POINT DE VUE

Arrêter de conduire : le témoignage d'un psychothérapeute atteint de Parkinson

Sabine Verschelde

Auteurs et déclarations

21 mars 2022

Nimègue, Belgique-- Noud de Haas, ancien psychothérapeute et coach en méditation de pleine conscience atteint de la maladie de Parkinson, raconte comment il a décidé d'arrêter définitivement de conduire. Une décision difficile, mais libératrice, qu’il a souhaité partager pour aider d’autres patients à passer le cap.

Noud de Haas

Noud de Haas, dont une bonne partie de la vie professionnelle a été dédiée à aider des médecins et des infirmières à mieux gérer le stress au travail, a été diagnostiqué avec la maladie de Parkinson en 2011.

« Lorsque j'ai rencontré les médecins et les infirmières à qui j'apprenais à mieux gérer le stress, je les ai immédiatement prévenus que je vivais avec la maladie de Parkinson. Je ne voulais pas qu'ils s'interrogent quant à ma voix ou à certains de mes mouvements. Je n'en ai jamais fait un secret. Les premières années, j'ai pu continuer à travailler, puis j'ai progressivement réduit mon activité pour finalement arrêter en 2014. Aujourd'hui, je suis bénévole au café Parkinson de Nimègue, où je vis. Il nous permet de rencontrer d'autres malades et de nous entraider.

La maladie est restée stable pendant longtemps, mais j'ai constaté une nette détérioration au cours des deux dernières années. D'où ma décision de ne plus conduire, prise en décembre 2021.

Depuis quelque temps déjà, je me demandais quand je devrais arrêter. La maladie de Parkinson avait affecté ma capacité à conduire et quand j'y pensais, je ressentais une tension et de l'incertitude. Mon instinct me disait qu'il fallait rendre mon permis de conduire mais je ne voulais pas faire ce choix sur de vagues sentiments . J'ai donc décidé d'observer attentivement ce qui se passait réellement quand j'étais au volant, je voulais surveiller ma propre conduite.

Je me suis rapidement rendu compte que je ne pouvais voir correctement qu'une partie de la route ; j'avais perdu ma vision périphérique. Je regardais surtout la route devant la voiture, c'est ce qu'on appelle la vision du tunnel. Je regardais droit devant moi et je devais me forcer à élargir mon regard sur les côtés. Je me suis senti en danger ; les virages de sortie d'autoroute étaient difficiles et les ronds-points un calvaire.

Après un test de conduite obligatoire au CBR, le neurologue m'a déclaré apte à conduire pendant encore trois ans. Le CBR est une organisation néerlandaise qui contrôle les permis de conduire.

Et puis c'est arrivé. Dans un groupe, un participant a déclaré qu'il y a longtemps, il s'était promis d'arrêter de conduire le jour où il ne se sentirait plus en confiance au volant. Et ce moment est arrivé récemment. La voiture a été vendue. Dans le cadre de son travail, il avait très souvent été confronté à des victimes de la route, c'est pourquoi il voulait à tout prix éviter de provoquer un accident.

Son histoire m'a coupé le souffle, car je m'y reconnaissais complètement. J'ai parlé de mon hésitation et soudain, j'ai senti quelque chose muer en moi. Mon hésitation s'était transformée en décision ; je ne conduirais plus jamais. Soulagement et tristesse.

 
Mon hésitation s'était transformée en décision ; je ne conduirais plus jamais.
 

Bien sûr, je ne veux pas causer d'accident, ce serait affreux. Mais si un jour, un automobiliste ne me laisse pas la priorité et provoque une collision, je me demanderai toujours si la collision aurait pu être évitée si j'avais réagi plus rapidement. La maladie de Parkinson me ralentit et les médicaments peuvent affecter ma capacité à conduire.

Délibérément, j'ai donc choisi d'arrêter de conduire. J'aurais probablement réussi le test de conduite obligatoire, prévu ce printemps. Mais même si je réussissais le test, je me considérerais toujours comme un danger de la route. En d'autres termes : je ne n'oserais pas monter dans une voiture avec moi-même pour conducteur. C'est pourquoi j'ai annulé le test de conduite.

Mon objectif était d'examiner attentivement, sans aucune préconception, si je devais ou non renouveler mon permis de conduire. Et cette recherche a porté ses fruits.

Je suis resté fidèle à moi-même et j'en suis très heureux, même si les conséquences ne sont pas minces.

Maintenant, j'utilise davantage les transports en commun et j'ai également acheté un vélo électrique.  Les gens disent parfois que je renonce à une partie de ma liberté en me privant d'une voiture et c'est vrai, les possibilités de destinations sont réduites. Mais j'ai acquis un autre type de liberté; je suis libéré de la peur et de l'incertitude. En plus, je suis bien entouré par ma femme et mes amis qui peuvent me conduire s'il le faut. Mais cela n'arrive pas souvent, mon vélo électrique me suffit.

À tous ceux qui, pour cause de maladie ou de vieillesse, hésitent à prendre le volant, je recommande d'être honnête envers soi-même. S'il n'est plus possible de prendre part à la circulation en toute sécurité, il vaut mieux s'en abstenir. »

 
À tous ceux qui, pour cause de maladie ou de vieillesse, hésitent à prendre le volant, je recommande d'être honnête envers soi-même.
 

 

Cet témoignage a été initialement publié sur MediQuality.net, membre du réseau Medscape.

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