Déficit cognitif léger : quels sont les facteurs de risque de progression ?

Dr Mauricio Wajngarten

Auteurs et déclarations

2 mars 2022

L’apparition d’un déficit cognitif léger est fréquent e avec l’âge. Les troubles de la mémoire ne sont pas pour autant le signe majeur d’une évolution vers une maladie neurodégénérative. Quels sont les risques de progression vers une démence ou au contraire de diminution du risque ?

« Suis-je en train de développer la maladie d’Alzheimer ? » Cette question revient de manière récurrente dans les cabinets médiaux lorsque les patients s’inquiètent de leurs pertes de mémoire. Bien souvent, les oublis rapportés surviennent dans un contexte d’état dépressif ou de stress, qui agissent de manière négative sur l’attention et la concentration. Mais, d’un autre côté, beaucoup de patients de plus de 65 ans présentent un déficit cognitif léger, caractérisé par des changements notables dans la capacité à mémoriser, à résoudre des problèmes et à rester attentif. Des difficultés associées en partie aux mêmes altérations cérébrales que celles observées dans la démence.

Le déficit cognitif léger a généralement peu d’impact sur la qualité de vie d’un individu, mais elle fait craindre une évolution vers une maladie neurodégénérative. Il convient de rappeler que le diagnostic distingue deux sous-types de déficit cognitif léger : la forme amnésique et celle non amnésique. Plusieurs autres fonctions cognitives peuvent être atteintes. On parle alors de déficit cognitif léger à domaines multiples. Même si l’altération majeure de la qualité de vie ne fait pas partie des critères diagnostiques du déficit cognitif léger, des difficultés peuvent se rencontrer dans la pratique des activités quotidiennes chez les individus qui en sont atteints, en particulier ceux présentant une forme amnésique à domaines multiples.

Comment dès lors rassurer les patients? Pour répondre à cette question, il est important de connaitre les facteurs de risque liés à la progression du déficit cognitif léger vers la démence. En identifiant les individus les plus à risque de maladie neurodégénérative, des traitements et des actions de prévention peuvent en outre être envisagés.

Risque léger de progression vers une démence

Dans une récente étude, des chercheurs de l’Université Columbia, aux Etats-Unis, ont tenté d’identifier les facteurs cliniques et sociodémographiques prédictifs du développement et de l’évolution d’un déficit cognitif léger [1]. Pour cela, ils ont estimé, à partir des données de la cohorte du Washington Heights-Inwood Columbia Aging Project (WHICAP), les risques de déficit cognitif léger et de progression de la maladie, en fonction de divers facteurs.

Les chercheurs ont analysé les données de 2 903 participants qui présentaient une fonction cognitive normale au moment d’intégrer la cohorte. Après un suivi de six ans, 1 805 d’entre eux ont conservé une fonction cognitive normale, 752 avaient un déficit cognitif léger et 301 ont développé une démence. Les individus avec des troubles cognitifs ont été suivis pendant trois années supplémentaires.

Après un suivi moyen de 6,3 ans, l’analyse révèle que les facteurs de risque de développer un déficit cognitif léger sont les suivants :

  • facteurs de risque majeur : présence de l’apolipoprotéine E déficiente APOE-ε4 (l’apolipoprotéine E est une lipoprotéine responsable du transport du cholestérol dans le sang) et un indice* de comorbidité élevé [calculé comme le score total de la présence de 15 affections somatiques chroniques].

  • facteurs de diminution du risque : bon niveau d’étude, revenus plus élevés, et activités de loisirs plus fréquentes.

Chez les individus ayant développé un déficit cognitif léger, après un suivi moyen de 2,4 ans :

  • 12,9% ont progressé vers une démence,

  • 9,6% ont présenté une diminution de leurs performances cognitives, sans atteindre le niveau de la démence,

  • 29,6% présentaient toujours les critères spécifiques du déficit cognitif léger,

  • 47,9% ne présentaient plus les critères spécifiques du déficit cognitif léger.

Le risque de progression vers une maladie neurodégénérative est accru en cas : de déficit cognitif léger avec comorbités multiples, de présence d’APOE-ε4, de symptômes dépressifs et d’utilisation d’antidépresseurs.

Déficit cognitif amélioré dans la moitié des cas

Près de la moitié des individus diagnostiqués avec un déficit cognitif léger ont finalement présenté une fonction cognitive normale après quelques années de suivi.[1]

Autre résultat notable : les facteurs de risque de déficit cognitif léger sont différents de ceux associés à la progression des troubles.

L’étude montre que l’apparition de troubles cognitifs légers est très fréquente. Mais, la bonne nouvelle est que l’évolution vers une démence concerne seulement 12,9% des patients avec un déficit cognitif léger. Et, sans que l’on sache réellement pourquoi, les critères identifiés pour poser le diagnostic de déficit cognitif léger avaient disparu à la fin du suivi.

Nous pouvons donc utiliser ces informations pour rassurer nos patients.

Concernant la prévention et la prise en charge thérapeutique, il est malheureusement impossible d’agir sur les facteurs génétiques (à l’origine de la formation de l’APOE-ε4) ou sur le niveau d’éducation et de revenus. En revanche, on peut recommander d’adopter un meilleur mode de vie, à travers notamment la pratique d’une activité physique et de loisirs, et renforcer la prévention de certaines pathologies pouvant aggraver les fonctions cognitives (maladies cardiovasculaires, diabète, dépression…).

Les patients présentant un déficit cognitif léger avec comorbidités, ainsi que ceux avec des antécédents familiaux d’Alzheimer, méritent toute notre attention, puisqu’ils sont à risque plus élevé de maladie neurodégénérative, comme l’indique cette étude, qui vient ainsi confirmer les résultats de précédents travaux.

En considérant l’approche cardiogériatrique, il convient de rappeler que les maladies cardiovasculaires et les facteurs de risque associés ont un impact sur la fonction cognitive de plus en plus avéré. Menés par la Mayo Clinic, aux Etats-Unis, de récents travaux sur le vieillissement ont montré que les facteurs de risque et les pathologies cardiovasculaires sont associés à un déclin cognitif à partir de 45-50 ans, en particulier chez les femmes [] 2 ].

Enfin, rappelons qu’il n’est jamais trop tard pour mettre en place des mesures de prévention.

 

Cet article a été publié originalement sur l’ édition en portugais de Medscape , le 7 février 2022. 

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