Cas clinique : incapable de s’exprimer dans sa langue maternelle après une opération du genou

Dr Thomas Kron

Auteurs et déclarations

1er avril 2022

Présentation

Un gymnaste néerlandais de 17 ans, sans antécédent ― à l'exception d'un trouble de la coagulation du facteur V Leiden, qui est sous contrôle ― a subi pour la première fois une intervention chirurgicale sous anesthésie générale.

Après cette opération du genou, le patient, confus, a été emmené en salle de réveil, où une infirmière a remarqué qu'il ne parlait qu'anglais. Il a répété plusieurs fois qu'il se trouvait aux États-Unis. Il ne pouvait ni comprendre ni parler sa langue maternelle, le néerlandais. Plusieurs heures après l'opération, c'était toujours le cas.

Le patient, ni aucun membre de famille, n'avait d'antécédent de maladie psychiatrique. Il avait étudié l'anglais à l'école. Il n'avait pas de famille dans un pays anglophone et n'avait pas voyagé récemment dans un tel pays.

Constatations et suivi

18 heures après l'opération, le patient répondait toujours aux questions qui lui étaient posées en anglais, bien qu'avec un accent néerlandais. Il ne donnait que des réponses courtes dans sa langue maternelle et éprouvait des difficultés à le faire. Sa concentration ne semblait pas avoir été affectée. Au cours de l'entretien, les médecins ont confirmé qu'il ne s'agissait ni de confusion mentale ni d'hallucinations. Son niveau d'intelligence se situait dans la moyenne. Il n'y avait pas non plus d'indications d'un trouble mental.

Environ 24 heures après l'intervention, le jeune homme comprenait et parlait à nouveau le néerlandais. Un examen neurologique complet n'a rien révélé. Selon le neurologue, il n'a pas été nécessaire de procéder à des examens diagnostiques supplémentaires. Un jour plus tard, le patient était autorisé à quitter l'hôpital.

Trois semaines plus tard, le patient s'est rendu à une consultation de suivi dans le service psychiatrique ambulatoire. Il y a déclaré n'avoir aucune difficulté à utiliser sa langue maternelle. Il a cependant noté que sa concentration s'eétait détériorée et que, par rapport à avant, il avait davantage de difficultés à mémoriser des informations.

Au fil du temps, ces symptômes se sont améliorés. Mais près d'un an après l'opération, le patient a subi un examen neuropsychologique car il souffrait de troubles subjectifs de la mémoire. L'examen a montré que ce jeune homme de 18 ans était particulièrement motivé pour réussir ce test. Dans l'ensemble, le résultat du test a été moyen à très bon. Cependant, le patient ne pouvait se souvenir que de courtes séries de chiffres et de mots, en dessous de la moyenne. Il a obtenu de bons résultats aux tests de vocabulaire et de perception visuelle spatiale. L'examen n'a révélé aucun trouble cognitif.

Le diagnostic qui a été établi est celui de Foreign Language Syndrome (FLS).

Discussion

Ce cas particulièrement original a été rapporté dans le Journal of Medical Case Reports. [1]Selon les auteurs, il était notable que ce patient ait indiqué ne comprendre et ne parler que l'anglais pendant la phase postopératoire immédiate. Une recherche dans la littérature a permis de recenser un total de 8 cas similaires de FLS. La plupart d'entre eux concernaient des patients âgés : six des huit cas avaient plus de 50 ans, un patient avait 28 ans. Dans un des cas, l'âge n'était pas connu. Tous les patients étaient des hommes. Les anesthésiques les plus fréquemment mentionnés étaient le fentanyl, le midazolam et le propofol.

Selon les auteurs, la pathophysiologie exacte du FLS n'est toujours pas claire. On ne sait toujours pas si le FLS est un syndrome indépendant ou le phénotype d'un autre syndrome ou d'une autre affection, comme le délire post-opératoire connu en anesthésie pédiatrique, ou le syndrome de l'accent étranger.

 

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