La maternité de Nevers peine à recruter des sages-femmes et se bat pour ne pas fermer

Christophe Gattuso

Auteurs et déclarations

16 mai 2022

France— Avec 10 départs enregistrés en six mois, la maternité de Nevers connaît, à l’instar du pays, une inquiétante pénurie de sages-femmes. Après s’être mises en arrêt-maladie une semaine en avril, les 14 maïeuticiennes de la dernière maternité de la Nièvre ont obtenu l’appoint de 6 infirmières. Mais elles redoutent le départ mi-mai de leurs collègues de la réserve sanitaire venues temporairement leur prêter main forte.

Maternité à l’arrêt

Le 5 mai était officiellement la journée internationale des sages-femmes. Cette année, cette journée a eu une saveur particulière à l’hôpital Pierre-Bérégovoy de Nevers. Les sages-femmes de la maternité du chef-lieu de la Nièvre ne sont pas à la fête. Entre le lundi 11 et le mardi 19 avril, la maternité a dû quasiment cesser son activité, les 14 sages-femmes de l’établissement à bout, s’étant résignées à se mettre en arrêt maladie.

La raison de cette décision conjointe : la brutale dégradation de leurs conditions de travail ces derniers mois. Depuis septembre 2021, la maternité a en effet enregistré le départ de 10 de ses 23 maïeuticiennes « pour des détachements en PMI, des rapprochements familiaux et des départs en libéral », reconnaît la direction de l’établissement.

Elles ne sont plus que 14 en activité grâce au renfort ponctuel de quatre sages-femmes libérales (pour un équivalent temps plein seulement) dans cet établissement où ont lieu chaque année entre 1100 et 1200 accouchements (1161 en 2021).

Des décrets de périnatalité à revoir

Cette réduction des effectifs complique chaque jour l’organisation du travail. « Avant, nous tournions à 5 le jour et 3 la nuit, confie Cécile, l’une des sages-femmes de l’établissement. Ces dernières semaines, on est passées à 2 le jour et 2 la nuit. »

Depuis octobre, les sages-femmes ont alerté la direction sur leurs difficultés sans succès. « Selon le code de la santé publique et les décrets de périnatalité de 2019, il faut une sage-femme minimum dans la salle de naissance et au moins une dans le service d’hospitalisation sans quota de patientes.

Cela signifie qu’on peut potentiellement se retrouver avec des enfants qui ont besoin d’une surveillance, des patientes dans les 18 lits du service d’obstétrique et dans les trois lits de surveillance intensive, avec potentiellement une femme qui accouche en même temps. Ce n’était pas raisonnable, on doit veiller à la vie de femmes et d’enfants, il en va de notre responsabilité. »

 
Avant, nous tournions à 5 le jour et 3 la nuit, confie Cécile, l’une des sages-femmes de l’établissement. Ces dernières semaines, on est passées à 2 le jour et 2 la nuit.
 

6 infirmières en renfort, faute de sages-femmes

Lasses de ne pas être entendues, épuisées de tourner en sous-effectif, les sages-femmes ont donc décidé de se mettre en arrêt. Une manière de tirer la sonnette d’alarme. Cette action, fortement médiatisée, a fait l’effet d’un électrochoc « Le dialogue n’était pas rompu mais les sages-femmes et la direction ne parvenaient plus à s’entendre », relate David Boucher, secrétaire de la section CFDT de l’établissement.

Au terme de plusieurs soirées de réunion avec l’ARS, l’Ordre des sages-femmes, la direction, les syndicats et les principales concernées, un terrain d’entente a été trouvé pour que les sages-femmes soient au minimum trois dans la journée avec une infirmière et deux la nuit avec une IDE. Cinq infirmières et huit sages-femmes de la réserve sanitaire sont venues progressivement prêter main forte entre le 15 et le 20 avril et ce jusqu’au 15 mai.

Au final, faute de trouver de nouvelles recrues chez les sages-femmes, la direction a consenti un renfort de six infirmières à la maternité. Une seule a été recrutée en externe, les cinq autres provenant d’autres services. « On ne fait que de la gestion de pénurie, déplore David Boucher, désabusé. Malgré les revalorisations du Ségur de la santé, les métiers du soin ne recrutent plus. »

 
Malgré les revalorisations du Ségur de la santé, les métiers du soin ne recrutent plus. David Boucher
 

Fermer Nevers, never !

La direction de l’établissement reconnaît que « recruter six sages-femmes (sur les 9 postes vacants) serait déjà une réussite. » La pénurie de soignants est globale. L’hôpital de Nevers a aussi lancé un appel à candidatures pour recruter des IDE, des infirmières de bloc, des infirmières anesthésistes, des manipulateurs radio, des kinés et des cadres de santé…

Les difficultés de recrutement sont identiques à celles rencontrées dans plusieurs établissements du département qui a perdu les maternités de Decize en 2010 puis de Cosne-sur-Loire en 2018, faute d’un nombre d’accouchements suffisants. La direction de la maternité l’assure pourtant : « il n’y a pas de risque de fermeture ni de volonté politique ou de l’établissement de fermer la maternité de Nevers », la dernière de la Nièvre.

Appel à des états généraux de la santé de la femme

L’hôpital de Nevers ne reste pas les bras croisés. « Nous essayons d’avoir une politique de recrutement attractive, avec une titularisation immédiate à la sortie de l’école, avec un salaire de 2 260 euros net pour 35 heures par semaine, la possibilité d’être logée pendant 3 mois par le CH », observe-t-on à la direction. Cela ne suffit pas. La pénurie de sages-femmes est réelle dans la Nièvre comme au niveau national, au point d’alarmer les représentants de la profession. « Il faut que les pouvoirs politiques et que tous les professionnels de la santé des femmes se mettent autour d'une table. Il faut organiser des états généraux de la santé des femmes », affirmait récemment à BFM-TV Isabelle Derrendinger, présidente du Conseil national de l'Ordre des sages-femmes.

 
Nous essayons d’avoir une politique de recrutement attractive, avec une titularisation immédiate à la sortie de l’école, avec un salaire de 2 260 euros net pour 35 heures par semaine, la possibilité d’être logée pendant 3 mois par le CH.
 

Lettre à Macron

Des élus et des représentants d’usagers de la Nièvre ont quant à eux lancé une pétition pendant l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle pour alerter sur la situation sanitaire dramatique du département, l’un des plus sous-médicalisés de France mais aussi l’un des moins attractifs selon le dernier Atlas de la démographie médicale de l’Ordre des médecins en date de 2021 (p.53). La Nièvre a perdu 23% de médecins généralistes en activité régulière entre 2010 et 2021.

« Entre effondrement du système hospitalier et désertification des professionnels de santé libéraux, nous ne sommes plus en mesure de garantir l’accès aux soins des Nivernaises et des Nivernais », clament les signataires de cette lettre ouverte à Emmanuel Macron, dont Patrice Joly, sénateur socialiste de la Nièvre qui en est l’instigateur. Lettre pour l’heure restée sans réponse.

 

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