Bien dormir pour éviter Alzheimer ?

Fanny Le Brun

21 avril 2022

France – En France, la maladie d’Alzheimer touche près d’un million de personnes. En l’absence de traitement curatif, de nombreux travaux ont pour objectif de rechercher des facteurs de risque modifiables afin de prévenir et retarder l’apparition de cette démence. Parmi les facteurs de risque potentiels, le sommeil est l’un de ceux qui suscite un grand intérêt car des données suggèrent que mal dormir pourrait être associé à un risque plus élevé de développer cette maladie.

Insomnie et accumulation de protéines toxiques

Des études suggèrent que la relation entre sommeil et maladie d’Alzheimer pourrait être bidirectionnelle :

  • D’une part les lésions typiques de la maladie s’accumulent dans des régions qui contrôlent le sommeil, ce qui pourrait expliquer que les patients atteints d’Alzheimer ont souvent des troubles du sommeil, dès les stades précoces de la maladie ;

  • D’autre part, les troubles du sommeil peuvent augmenter le risque de développer cette démence en favorisant l’accumulation de protéines toxiques.

Ainsi, la présence d’agrégats de peptide β-amyloïde et de protéine tau dans le cerveau sont des biomarqueurs bien caractérisés de la maladie d’Alzheimer. Or, plusieurs études ont montré que des animaux privés de sommeil présentaient des niveaux élevés de ces protéines toxiques. De même, chez l’Homme, des données suggèrent que la privation de sommeil augmenterait les niveaux de ces deux biomarqueurs dans le liquide céphalorachidien mais il reste à élucider les mécanismes sous-jacents.

Faut-il dormir plus de 6 heures par nuit ?

Les aspects du sommeil les plus déterminants pour prédire l’évolution de la maladie d’Alzheimer ne sont pas encore connus : cette démence est-elle plutôt liée à un manque de sommeil (nuits trop courtes), à des difficultés d’endormissement ou à des nuits trop fragmentées ?

Parmi les travaux marquants sur le sujet, une étude de 2013 a montré que les personnes qui dormaient en moyenne moins de 6 heures par nuit présentaient des quantités supérieures de protéine β-amyloïde dans le cerveau. Ces résultats ont été confortés par des études épidémiologiques montrant que les personnes qui dorment peu (≤ 6 heures par nuit) à l’âge de 50 ou 60 ans ont un risque plus élevé à long terme de développer une démence. La durée du sommeil pourrait donc être un paramètre important à prendre en compte dans la prévention de la maladie d’Alzheimer.

Quelles actions sont possibles ?

Des recherches sont en cours pour évaluer si des interventions sont possibles pour moduler les risques liés aux problèmes de sommeil. Par exemple, des travaux évaluent l’impact de l’activité physique ou de la réserve cognitive (capacité à résister ou à faire face aux altérations cérébrales causées par le vieillissement ou la pathologie) sur la qualité du sommeil. La pratique de la méditation est également une piste pour prévenir la démence car elle a déjà montré dans une étude pilote un effet positif sur le vieillissement cérébral. Elle permettrait de réduire le stress, l’anxiété, les émotions négatives et les problèmes de sommeil qui ont tendance à s’accentuer avec l’âge. Ces résultats restent à confirmer et font l’objet d’un projet européen mené à Caen auprès de sujets âgés.

 

Cet article a été initialement publié sur Univadis.fr, membre du réseau Medscape.

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