Opioïdes antalgiques : premières recommandations détaillées sur la prescription de la HAS

Fanny Le Brun

31 mars 2022

France – La Haute autorité de santé (HAS) vient de publier les premières recommandations détaillées sur la prescription et la consommation d’opioïdes à visée antalgique [1].

Pourquoi ces recommandations ?

Alors qu’en 2015 pas moins de 17% des Français ont eu une prescription d’antalgiques opioïdes, ce chiffre serait en hausse ces dernières années. Or, s’ils sont utiles pour soulager les douleurs, tous les opioïdes antalgiques peuvent induire une dépendance physique élevée et faire l’objet de troubles de l’usage pouvant être fatals (surdose voire décès par arrêt respiratoire). Alors que dans certains pays, comme les Etats-Unis ou l’Angleterre, les opioïdes sont responsables d’une véritable crise sanitaire marquée par un nombre important de décès imputables à la consommation de ces médicaments, l’objectif est d’éviter une telle situation en France en favorisant leur bon usage, sans en restreindre l’accès pour les patients qui en ont besoin.

C’est dans cette optique que la HAS expose les stratégies thérapeutiques précises et encadrées qui doivent permettre d’éviter tout risque de mésusage et par conséquent d’addiction chez un patient.

Attention à la durée de prescription et à la quantité prescrite

La HAS estime qu’il est important de ne pas banaliser le recours à ce type d’antalgiques : les risques de développer un trouble de l’usage ou de surdose sont communs à tous les opioïdes, qu’ils soient dits faibles ou forts. Les éléments importants pour apprécier le risque sont la durée de prescription et la quantité prescrite. Ainsi, « qu’importe le type de médicament opioïde, une quantité prescrite trop importante peut s’avérer rapidement problématique ».

Le traitement par opioïdes doit être instauré de façon progressive, avec des réévaluations régulières au début afin d’ajuster la posologie et surveiller la tolérance. Après 6 mois de traitement continu, il est recommandé de diminuer progressivement le traitement voire de l’arrêter, afin de vérifier s’il est toujours justifié ou si une dose inférieure suffit.

Des recommandations pour chaque indication

La HAS a élaboré des recommandations détaillées pour chaque indication : douleur chronique non cancéreuse, douleur aiguë, douleur liée au cancer ou encore chez la femme enceinte et allaitante (voir les algorithmes de la HAS). L’objectif est de faire le point sur toutes les bonnes pratiques en matière d’indications, d’instauration du traitement, de suivi et d’arrêt, de modalités d’utilisation, de durée de la prescription, d’effets indésirables et surdosages ainsi que d’informations délivrées aux patients.

On peut noter par exemple que dans le traitement de la douleur chronique non cancéreuse, la HAS précise que les antalgiques opioïdes ne doivent être envisagés qu’en dernier recours. Par ailleurs, ils ne peuvent pas être prescrits pour des douleurs pelviennes chroniques ou musculosquelettiques et ne sont pas recommandés dans le traitement des migraines.

 
Dans le traitement de la douleur chronique non cancéreuse, la HAS précise que les antalgiques opioïdes ne doivent être envisagés qu’en dernier recours.
 

Que faire en cas de surdosage ?

En cas de surdosage, la naloxone est un antidote spécifique des opioïdes à administrer le plus rapidement possible. La HAS a actualisé les recommandations pour son utilisation en ville et précise notamment que sa prescription, et sa dispensation sous une forme prête à l’emploi, doivent être envisagées au moment de la prescription d’un opioïde, notamment si le patient est « vulnérable » (événement de vie, sortie d’hospitalisation, d'incarcération…). L’objectif est alors de permettre au patient ou à un tiers d’intervenir en urgence en cas de surdosage aux opioïdes. La personne qui administre la naloxone doit ensuite appeler systématiquement et rapidement le SAMU.

 
La personne qui administre la naloxone doit ensuite appeler systématiquement et rapidement le SAMU.
 

En attendant les secours, il est recommandé de surveiller la victime et de pratiquer les gestes d’urgence. Du fait de la courte demi-vie de la naloxone, une deuxième dose doit être administrée 2 à 3 minutes plus tard en l’absence d’amélioration ou pour prolonger l’effet antidote si les secours ne sont pas arrivés.

 

Cet article a été initialement publié sur Univadis.fr, membre du réseau Medscape.

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