Système de santé en crise : les ambulanciers à la rescousse ?

Christophe Gattuso

Auteurs et déclarations

21 juin 2022

France — Et s’ils portaient secours au système de santé mal en point ? Leur syndicat majoritaire, la CNSA, propose que les 50 000 ambulanciers français encadrent des actes de télémédecine et rendent de nouveaux services aux patients vulnérables et isolés pour faciliter leur maintien au domicile.

Les ambulanciers à la rescousse

A l’heure où les pouvoirs publics souhaitent réduire les dépenses de transports sanitaires, qui excèdent les 4 milliards d’euros par an, à une époque où le dérèglement climatique impose de réduire les déplacements carbonés, les 50 000 ambulanciers de France mènent une réflexion sur l’avenir de leur métier. La Chambre nationale des services d’ambulances (CNSA), première organisation professionnelle représentative des transports sanitaires, qui revendique 1 500 structures adhérentes, a présenté il y a quelques jours plusieurs pistes pour engager la profession sur de nouvelles missions. Pour désengorger les urgences hospitalières et pallier le manque de professionnels de santé libéraux, le syndicat formule deux propositions concrètes au moment où est menée une « mission flash » pilotée par le Pr François Braun, président de Samu Urgence de France, pour améliorer l’accès à l’hôpital cet été.

« Avec la conjonction du vieillissement de la population et les difficultés grandissantes d’accès aux soins, nous nous sommes demandés comment notre profession pourrait se rendre utile, explique Dominique Hunault, président de la CNSA. Nos 5000 entreprises ont l’avantage de mailler le territoire, nous pouvons nous déplacer et avons des compétences en santé nous permettant d’aider à assurer la continuité des soins. »

La télémédecine en ambulance… pour éviter les transports

Les ambulanciers entendent se positionner en « facilitateurs » au service de la population et des autres professionnels de santé.

En tout premier lieu, ils proposent de devenir des assistants en télémédecine en déployant des unités mobiles de téléconsultation en médecine générale.

De quoi s’agit-il ? D’ambulances embarquant des cabines de télémédecine au sein desquelles pourraient être réalisées des consultations à distance ou des télé-expertises (en cardiologie, dermatologie, pneumologie). « Les ambulanciers, rapidement présents auprès du patient, pourraient aider les médecins à faire des diagnostics à distance et leur faire gagner du temps », explique Dominique Hunault. Cette nouvelle fonction permettrait aux personnes isolées, en situation de handicap ou à mobilité réduite d’accéder aux soins depuis leur domicile, leur Ehpad ou leur centre d’accueil. Elle pourrait aussi éviter des transports inutiles, assure le syndicaliste et soulager les urgences, le Samu et les pompiers. Sur le papier, le projet semble réaliste mais nécessite l’assentiment et le financement de la Cnam. Et surtout le déploiement de ces véhicules qui sont très rares en France.

« La fonction d’assistant de télémédecine n’est pour l’instant pas reconnue ni prise en charge par l’Assurance-maladie, nous espérons avancer lors des prochaines négociations à la rentrée », avance Dominique Hunault.

 
La fonction d’assistant de télémédecine n’est pour l’instant pas reconnue. Dominique Hunault
 

Services gagnants

Dans l’optique de faciliter le maintien à domicile des personnes âgées, les ambulanciers ambitionnent de devenir des relais des familles auprès de nos aînés. Dans le cadre de leur mission de service public, ils se proposent de leur rendre des petits services (hydratation en cas de canicule, achat des médicaments, vérification de la prise du traitement, courses de première nécessité, réassurance des proches...), en intervenant à leur domicile.

 
Les ambulanciers ambitionnent de devenir des relais des familles auprès de nos aînés.
 

« Au-delà de la saison estivale, l’ambulancier doit s’imposer comme le professionnel de santé garant de l’accès aux soins et de la prise en charge de la dépendance, affirme la CNSA. Les ambulanciers sont LA solution pour maintenir cette population à domicile. »

Dans un récent livre blanc sur l’avenir du transport sanitaire, la CNSA et la Fédération nationale de la mobilité sanitaire (FNMS) avancent également que les ambulanciers pourraient aussi intervenir en urgence et déclencher un transport sans attendre, en fonction du diagnostic réalisé par les professionnels de santé. Pour l’heure, les pouvoirs publics tablent sur les entreprises, notamment les sociétés d’ambulance, pour assurer un service de garde et des transports sanitaires urgents, comme le prévoit un récent décret d’avril 2022.

Dans le livre blanc d’une vingtaine de pages, les deux syndicats suggèrent que « l’ambulancier de demain sera l’un des interlocuteurs-clés de la santé de proximité dans les territoires. C’est pourquoi il convient de définir rapidement de nouvelles prérogatives qui pourraient lui incomber. »

Ces évolutions pourraient être l’occasion de renforcer l’attractivité de la profession qui peine à recruter, avec un salaire à l’embauche pour les auxiliaires ambulanciers correspondant au Smic et qui n’est pas beaucoup plus élevé pour les ambulanciers diplômés d’Etat (DEA).

Des « réponses potentielles » bien accueillies par l’UNPS

A l’heure où le système de santé est profondément chahuté, ces propositions sont accueillies avec bienveillance par le Dr William Joubert, président de l’Union nationale des professionnels de santé (UNPS), qui juge « légitimes » ces « réponses potentielles » aux problèmes d’accès aux soins. Le médecin généraliste préférerait cependant que les propositions ne soient pas mono-catégorielles mais s’inscrivent dans un cadre coordonné.

« Il y a un réel intérêt à connaître le périmètre d’intervention de chaque profession et de voir comment il pourrait évoluer mais il faut que nous le fassions ensemble », confie-t-il à Medscape édition française.

 
Il y a un réel intérêt à connaître le périmètre d’intervention de chaque profession et de voir comment il pourrait évoluer mais il faut que nous le fassions ensemble. Dr William Joubert
 

Le patron de l’UNPS, qui fédère les représentants de 12 professions de santé rappelle qu’il défend les équipes de soins coordonnées avec le patient (ESCAP) qui doit permettre aux libéraux de santé de mieux se coordonner pour répondre aux besoins des patients. Or, ce dossier est au point mort depuis quelques mois, et l’UNPS espère que l’Assurance maladie aura à cœur de le relancer.

 

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