Des scientifiques identifient cinq genres bactériens liés au cancer de la prostate agressif

Pavankumar Kama

Auteurs et déclarations

12 mai 2022

Royaume-Uni—Des scientifiques britanniques ont identifié cinq genres de bactéries anaérobies couramment présents dans les échantillons d'urine et de tissus des patients atteints de cancers de la prostate agressifs. Leurs résultats sont publiés dans European Urology Oncology [1] .

D’après les chercheurs, ces 5 genres de bactéries anaérobies pourraient être considérés comme des biomarqueurs et pourraient avoir une utilité pronostique potentielle dans le cancer de la prostate (anaerobic bacteria biomarker set : ABBS).

L'implication bactérienne dans le développement des cancers est étudiée depuis longtemps. Certaines associations comme celle entre Helicobacter pylori et le cancer de l'estomac ont été bien établies.

Aussi, les bactéries sont connues pour se loger dans le tractus urogénital et le tissu prostatique, c'est pourquoi les chercheurs ont cherché à comprendre s'il existait des liens avec le développement et la progression du cancer de la prostate.

Pour rappel, le cancer de la prostate est l'une des tumeurs malignes les plus fréquentes chez l'homme. L'évolution clinique de la maladie est très hétérogène et peut être très agressive chez certains patients. Dernièrement, un intérêt croissant a été porté à la recherche de biomarqueurs urinaires pour identifier les cancers de la prostate agressifs.

Le Dr Jeremy Clark, co-auteur de l’étude (Norwich Medical School de l'Université d'East Anglia), a commenté : « On sait peu de choses sur ce qui rend certains cancers de la prostate plus agressifs que d'autres. Nous avons maintenant des preuves que certaines bactéries pourraient être impliquées et font partie du tableau ».

 
On sait peu de choses sur ce qui rend certains cancers de la prostate plus agressifs que d'autres. Nous avons maintenant des preuves que certaines bactéries pourraient être impliquées. Dr Jeremy Clark
 

Détails de l'étude

Des chercheurs de l'Université d'East Anglia, en collaboration avec l’hôpital universitaire de Norfolk and Norwich, l’institut Quadram et d'autres centres, ont évalué les profils microbiotiques dans des échantillons d'urine et de tissus de plus de 600 patients atteints de cancers de la prostate, en utilisant des techniques comme la microscopie fluorescente, la culture anaérobie, le séquençage Amplicon 16S*, le séquençage de l'ARNm et séquençage du génome entier.

*Le séquençage 16S permet de cibler et de séquencer l'ARN 16S ribosomal (16s rDNA) qui est spécifique des bactéries et qui contient suffisamment de régions variables pour discriminer chaque espèce.

L'équipe a identifié cinq genres bactériens à savoir Anaerococcus, Peptoniphilus, Porphyromonas, Fenollaria et Fusobacterium (ensemble appelé ABBS).

Ils ont également isolé quatre nouvelles espèces bactériennes et deux de ces espèces ont été nommées en l’honneur des financeurs de l’étude - Porphyromonas bobii, d'après la Bob Champion Cancer Trust et Varibaculum prostatecancerukia, d'après Prostate Cancer UK.

La présence des genres Anaerococcus, Peptoniphilus, Porphyromonas, Fenollaria et Fusobacterium (ABBS) dans les échantillons était associée à des grades plus élevés de cancer de la prostate et à une progression plus rapide vers une maladie agressive. Cet ensemble de biomarqueurs était significativement associé à de plus mauvais pronostics pour le cancer de la prostate (RR pour la progression de la maladie 2,60 ; P = 0,003).

Continuer les recherches

Robert Mills, consultant en urologie à l’hôpital universitaire de Norfolk and Norwich, a indiqué : « Cette recherche montre un lien potentiel entre le cancer de la prostate agressif et la présence de certaines bactéries au niveau de la prostate et des urines. Que ce soit une cause ou une conséquence n'est pas clair et fera l'objet de recherches ultérieures. »

 
Que ce soit une cause ou une conséquence n'est pas clair et fera l'objet de recherches ultérieures. Robert Mills
 

Pour les auteurs, ces travaux pourraient éventuellement mener au développement de nouvelles options de traitement contre le cancer agressif de la prostate mais aussi à de tests pour guider les décisions de traitement.

La Dr Rachel Hurst, premier auteur (Norwich Medical School de l'Université d'East Anglia), a précisé : « Parmi ce que nous ne savons pas encore, il y a la façon dont ces bactéries apparaissent, si elles causent le cancer ou si une mauvaise réponse immunitaire permet leur croissance. »

Cette recherche a été financée par la Bob Champion Cancer Trust et Prostate Cancer UK. Les auteurs Colin Cooper, Daniel Brewer, Rachel Hurst, Ghanasyam Rallapalli, Abraham Gihawi, John Wain, Justin O'Grady et Emma Meader détiennent collectivement un brevet pour l'application des genres ABBS dans le cancer de la prostate.

 

Suivez Medscape en français sur Twitter.

Suivez theheart.org | Medscape Cardiologie sur Twitter.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....