation des données de la banque de sang nationale sur une période de 8,5 ans et des résultats obtenus à partir des registres de santé nationaux, ces estimations sont à la fois précises et largement généralisables », concluent les auteurs.

 

Cet article a été initialement publié sur Univadis.fr, membre du réseau Medscape.

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