Dans l’Actu : la thérapie psychédélique

Ryan Syrek

Auteurs et déclarations

22 avril 2022

 

De nouvelles recherches sur les psychédéliques et leurs effets sur l’altération de la conscience, ainsi que des études portant sur l'utilisation des composés dans diverses conditions psychiatriques ont été récemment publiées.

Nouveauté sur le fonctionnement des psychédéliques

Une nouvelle étude a répertorié les modifications se produisant dans des zones cérébrales et des systèmes neurotransmetteurs spécifiques, et qui pourraient être impliquées dans les diverses expériences associées à un "voyage" psychédélique (voir l'infographie).[1]

Les chercheurs ont utilisé la technique du machine learning (ou apprentissage automatique) pour relier les expériences psychédéliques à 40 sous-types de neurotransmetteurs différents probablement responsables de leur induction. « Les drogues hallucinogènes pourraient devenir la prochaine grande piste thérapeutique pour améliorer les soins cliniques » chez les patients atteints de troubles psychiatriques, a déclaré l'auteur principal le Pr Danilo Bzdok (Université McGill, Montréal, Canada), dans un communiqué de presse. « Notre étude est une première étape, une preuve de principe que nous pourrions être en mesure de construire des systèmes d'apprentissage automatique pouvant prédire avec précision quelles combinaisons de récepteurs de neurotransmetteurs doivent être stimulées pour induire un état spécifique d'expérience consciente chez une personne donnée. »

Psychédéliques et suicide : la fin d’un mythe ?

De plus en plus de recherches tentent de séparer les faits cliniques de la fiction concernant les psychédéliques. Ainsi, une autre étude récente a examiné l’hypothèse selon laquelle l'utilisation de ce type de drogues pourrait déclencher des pensées et actions suicidaires ou d'automutilation. [2]La méta-analyse a montré que la thérapie psychédélique était en fait associée à des diminutions importantes, rapides et durables de la tendance suicidaire dans certaines populations de patients. L'analyse comprenait sept essais cliniques de thérapie psychédélique. Cinq portait sur la psilocybine associée à une psychothérapie, et deux utilisaient de l'ayahuasca en plus d'une psychothérapie. Les sept essais présentaient un « faible » risque de biais. Les résultats montrent des diminutions significatives de la suicidalité à des moments « aigus » (80 à 240 minutes après l'administration) et post-aigus (1 jour à 4 mois après l'administration).

La psilocybine pour soulager la dépression

Des chercheurs ont examiné les scanners cérébraux de près de 60 patients souffrant de dépression résistante et traités par psilocybine. [3]Cette recherche comprenait 2 essais cliniques. Le premier était un essai ouvert avec de la psilocybine orale. Les patients recevaient une évaluation clinique standard et une IRM fonctionnelle à l'état de repos, puis un traitement par psilocybine (10 mg puis 25 mg 1 semaine plus tard). La modularité du réseau cérébral a été significativement réduite 1 jour après le traitement par psilocybine chez 10 des 16 participants. Ce résultat suggère une augmentation de la connectivité fonctionnelle entre les principaux réseaux intrinsèques du cerveau. Le changement de modularité avant et après traitement était significativement associé au changement du score de l'inventaire de dépression de Beck (IDB) à 6 mois vs au départ. Les résultats montrent ainsi qu'une diminution de la modularité cérébrale 1 jour après le traitement par psilocybine est associée à des améliorations à long terme de la gravité des symptômes de dépression.

La deuxième recherche était un essai contrôlé randomisé en double aveugle de phase 2 comparant la psilocybine à l'escitalopram. Les patients recevaient soit 2 × 25 mg de psilocybine orale à 3 semaines d'intervalle, + 6 semaines de placebo quotidien ("bras psilocybine"), soit 2 × 1 mg de psilocybine orale à 3 semaines d'intervalle, + 6 semaines d'escitalopram quotidien (10-20 mg) ("bras escitalopram"). L'IRM fonctionnelle a été enregistrée au départ et 3 semaines après la deuxième dose de psilocybine. En moyenne, les réductions (mesurées par l’IDB) de la sévérité des symptômes dépressifs étaient significativement plus importantes sous psilocybine que sous escitalopram, suggérant une meilleure efficacité du composé psychédélique que de l’ISRS.

Les bénéfices de la psilocybine sur la dépression semblent également être durables, selon une étude distincte. [4]Des effets antidépresseurs substantiels peuvent se prolonger au moins 1 an chez certains patients atteints de trouble dépressif majeur (TDM). L'étude a porté sur 24 adultes qui répondaient aux critères d'un épisode modéré à sévère de TDM tel que défini par un score de 17 ou plus sur l'échelle d'évaluation de la dépression GRID-Hamilton (GRID-HAMD). Après 6 à 8 heures de réunions préparatoires, les participants ont reçu deux doses de psilocybine à 20 mg/70 kg et 30 mg/70 kg espacées d'environ 2 semaines. Pour la plupart des participants, les scores GRID-HAMD ont diminué de 22,8 au départ à 8,7 à 1 semaine, 8,9 à 4 semaines, 9,3 à 3 mois, 7,0 à 6 mois et 7,7 à 12 mois après le traitement.

Des interactions médicamenteuses ?

Si le traitement de certains troubles psychiatriques par psilocybine, MDMA (ecstasy) et autres psychédéliques semble prometteur, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour évaluer les interactions entre ces composés et les médicaments prescrits habituellement en psychiatrie, selon une revue systématique. [5]Les investigateurs ont examiné 40 études (depuis l’année 1958), dont 26 essais contrôlés randomisés, 11 rapports de cas et 3 études épidémiologiques. Un seul essai clinique randomisé a évalué l'interaction entre la psilocybine et le traitement psychiatrique le plus courant, les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS). [Les données sont rassurantes, mais il existe encore trop peu d’études permettant de comprendre les interactions potentielles entre les composés psychédéliques et les autres médicaments.]

 

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