Dermatite atopique : attention aux idées reçues !

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

7 juin 2022

France – La dermatite atopique fait l'objet de nombreuses croyances erronées de la part des patients ou des parents d'un enfant souffrant de cette pathologie cutanée. Et ceci a un impact direct sur la mise en place et la bonne réalisation d'un traitement efficace. Beaucoup de médecins traitants constatent le fossé entre leur savoir médical et les idées reçues de leur patient. Mais parfois il serait aussi intéressant pour les spécialistes de s'interroger sur leur propre conception de la maladie.

Medscape édition française fait le point avec la Dr Isabelle Dreyfus, pharmacienne clinicienne, au Centre de Référence des maladies et syndromes cutanés complexes et rares d’origine génétique du Service de Dermatologie de l'Hôpital Larrey (Toulouse), qui s'était penchée sur ce sujet d'actualité à l'occasion du  17ème Congrès Francophone d'allergologie (CFA).

Medscape édition française : Les idées reçues et les croyances des patients sont-elles un frein à la bonne réalisation des traitements dans la dermatite atopique ?

Dr Isabelle Dreyfus : Il y a en effet beaucoup de représentations et de croyances erronées qui interfèrent avec la bonne réalisation des traitements, notamment pour les formes légères et modérée chez l’enfant. Je dirai même qu'il y a peu de maladies chroniques de l’enfant qui s'accompagnent d'autant de préjugés. L'origine même de la maladie fait l'objet d'une idée reçue très communément retrouvée. Beaucoup de parents considèrent en effet que la pathologie cutanée de leur enfant est liée à une allergie alimentaire. Il arrive qu'ils aient changé deux ou trois fois le lait avant de consulter. Pour la médecine, la dermatite atopique est une maladie chronique d'origine polygénique qui se développe sur un terrain héréditaire avec des situations déclenchantes ou aggravantes : utilisation de savons, détergents ou parfum, déficit de l'immunité innée et adaptative. Cette maladie complexe n'est que très rarement liée à une allergie. Mais comme les parents sont persuadés de l'origine alimentaire de l'eczéma, ils ont du mal à adhérer aux traitements qui reposent sur des soins locaux, à savoir l'application de dermocorticoïdes anti-inflammatoires sur les lésions et d'une crème émolliente pour éviter la sécheresse. De plus, l'évolution par poussée est pour eux une preuve de l'inefficacité des traitements et nourrit la réticence vis-à-vis des dermocorticoïdes.

 
Cette maladie complexe n'est que très rarement liée à une allergie.
 

Medscape : Comment expliquez-vous la corticophobie persistante ?

Dr Dreyfus : Plusieurs facteurs concourent à la corticophobie : il y a les peurs irrationnelles, les messages erronés véhiculés par les médias, Internet ou l'entourage mais également méconnaissance sur les effets secondaires du traitement. Il y a ainsi souvent une confusion avec la cortisone prise par voie orale. Certains parents craignent de potentiels effets secondaires avec les dermocorticoïdes, tels que possiblement rencontrés avec la cortisone par voie orale, comme le gonflement du visage, l’impact sur les surrénales ou les troubles de la croissance. Paradoxalement, ils n'ont souvent pas de réticence à suivre la prescription d'une semaine de prednisolone en cas de bronchite. Il faut savoir qu’avec les dermocorticoïdes, l’impact du passage systémique est négligeable. Pour ces derniers, on considère qu'un an de traitement en continu sur corps entier équivaut à une semaine de traitement de corticoïdes oraux. Je pense aussi qu'on peut expliquer la réticence par l'incertitude sur la durée du traitement et sur la quantité de crème à appliquer. C'est important que le médecin prescripteur fasse une démonstration.

Medscape : En quoi les médecins eux-mêmes peuvent-ils alimenter la corticophobie ?

Dr Dreyfus : Les enquêtes montrent bien que les études médicales diminuent assez logiquement la corticophobie. Mais il peut être nécessaire pour les médecins de s'interroger sur leur façon de présenter les choses, et notamment d'être conscients qu'ils utilisent parfois des termes restrictifs ou négatifs qui majorent la corticophobie de leurs patients. Un exemple d'expression à éviter ? « Mettre en cas d'extrême nécessité en toute petite quantité sur des lésions très inflammatoires ». Bien sûr, j'ai volontairement accentué le trait mais on comprend bien que chacune des expressions « petite quantité », « extrême nécessité », « lésions très inflammatoires » peut nourrir le doute. Rien que « petite quantité » est perturbant pour le patient inquiet.

Medscape : Les patients ont-ils tendance à se tourner vers des traitements « do it yourself » ?

Dr Dreyfus : Tout à fait. La recherche de traitements alternatifs découle de la corticophobie. On observe par exemple le recours à des magnétiseurs ou des barreurs de feu, dont le principal risque est de retarder une prise en charge efficace. Les huiles essentielles plus ou moins allergisantes ou les recettes maison plus ou moins farfelues, comme frotter un demi-citron sur les lésions ou garder un cataplasme d'argile verte toute une nuit, peuvent, elles, aggraver la situation. Il y a un risque de déclencher un eczéma de contact. Il faut savoir que les patients atteints de dermatite atopique s'hypersensibilisent très facilement. C'est le côté pernicieux des traitements maison : ils peuvent être tout à fait délétères. Quant aux huiles végétales – amande ou olive, elles sont souvent utilisées à tort à la place des émollients. Or, si elles ont bien un effet occlusif comme l'émollient, elles ne traitent pas la sécheresse cutanée.

Medscape : Que devrait être la position des médecins face aux croyances erronées ?

Dr Dreyfus : La règle d'or, c'est de faire verbaliser le patient sans réaction jugeante, ni cassante. Il faut que de lui-même il arrive à énoncer des écueils du « traitement » qu'il a mis en place. Autrement dit, le patient finira par dire que cela ne marche pas. Même en ville, rien n’empêche d'adopter une posture éducative. Le médecin peut s'aider d'un chevalet avec des images métaphoriques pour montrer à son patient ce qu'il se passe dans la peau. Il doit bien expliquer son ordonnance et montrer la quantité de crème à appliquer et sa localisation afin de donner au patient une pleine capacité à refaire le geste à la maison. Cela peut être rassurant de rappeler que les dermocorticoïdes agissent et soulagent très rapidement.

 

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