Viols présumés à la fac de médecine de Tours : une mission d’enquête ministérielle a débuté

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

9 mai 2022

France — En 2020, un étudiant en médecine a été mis en cause dans plusieurs viols présumés à Tours. L'étudiant a pu reprendre ses études à Limoges, la justice n'ayant pas encore rendu son verdict. Face aux réactions indignées, le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche a néanmoins diligenté une enquête flash portant sur la gestion de cette affaire par les universités de Tours et Limoges.

Indignation

Ce sont des collages sur les murs de l'université de Tours qui ont ravivé de tristes souvenirs. « Ici sont formés et protégés des violeurs », ou encore « aujourd'hui ton violeur, demain ton docteur » pouvait-on lire le vendredi 15 avril sur l'enceinte de la faculté de médecine, comme le rapporte le quotidien régional La Nouvelle République .

À l'origine de ces collages, le collectif féministe 37, qui avait également lancé un appel à témoignages sur le réseau social Instagram portant sur des faits de harcèlement ou de viols à l’université de Tours.

Dans la foulée, dès le 20 avril, l'association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf) se saisissait de cette affaire en publiant un communiqué de presse.

« Depuis lundi, nous sommes interpellés par la complaisance dont auraient fait preuve les facultés de médecine de Tours et de Limoges vis-à-vis d'un étudiant, poursuivi par cinq jeunes femmes pour viol et agressions sexuelles [...] Comment expliquer que les doyens de médecine de Tours et de Limoges aient favorisé le transfert de faculté d'un étudiant à peine sorti de détention provisoire ? Comment expliquer que cet étudiant puisse être en stage de gynécologie malgré les charges portées contre lui ? »

Viols supposés entre 2013 et 2020

Qu'il s'agisse de l'Anemf ou du collectif 37, les faits incriminés sont des viols supposés commis sur au moins cinq étudiantes en médecine par un étudiant lors de soirées privées à Tours entre 2013 et 2020. Après un dépôt de plainte en 2020, le supposé violeur aurait été placé en détention provisoire en septembre 2020 pendant deux mois. Libéré, il aurait pu poursuivre ses études de médecine à Limoges. Et c'est là que le bât blesse : les doyens des facultés de médecine de Tours et de Limoges n'auraient pas pris toutes les précautions nécessaires pour protéger patients et étudiants de cet étudiant mis en cause.

Stage en gynécologie-obstétrique

Ainsi, le doyen de la faculté de médecine de Tours, Patrice Diot, n'aurait pas éloigné cet étudiant de ces victimes supposées, après le dépôt de plainte : « Patrice Diot dit avoir pris toutes les mesures disciplinaires contre cet étudiant, y compris la protection des victimes présumées. Nous avons des retours contradictoires côté étudiant. C'est notre rôle d'établir la vérité », nous explique Alexis Loupan, président de l'Anemf. Qui poursuit : « Par ailleurs, il ne nous parait pas acceptable que cet étudiant, mis en cause dans des affaires de viol, sans présumer de sa culpabilité, puisse être accepté en internat dans des stages de gynécologie-obstétrique. Par principe, quelles que soient les conditions de son contrôle, il ne nous parait pas possible de le placer sur un stage en gynécologie-obstétrique. » Face à ces interrogations, l'Anemf a interpellé le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche pour enquêter sur cette affaire.

 
Il ne nous parait pas acceptable que cet étudiant, mis en cause dans des affaires de viol, sans présumer de sa culpabilité, puisse être accepté en internat dans des stages de gynécologie-obstétrique. Alexis Loupan
 

Enquête flash de l’IGESR

Contacté par Medscape, le ministère de l'enseignement supérieur nous a confirmé avoir diligenté une enquête flash, qui a débuté ce 2 mai. « Une mission-flash de l'inspection générale de l'enseignement supérieur et de la recherche (IGESR) est effectivement saisie pour analyser les modalités de réponse par la communauté universitaire à la situation en date de la plainte », nous a sobrement répondu le ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche. D'ores et déjà, Alexis Loupan, et Patrice Diot ont été auditionnés par cette mission. C'est ce que nous a confirmé, en ce qui le concerne, Patrice Diot, qui nous a par ailleurs présenté sa version des faits. « Ce sont des viols dans des soirées privées entre étudiants. J'ai été mis en cause dans ces collages ainsi que sur les réseaux sociaux et j'ai eu un échange la semaine dernière, à ce sujet, avec le président de l'ANEMF. J'ai demandé à être auditionné par la mission dès le 22 avril et la mission est en cours cette semaine, et j'ai été entendu hier. Je tiens à préciser que l'étudiant incriminé a cessé toute présence en stage et à la faculté de médecine à compter du 16 septembre 2020 », nous a confié Patrice Diot.

 
L'étudiant incriminé a cessé toute présence en stage et à la faculté de médecine à compter du 16 septembre 2020. Patrice Diot
 

Faire toute la lumière

Pour Alexis Loupan, cette inspection pourrait être l’occasion d'établir des procédures nationales qui permettraient de protéger patients et étudiants dans ce genre de cas : « Nous n'avons pas aujourd'hui la garantie que lorsqu'un signalement est notifié, un traitement quasi automatique de ce signalement est mis en place. Chaque faculté va traiter les cas qui lui sont rapportés à sa manière. Il n'y a pas actuellement de procédure nationale. En tirant les leçons de ce qui s'est passé avec cet étudiant, nous pourrions concevoir des bonnes pratiques à partager avec l'ensemble des facultés de médecine. » Mais dans l'immédiat, la priorité est de faire toute la lumière sur les décisions prises par les doyens quant au traitement de l'étudiant mis en cause : « nous voudrions aussi savoir si toutes les mesures ont été prises, à la fois à Tours et à Limoges. Il y a beaucoup de retour de la part des étudiants en contradiction avec les versions officielles des facultés de Tours et de Limoges. »

 
Il y a beaucoup de retour de la part des étudiants en contradiction avec les versions officielles des facultés de Tours et de Limoges. Alexis Loupan
 

 

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