Maladie rénale chronique : 25 000 patients testés par Biogroup lors d’une journée de dépistage

Anne-Gaëlle Moulun

Auteurs et déclarations

1er juin 2022

France — Dans le cadre de la semaine de prévention des maladies rénales chroniques, le groupe de biologie médicale Biogroup a proposé le 11 mars dernier un dépistage national gratuit au sein des 900 laboratoires de son réseau. Près de 25 000 patients, répartis sur toute la France, ont pu être testés à cette occasion.

Dépister et sensibiliser les patients

En France, entre 7 et 10 % de la population française présente une maladie rénale chronique, soit environ 6 millions de patients. « La plupart ne le savent pas car c’est une maladie silencieuse », souligne le Dr Isabelle Rivière, biologiste médicale chez Biogroup. Pour elle, « cette maladie présente tous les critères pour bénéficier d’une campagne de dépistage de masse. C’est une pathologie non réversible mais qui peut être prise en charge précocement si elle est dépistée tôt ».

Biogroup a décidé de réaliser une campagne de dépistage nationale gratuite le 11 mars dernier, au sein des 900 laboratoires du réseau.

Pour la faire connaître, Biogroup a envoyé une newsletter à 35 000 médecins, a envoyé des communiqués de presse, a diffusé des spots radios le jour-même et a distribué 80 000 dépliants dans ses laboratoires, où des affiches présentaient la campagne.

L’objectif principal de cette initiative était d’évaluer la fonction rénale grâce au débit de filtration glomérulaire (DFG) chez des patients effectuant un bilan biologique dans le réseau Biogroup le 11 mars. L’objectif secondaire était de sensibiliser le grand public au dépistage de la maladie rénale et à la santé des reins. Deux types de patients ont été dépistés : ceux qui se présentaient au laboratoire pour un bilan de routine pour lesquels la créatininémie était demandée et ceux qui se présentaient au laboratoire pour un bilan sanguin se voyaient proposer un dosage gratuit de la créatininémie. Seuls les patients non hospitalisés ont été inclus dans cette évaluation. Pour les patients dont la créatininémie n’était pas prescrite, un consentement était demandé.

1043 patients non informés de leur maladie rénale

Puis, un questionnaire était proposé au patient avec trois questions sur une maladie rénale connue, l’hypertension et le diabète. Au total, 24 799 patients se sont vus proposer un dépistage. 94 % d’entre eux avaient une fonction rénale normale et 6 % avaient un DFG bas ou anormalement bas. Les patients avec DFG anormalement bas (DFG < 30) avaient majoritairement déjà connaissance d’une maladie rénale (66%). Mais 33 % des patients n’en avaient pas connaissance, soit 24/73 patients. De même, 73 % des patients avec DFG bas (30-60) n’avaient pas connaissance d’une maladie rénale soit 1019/1405 patients. Au total, 1043 (4,2%) patients qui n’avaient pas connaissance de la maladie ont pu être alertés grâce à la campagne de dépistage.

Par ailleurs, la campagne a permis de montrer que parmi les 4937 patients présentant de l’hypertension artérielle, 455 (9%) avaient un DFG inférieur ou égal à 60 et n’avaient pas connaissance d’une maladie rénale, tandis que 248 (5%) avaient un DFG inférieur ou égal à 60 et avaient connaissance de la maladie rénale. Parmi les 2414 patients diabétiques, 217 (9%) étaient dans le premier cas et 132 (5%) dans le second cas. « Les patients diabétiques et hypertendus commencent à dégrader leur fonction rénale à un âge précoce (30-40 ans), ce qui renforce la nécessité d’un dépistage précoce », remarque le Dr Rivière. Concernant la répartition géographique des patients, en taux relatif, les régions avec le taux le plus élevé de patients avec DFG ≤60 sont les régions Grand-Est (9.3% des patients analysés), Hauts-de-France (9.1%), et la Corse (9.0%).

Pour le Pr Philippe Halfon, directeur médical et scientifique de Biogroup, « cette première journée de dépistage de la maladie rénale a été un vrai succès. Notre étude a en effet permis de dépister plus de 1000 patients qui avaient une altération méconnue de leur fonction rénale ». Les patients ayant des DFG anormaux ont été redirigés vers leur médecin traitant.

 
Notre étude a en effet permis de dépister plus de 1000 patients qui avaient une altération méconnue de leur fonction rénale. Pr Philippe Halfon
 

Biogroup entend renouveler chaque année cet événement. « Nous voulons que cela devienne un rendez-vous connu. Il faut aussi sensibiliser les médecins généralistes et le corps médical », estime-t-il.

Sensibiliser les médecins à la néphroprotection

Pour le Pr Luc Frimat, président de la Société francophone de néphrologie dialyse et transplantation (SFNDT), « la notion de dépistage précoce est importante. En effet, la néphroprotection est un objectif très important chez les patients diabétiques ou atteints de pathologies cardio-vasculaires. Il faut tout faire pour que le DFG reste stable et n’évolue pas vers un stade 3B ou stade 4 », insiste-t-il. Or, le dépistage de la maladie rénale chronique en population échappe aux néphrologues. « Ce sont surtout les médecins généralistes qui interviennent, les diabétologues ou les cardiologues. Les néphrologues ne prennent en charge les patients que quand le DFG est inférieur à 45 ». Pour lui, « il faut que les non-néphrologues prennent la mesure du risque et soient sensibilisés à l’importance de protéger les reins de leurs patients ».

 
Il faut que les non-néphrologues prennent la mesure du risque et soient sensibilisés à l’importance de protéger les reins de leurs patients. Pr Philippe Halfon
 

L’action de Biogroup lui semble « louable pour attirer l’attention sur cette problématique », mais il insiste sur la nécessité d’un « vrai suivi pour les patients ». « Il faut au moins 3 mois entre deux dosages de créatinine, il faut donc suivre le sujet », recommande-t-il. Quant à la perspective d’un dépistage systématique dans certaines situations chez les patients diabétiques ou hypertendus, il préfère rester prudent : « Pourquoi pas, mais il faut une organisation de la filière efficiente et il faut inscrire le dépistage dans un suivi de long terme. Il faut aussi procurer au patient les outils pour comprendre ce qu’il se passe, notamment en mettant en place de l’éducation thérapeutique », préconise-t-il.

 

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