Maternités en danger : le CNGOF s'inquiète

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

20 mai 2022

Paris, France – Le congrès Pari(s) Santé Femmes, qui s'est tenu Porte de Versailles à Paris, du 11 au 13 mai, a été l'occasion pour le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) de dresser un état des lieux inquiétant des difficultés des maternités françaises. Lors d'une conférence de presse [1], le Pr Cyril Huissoud (service de gynécologie-obstétrique de l’hôpital femme-mère enfant, Hospices Civils de Lyon), s'est fait le porte-voix d'une profession « très préoccupée » par la situation actuelle, notamment par l'absence de planification en cas de fermeture d'une maternité et par la problématique de continuité des soins.

« La certitude, c'est que nos maternités sont en danger. En danger de quoi ? De fermeture définitive planifiée mais aussi de difficultés de fonctionnement obligeant à des fermetures temporaires » a déclaré d'emblée le secrétaire général du CNGOF. « C'est absolument inédit, on n'a jamais vu cela à une telle échelle », lâche-t-il.

Les maternités réunissent les difficultés de l'hôpital et des difficultés spécifiques

Le Dr Huissoud rappelle que les maternités françaises sont confrontées aux mêmes difficultés que les autres services hospitaliers, avec en premier lieu la difficulté à retenir des infirmières qui, compte tenu de la pénibilité, renoncent à exercer à l'hôpital. « On a du mal à garder nos infirmières au bloc et nos infirmières anesthésistes dans les salles d'accouchement. C'est un vrai problème » indique-t-il. 

Outre la fuite du personnel et le poids d'une administration « pesante ayant le réflexe de gérer le personnel en fonction des moyens qui lui sont alloués », le gynécologue lyonnais souligne que « la gynécologie-obstétrique est la seule spécialité qui a une activité programmée mais aussi une activité d'urgences gynécologiques et obstétricales ». Il estime que les urgences représentent jusqu'à 80 % de l'activité d'un service de gynéco-obstétrique. Pour autant, le CNGOF considère que cette activité n'est pas reconnue comme telle, ce qui conduit à des durées de travail pouvant dépasser les 90 heures hebdomadaires pour les médecins qui ne bénéficient pas de statut spécifique et à l'absence de prime pour les sage-femmes.

Par ailleurs, à cause de la disparition des maternités de type I, l'activité obstétricale se concentre dans de grandes structures avec une « taylorisation des naissances », alors même que l'époque promeut la bienveillance envers les patientes. Résultat : outre la souffrance au travail, cette situation alimente le « gynéco-bashing ». « Il y a dans le contexte actuel des attentes parfaitement légitimes des dames pour que les médecins soit le mieux traitant possible mais parfois on ne le peut pas » déplore Cyril Houissoud.

Disparition des petites maternités  

Pour comprendre comment l'activité s'est concentrée ces dernières années, il faut savoir que le nombre de maternités a diminué de 30 % en vingt ans et de 60 % en quarante ans. La plupart des maternités concernées par une fermeture définitive sont des maternités de type I, assurant moins de 1000 naissances par an. Aussi le nombre de maternités françaises est-il passé de 721 en 2000 à 478 en 2021. « Ce sont donc les petites maternités de proximité qui ont disparu. Pour autant le maillage reste satisfaisant avec un temps médian pour se rendre à la maternité de 9 minutes, ce qui est excellent. Même si on manque d'étude sur l'impact de l'éloignement des maternités, manifestement il y a eu très peu d'accidents et on peut s'en réjouir » commente l'orateur.

Au début des années 2000, les maternités de type I assuraient 45 % des accouchements en France contre 20 % aujourd'hui. Il y a donc eu un phénomène de redistribution, lequel n'a pas été anticipé par les autorités de santé, s'indigne le CNGOF par la voix de son secrétaire général. « Tout cela se fait au fil de l'eau, sans planification. » indique-t-il. Il donne pour exemple un établissement de sa région : « une maternité à côté de chez moi va bientôt fermer, quasiment du jour au lendemain. Et en un mois, il va falloir s'organiser pour s'occuper des 400 patientes qui y accouchaient chaque année ».

De la souffrance au travail

Les fermetures des petites structures, pour des raisons tout à fait valables comme la perte progressive d'activité ou des problèmes de sécurité, a conduit à une augmentation de l'activité des maternités de type II et III. Autrement dit, les plus grosses maternités sont devenues de plus en plus grosses. Mais ceci ne se passe pas toujours au mieux, ni pour le personnel soignant ni pour les patientes, constate le CNGOF qui constate que « ces fermetures, aujourd'hui subies, non planifiées, non coordonnées, sont une véritable source de tensions pour les femmes et les soignants ».

D'après Cyril Houissoud, la nécessité de prendre en charge de plus en plus d'accouchements, et ce d'autant plus que la fermeture s'est faite sans préparation, met une pression considérable sur les épaules des soignants qui ont l'impression de ne plus faire correctement leur métier.

« Cela induit un phénomène de prévarication : on ne peut plus remplir sa mission. C'est détestable et très difficile à vivre, en particulier pour les sage-femmes qui sont au plus près des patientes » s'indigne-t-il.

Les médecins et les sage-femmes n'exercent plus comme hier

Alors cette situation conduit à la fuite des personnels. Les sage-femmes ont notamment, grâce à l'extension du champ de leurs compétences, la possibilité de s'installer en ville. Un choix qu'elles adopteraient, dès la sortie de l'école, car elles redoutent tant la responsabilité que les conditions d'exercice éprouvantes des salles de naissance des grosses maternités.

Quant aux gynécologues obstétriciens, malgré une augmentation importante du nombre d'internes entre 2000 et 2010, de nombreux postes restent vacants. Pourquoi ? Parce que les nouvelles générations ne souhaitent pas exercer dans les mêmes conditions de travail que leurs aînés, indique le Dr Houissoud. Citant un travail de thèse de 2020 réalisé sur le devenir des femmes gynéco-obstétriciennes, il explique que ses consœurs (206 interrogées diplômées entre 2003 et 2008) sont presque la moitié à avoir abandonné l'activité d'obstétrique de garde au bout de 17 ans et qu'elles travaillent en moyenne moins de quatre jours par semaine.

Cette nouvelle dynamique des personnels soignants ne peut être ignorée pour répondre au défi du maintien des maternités françaises.

 

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