Etudiants en soins infirmiers : aggravation du mal-être

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

24 mai 2022

France – Cinq ans après la sortie de l’enquête de 2017, l’enquête de 2022 de la Fédération Nationale des Étudiant·e·s en Sciences Infirmières (FNESI) intitulée “#NousSoigneronsDemain : le bien-être des étudiants en soins infirmiers (ESI), parlons-en!”, révèle des chiffres ahurissants ainsi que des témoignages plus qu’inquiétants.

Les données ont été présentées lors du Salon infirmier/SantExpo le 17 mai 2022 à Paris [1].

Crises d’angoisse, idées suicidaires et dépressions en hausse de 10%

2011, 2015, 2017, 2020, et désormais 2022…Année après année, les enquêtes de la FNESI mettent en exergue les conditions de vie et d’études toujours plus préoccupantes chez les étudiant.e.s en soins infirmiers, qu’il s’agisse de santé mentale dégradée, précarité financière, harcèlement, arrêt de formation prématuré…

Dans cette enquête menée entre mars et avril 2022, sur les plus de 15000 répondants, dont 88% des filles, et plus de 78% de jeunes se situant entre 18 et 25 ans, 61,4% ont considéré que leur santé mentale s’était dégradée depuis le début de leur formation (contre 52,5% en 2017), soit une augmentation de près de 10 % en 5 ans.

C’est donc un peu plus d’un étudiant·e·s sur trois qui a déjà consommé des traitements dans le but d’améliorer sa santé mentale

Crises d’angoisse, consultations chez des professionnel·le·s de santé, diagnostics de dépression, idées suicidaires, l’aggravation est nette avec une augmentation d’au minimum 10% par rapport à 2017.

Plus édifiant encore : 16,4% soit 1 étudiant·e sur 6 a déjà pensé au suicide durant ses études – un chiffre deux fois supérieur aux résultats précédents.

Peut-on imputer la crise Covid-19 – qui a beaucoup sollicité les ESI – pour « expliquer » de tels chiffres ? « Nous sommes conscient·e·s que la situation sanitaire a un impact sur les résultats actuels, répond la FNESI. Cependant, nous tenons à appuyer le constat que la crise sanitaire n’a fait que mettre en lumière des problématiques identifiées depuis plusieurs années ».

Inquiétant, les étudiant·e·s en sciences infirmières ont significativement augmenté leur consommation de médicaments (anxiolytiques, antidépresseurs, hypnotiques). Ils sont 34% a en prendre contre 27,3% en 2017. « C’est donc un peu plus d’un étudiant·e·s sur trois qui a déjà consommé des traitements dans le but d’améliorer sa santé mentale depuis le début de la formation et 50% d’entre eux ont commencé ces traitements à cause du retentissement de la formation », commente la FNESI.

Témoignage : « Je prends un anxiolytique quand j'en ressens le besoin. À une période c'était tous les jours, j'avais des idées noires. Je n'en prenais pas avant la formation et mon déménagement. Les deux liés ont été déclencheurs. »

Discrimination, harcèlement et violences sexuelles et sexistes

Toujours très présents, surtout pendant les stages, les problèmes de discrimination, de harcèlement et de violences sexuelles et sexistes amplifient encore cette situation de mal-être.

À ce jour, c’est 26,4%, soit plus d’1 ESI sur 4 qui estiment avoir été victime de discriminations, liées à l’âge (12,2%), à l’apparence physique (7,9%) et aux origines (5,7%). En outre, à la question “As-tu déjà été victime de harcèlement durant ta formation ?”, 31,7% des ESI ont répondu oui (après leur avoir fourni la définition). C’est donc 1 ESI sur 3 qui a été victime de harcèlement durant sa formation, dont l’auteur.rice était un.e soignant.e dans 65,6% des cas.

Exemple de commentaire sexiste rapporté par une étudiante de la part de son conseiller pédagogique : « lorsque je suis allée le voir concernant mes affectations de stage il m'a dit : "si vous mettiez des jupes un peu plus courtes et que vous étiez mieux maquillée, vous auriez peut-être de meilleurs stages" ».

Main sur la cuisse, « massage » des épaules, baisers volés…les agressions sexuelles sont pléthores. Au final, c’est 1 ESI sur 6 qui été victime d’agression sexuelle durant sa formation.

A savoir : 70% d’entre elles se sont produites sur un lieu de stage et les auteur·rice·s étaient un·e professionnel·le de santé dans 25% des cas et un·e patient·e dans 53% des cas.

Désaffection vis-à-vis du métier et arrêt des études

Ces états de mal être et autres comportements inadaptés sont-ils impliqués dans la désaffection vis-à-vis des études qu’évoquait Olivier Véran l’an passé ?

La réponse est sans équivoque : 59,2% des ESI ont déjà pensé à arrêter leur formation et parmi elles, 83,8% y ont pensé très récemment (moins d’un an).

Et parmi celles qui ont déjà arrêté : 32% l’ont fait à cause d’un souci en stage, 21% à cause de difficultés résultant de la formation théorique, 12% à cause de difficultés financières.

Pour les responsables de la FNESI, il est plus que temps d’agir. « Cette alerte, doit servir à une réelle prise de conscience des institutions encadrantes », considère Mathilde Padilla, présidente de la FNESI (2021-2022). 

S’adressant aux institutions qui dirigent le pays, la FNESI exige « une réforme profonde » du système d’enseignement pour « répondre au mal-être ancré » de leur formation.

« Cela fait déjà trop longtemps que les étudiant·e·s souffrent d’un système de santé dégradé. Cela fait déjà trop longtemps que des jeunes abandonnent la formation à cause de comportements violents tolérés, voire encouragés, et de l’inaction collective. Nous traversons une perte de sens sans précédent pour notre profession. Nous nous devons d’agir, de manière profonde, encadrée et durable », insiste Mathilde Padilla.

 

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