Le service d'immunopathologie de l'hôpital Saint-Louis menacé de fermeture

Jacques Cofard

Auteurs et déclarations

21 avril 2022

France — Le collectif inter-hôpitaux (CIH) assure que le service d’immunopathologie clinique de l’hôpital Saint-Louis (AP-HP) qui prend en charge des patients immunodéprimés, des cancers hématologiques et des maladies immunitaires rares, va devoir fermer par manque d’infirmièr.es. La direction nie.

Par manque d'infirmières de nuit, le service d'immunopathologie clinique de l'hôpital Saint-Louis va-t-il fermer ses portes ? Les avis divergent sur la question. Si la direction de l'AP-HP se veut rassurante, les principaux concernés, à savoir les praticiens et les soignants de ce service annoncent sa mort imminente si aucune mesure d'urgence n'est prise. C'est ce qu'a affirmé le collectif inter-hôpitaux de Saint-Louis, dans un communiqué, qui appelait également à un grand rassemblement ce 9 avril : « Il n’en demeure pourtant pas moins qu’il n’est pas possible de laisser ouvert un service qui ne peut pas garantir la sécurité et la permanence des soins. En l’absence d’infirmier.es qualifié.es de nuit, ce sera malheureusement la seule décision possible et aucun scénario alternatif crédible n’est envisagé. A ce jour, aucune embauche d’infirmier.es de nuit n’est confirmée, ni à court terme, ni à l’automne. »

 
Il n’est pas possible de laisser ouvert un service qui ne peut pas garantir la sécurité et la permanence des soins.
 

Fermeture pas envisagée pour la direction

Côté AP-HP, on tente de rassurer, en affirmant, dans un communiqué, que le service d'immunopathologie clinique de Saint-Louis n'est en rien menacé de fermeture : « Contrairement aux informations qui circulent, la fermeture de ce service d’excellence n’est pas envisagée », avance l'AP-HP, tout en reconnaissant de grandes difficultés en matière de recrutement d'infirmiers de nuit :  « Le service d’immunopathologie clinique de l’hôpital Saint-Louis AP-HP est confronté depuis plusieurs mois à des difficultés majeures de recrutement d’infirmiers et infirmières de nuit alors même que les effectifs sont au complet en journée. » Toujours selon l'AP-HP, le service de nuit, qui comprenait 12 infirmières, a perdu 11 soignantes, « notamment à la suite de l'épidémie ».

Journée de 12 heures

Des départs, selon la direction, liés à des motifs d'ordre personnel, « ainsi qu’aux conséquences d’un changement d’organisation du travail intervenu en avril 2021 dans le service », à savoir le passage aux journées de 12 heures, à raison de trois journées par semaine : « Si cette nouvelle organisation rend les postes de jour très attractifs (100% des postes pourvus) en limitant les temps de transport pour les professionnels, elle doit être adaptée aux spécificités du travail de nuit. Ce dernier point fait l’objet d’un travail important au sein de l’AP-HP. »

Résultats, le service de nuit qui comptait douze infirmières n'en compte plus que deux. Pour pallier cette baisse drastique des effectifs, la direction de Saint-Louis a dû fermer des lits, pour n'en conserver que 15 sur 23. Et surtout, elle a dû faire appel aux infirmières de jour, ainsi qu'à l'intérim, pour épauler les deux infirmières de nuit : « La continuité et la sécurité des soins ont néanmoins été garanties avec un effectif de nuit complet (deux IDE et un aide-soignant), sur un périmètre de lits ramené à 15 lits (sur les 23 lits du service), grâce à l’engagement des équipes de jour qui ont pris des gardes de nuit pendant plusieurs mois, sur la base du volontariat. »

Selon la direction, la situation en termes de recrutement d'infirmières, devrait s'améliorer à l'automne 2022. D'ores et déjà, « sur 1 200 étudiants et étudiantes en soins infirmiers en stage dans les services de l’AP-HP, 525 ont d’ores et déjà signé un contrat allocation études (CAE), qui leur garantit un soutien financier en échange d’un engagement de travailler 18 mois au sein de l’institution ».

Plus que 14 lits ouverts

Le collectif inter-hôpitaux de Saint-Louis dénonce pour sa part une direction totalement déconnectée des réalités de terrain : « Les chiffres avancés par la direction sont faux, il n'y a plus que 14 lits ouverts, et non pas 15. Et nous savons qu'il n'y a aucune candidature d'infirmières pour les postes vacants », nous explique la Dr Marion Malphettes du service d'immunopathologie de Saint-Louis et membre du collectif inter-hôpitaux. Cette situation transitoire dure depuis maintenant pratiquement un an, dénonce Marion Malphettes, et les infirmières de jour qui suppléent les infirmières de nuit sont à bout : « les infirmières de jour compensent le manque d'infirmières de nuit depuis juin dernier. Là actuellement les infirmières sont épuisées, elles ne peuvent plus faire de nuit, et si elles ne sont plus en capacité de le faire, il n'y aura plus personne, le service va fermer. Il n'y a pas de nouvelles candidatures. »

 
Les infirmières de jour compensent le manque d'infirmières de nuit depuis juin dernier. Là actuellement les infirmières sont épuisées  Dr Marion Malphettes
 

Cette carence en infirmières de nuit concernent d'autres services de l'AP-HP : « à Cochin, il y a 10 lits sur 24 de fermés, à la Pitié-Salpêtrière il y a au moins 6 lits fermés, et à Necker il y a 5 lits fermés en hématologie. Aussi, à Saint-Louis, il y a deux autres services qui ne pourront rester ouverts du fait de l'absence de recrutement d'infirmières de nuit. »

Revalorisation des salaires

Pour avoir une chance de pouvoir recruter du personnel soignant, Marion Malphettes demande à ce que l'État revalorise les salaires des infirmières : « Nous demandons que l'Etat donne les moyens à l'hôpital de recruter des infirmières :  9,63 euros bruts de prime pour travailler la nuit, ce n'est pas suffisant. On ne peut pas attirer des infirmières avec des primes aussi basses. Le salaire est un point important, mais il faut aussi que les infirmières retrouvent du sens dans leur travail, elles sont devenues des techniciennes qui passent leur temps à courir d'un patient à l'autre. Ces quinze dernières années, on a assisté à une réduction du nombre de postes d'infirmières ce qui a rendu l'exercice de la fonction d'infirmières très pénible. »

 
9,63 euros bruts de prime pour travailler la nuit, ce n'est pas suffisant  Dr Marion Malphettes
 

Si la direction argue de revalorisations salariales héritées des accords du Ségur de la santé (« des rémunérations fortement rehaussées par le Ségur de la santé (de + 183 euros nets mensuels à + 455 euros nets mensuels en fin de carrière), ainsi que des heures supplémentaires fortement majorée pour les métiers en tension ; »), le Collectif inter-hôpitaux constate que sur le terrain, la situation n'a pas évolué : « Dans le fonctionnement des services, le Ségur n'a rien changé, nous ne recevons pas plus de CV, les infirmières ne veulent plus travailler à l'hôpital, elles préfèrent l'intérim. » La situation est dans un cul-de-sac.

 
Le Ségur n'a rien changé, nous ne recevons pas plus de CV, les infirmières ne veulent plus travailler à l'hôpital, elles préfèrent l'intérim.
 

 

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