TDAH pédiatrique : le diagnostic peut être fait en médecine générale

Serge Cannasse

30 mars 2022

Paris, France— Le Congrès du Collège de médecine générale, qui s’est tenu à Paris du 24 au 26 avril 2022, a consacré une session au TDAH (Trouble du déficit de l’attention avec/sans hyperactivité), à partir d’une communication du Dr Mélanie Camborde (MGForm).

Le diagnostic de l’enfant peut être fait en consultation de médecine générale : il est purement clinique.

Depuis toujours, partout, tout le temps

Le point important est que ses trois symptômes classiques – inattention, hyperactivité motrice, impulsivité – sont présents depuis toujours (même avant la naissance !), se manifestent partout (à la maison, à l’école, en centre de loisirs, chez la nounou, etc) et tout le temps, quelle que soit l’heure, le jour, la période scolaire, les vacances. L’enfant TDAH n’est jamais fatigué, il s’endort et récupère très vite.

Ce point distingue le TDAH de manifestations habituelles chez les petits enfants, qui ont du mal à maintenir leur attention, bougent, changent rapidement d’humeur, mais chez qui ces symptômes n’ont pas de retentissement majeur sur leur vie familiale, relationnelle, scolaire.

Inattention

L’enfant est victime de nombreux oublis (s’habiller pour aller à l’école, prendre son cartable, etc).

Son temps d’attention est très court. Il est extrêmement sensible à toutes les sollicitations, aussi bien externes qu’internes : il est facilement dérangé par un son, un mouvement, une pensée ou une image qui lui traverse l’esprit, un objet qu’il remarque, etc. Sautant constamment d’une activité à une autre, il termine rarement celle en cours.

Il semble ne pas écouter les consignes et va essayer d’éviter les tâches qui demandent une attention soutenue. Le contraindre à accélérer est contre-productif : plus il est pressé, plus il ralentit.

Hyperactivité motrice

C’est un enfant qui bouge constamment (les jambes qui s’agitent, les mains impatientes, etc), se tortille sur son siège, court et grimpe partout, parle souvent, explore le cabinet de consultation.

Les grands-parents hésitent ou rechignent à le garder et les parents d’amis refusent de le recevoir chez eux.

À noter que cette hyperactivité est souvent masquée chez les petites filles, chez qui elle est « rentrée » (culturellement, ce sont les garçons qui bougent, pas les filles !).

Impulsivité

Il vit dans l’instant présent, sans tenir compte des expériences passées ni de son entourage : il interrompt une conversation, répond à une question avant qu’elle ne soit complètement posée. Il est brouillon, ayant du mal à planifier ce qu’il doit faire.

C’est un boute-en-train, apprécié de ses camarades. Il prend facilement des risques et il est fréquemment victime d’accidents plus ou moins graves (bleus, entorses, dents cassées, etc). Et ne répondant pas aux consignes, il se fait souvent gronder.

Questionnaire abrégé de Connors.

Utile pour affirmer le diagnostic, il doit être rempli indépendamment par au moins deux personnes (chaque parent séparément), voire trois (l’instituteur-trice). Il est fait de 10 questions dont les réponses sont notées de 0 à 3. Un score supérieur à 15 est considéré comme pathologique.

Diagnostic différentiel

  • Le manque de sommeil : il faut interroger les parents sur les habitudes familiales de coucher et de lever (la télévision le soir !)

  • Les enfants à haut potentiel (HP) : liens majeurs entre TDAH et HP. En revanche, tous les HP ne sont pas TDAH (les HP n’ont pas de mal à terminer des tâches longues) !

  • Les syndromes DYS (dyspraxie, dyslexie) : tout enfant suspecté de TDAH doit bénéficier d’une consultation chez un(e) psychomotricien(ne). Le médecin généraliste doit apprendre à lire le résultat de leurs examens, le mieux étant de demander au professionnel le plus proche de le former.

  • La dépression, qui chez l’enfant peut se manifester par une hyper-activité réactionnelle.

  • Les troubles anxieux et les TOC (troubles obsessionnels compulsifs).

  • Les carences affectives.

  • Les pathologies psychotiques ou border line.

  • L’autisme.

Diagnostic positif

  • L’interrogatoire, fondamental : les troubles existent depuis toujours, partout, tout le temps.

  • L’examen du comportement de l’enfant en consultation, seul, avec des adultes, avec ses frères et sœurs.

  • Les réponses au questionnaire abrégé de Connors.

  • La consultation chez le(la) psychomotricien(ne), qui confirme un trouble de l’attention.

  • La recherche des comorbidités (trouble DYS, HP, bilan psychologique).

À la fois un handicap et un atout

Il faut se garder de ne voir dans le TDAH qu’une pathologie : c’est aussi un mode de fonctionnement remarquablement adapté à toutes les situations qui ne sont pas routinières. En effet, il s’agit d’individus curieux, très visuels, très attentifs au moindre détail, disposant de beaucoup d’énergie et capables de changer de stratégie en une fraction de seconde. Ces qualités ne sont pas utiles que dans les jeux vidéo (où ils sont en général très forts !).

L’accompagnement de l’enfant ayant un TDAH mettra en avant toutes les potentialités de l’enfant et lui apprendra à se poser, à se ménager des instants calmes, de solitude, et à fractionner ses activités (« faire un marathon en passant de sprint en sprint avec une pause entre chacun »). Des séances quotidiennes de méditation sont en général très efficaces.

Ressources

Web :

Livres :

  • Olivier Revol. On se calme ! Enfants agités, parents débordés

  • Annick Vincent. Mon cerveau a besoin de lunettes

  • Éline Snel. Calme et attentif comme une grenouille

 

Cet article a été initialement publié sur Univadis.fr, membre du réseau Medscape.

 

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