Dans l’Actu : impact de l’alcool sur le cerveau, le risque de cancer et la SLA

Ryan Syrek

Auteurs et déclarations

1er avril 2022

 

Alors que la World Heart Federation déclarait récement  qu'aucune quantité d'alcool ne peut être considérée comme sans risque pour la santé cardiaque, de nouvelles études sur les effets de l'alcool, notamment sur le cerveau (voir infographie), le risque de cancer et l'incidence de la sclérose latérale amyotrophique, viennent d'être publiées.

Impact sur le cerveau : même avec un seul verre par jour

Une étude menée au Royaume-Uni suggère qu’un seul verre par jour serait lié à des changements détectables dans le cerveau. [1] Les chercheurs ont examiné les IRM fonctionnelles (IRMf) cérébrales de 36 678 adultes en bonne santé âgés de 40 à 69 ans et ont comparé les résultats avec la consommation hebdomadaire d'alcool des participants, en ajustant les facteurs confondants (p. ex. l'âge, le sexe, la taille, le statut socio-économique, le pays de résidence). L'étude a montré des associations négatives entre la consommation d'alcool et les mesures globales de matière grise et blanche, le volume régional de matière grise et les indices de microstructure de la matière blanche. Ces associations étaient étendues dans tout le cerveau, et l'ampleur augmentait avec le nombre absolu moyen d'unités d'alcool quotidiennes consommées par les participants.

Alcool et cancer

Au-delà du cerveau, une étude récente a déterminé que la consommation excessive d'alcool au début de l'âge adulte peut augmenter le risque de cancer à l'âge adulte, même si la consommation s'arrête ou diminue à l'âge mûr. [2] L’étude australienne incluait 22 756 femmes et 15 701 hommes. La consommation excessive d'alcool a été établie à une consommation moyenne d'alcool d'au moins 60 g/j, soit l'équivalent de six verres standard. Au cours des 485 525 années-personnes de suivi chez les femmes, 2303 cancers liés à l'alcool ont été diagnostiqués, le plus souvent des cancers du sein (64%) et colorectaux (31%). Au cours de 303 218 années-personnes de suivi chez les hommes, 789 cancers liés à l'alcool ont été découverts, le plus souvent un cancer colorectal (83%).

Les chercheurs ont identifié trois types d'évolution de la consommation d'alcool au cours de la vie pour les femmes :

- abstinence tout au long de la vie (39 %)

- consommation faible et stable (54 %)

- consommation modérée et croissante (7 %).

Et six types pour les hommes :

- abstinence tout au long de la vie (14,3 %)

- consommation faible et stable (51,5 %)

- consommation modérée et stable (20,4 %)

- consommation importante et croissante (6,6 %)

- consommation importante, décroissante précocément, soit entre 40 à 49 ans (5,1 %)

- consommation importante, décroissante tardivement soit entre 60 et 69 ans (2,2 %).

Chez les hommes, par rapport à l'abstinence tout au long de la vie, des consommations importantes d'alccol (≥ 60 g/j) entre 20 et 39 ans suivie d'une consommation décroissante soit précoce, soit tardive, étaient associées à un risque accru de cancer lié à l'alcool (HR de 1,75 et 1,94 respectivement). Une consommation modérée (< 60 g/j) entre 20 et 39 ans avec une augmentation importante de la consommation à la cinquantaine était également associée (HR = 1,45).

Pour les femmes, par rapport à l'abstinence tout au long de la vie, la consommation d'alcool classée comme croissante-modérée (30-59 g/j) était associée à un risque global plus élevé de cancer lié à l'alcool (HR =1,25).

Les preuves d'un lien entre la consommation d'alcool et l'augmentation du risque de cancer sont significatives et accablantes, pourtant ces données semblent toujours être mal connues. L’analyse d’une enquête [2020 Health Information National Trends Survey 5, Cycle 4] [3] menée auprès de 3865 adultes américains, dont près de la moitié ne consommaient pas d'alccol, a montré que seulement environ un tiers d’entre eux (31,8%) savaient que l'alcool augmentait le risque de cancer. Les chiffres étaient encore plus bas pour chaque type de boisson : 20,3% pour le vin et 24,9% pour la bière. Pourtant, plus de la moitié des répondants étaient favorables à l'ajout, sur les contenants de boissons alcoolisées, d'étiquettes de mise en garde sur la santé (65,1%) et de recommandations sur la consommation d'alcool (63,9%).

Alcool et SLA

La consommation d'alcool pourrait jouer un rôle causal dans le développement de la sclérose latérale amyotrophique (SLA), selon une étude portant sur la méthylation de l'ADN à l'échelle du génome. [4] En analysant des échantillons sanguins de 6763 patients et 2943 témoins, les chercheurs ont identifié 45 sites de méthylation de l'ADN liés à la SLA dans 42 gènes liés au métabolisme, à la biosynthèse du cholestérol et à l'immunité. Les schémas de méthylation de l'ADN ont ensuite été testés en tant que substituts des facteurs de risque de SLA. Le cholestérol HDL, l'IMC, les taux de globules blancs et la consommation d'alcool se sont révélés être indépendamment associés à la SLA.

Augmentation de la consommation durant la pandémie

Selon une nouvelle étude, le nombre d'Américains décédés de causes liées à l'alcool a considérablement augmenté au cours de la première année de la pandémie. [5] Les décès ont dépassé 99 000 en 2020, soit une augmentation de 25% par rapport aux 79 000 décès documentés en 2019. L'augmentation annuelle moyenne était de 3,6% entre 1999 et 2019. [En France, l’alcool entraîne plus de 41 000 décès par an et la consommation excessive, exacerbée lors de la pandémie, concerne plus d’un tiers de Français].

 

Suivez Medscape en français sur  Twitter , Facebook et Linkedin .

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....