POINT DE VUE

Bénéfice du confinement dans l’IC : Max réagit à l’éditorial iconoclaste du JACC

Dr Jean-Pierre Usdin

Auteurs et déclarations

22 février 2022

France – Nous continuons de suivre, Max, cardiologue à la retraite, mais toujours très actif, exerçant en cabinet et en centre de santé à Paris, qui, cette fois, réagit aux conclusions d’un éditorial paru dans le prestigieux Journal of American College of Cardiology (JACC).

Dans cet article iconoclaste, l’auteur, le Dr Christopher O’connor, (CEO et Directeur général de l’Inova Heart & Vascular Institute à Fairfax, Virginie) – excusez du peu – évoque « les effets bénéfiques du confinement sur le comportement des patients souffrant d’une insuffisance cardiaque » et se demande s’il ne faudrait pas y voir rien moins qu’ « une nouvelle approche thérapeutique ? » [1] ]. Cette brève page écrite par le rédacteur en chef de la branche Heart Failure du journal a curieusement généré très peu d’échos : la cocarde mentionnant le score d’attention est restée à 1 depuis la publication en ligne le 31 janvier, avec seulement 2 retweets ! Pourtant, la thèse développée par l’auteur a de quoi surprendre à plusieurs titres.

Impact positif du confinement dans l’insuffisance cardiaque

Après avoir reconnu que la pandémie a généré de nombreux retards de diagnostics, provoqué la survenue de complications des infarctus que les plus jeunes parmi les collègues médecins n’avaient guère vues ailleurs que dans les traités, sans parler des dépressions et autres manifestations collatérales, le Dr O’Connor se penche sur d’éventuelles conséquences bénéfiques.

Citant un travail statistique de la Heart Failure Collaboratory , un consortium académique, il écrit cette phrase étonnante : « il y a cependant un signal émergeant, parmi la population souffrant d’insuffisance cardiaque, suggérant que le confinement pourrait avoir quelques effets bénéfiques ».

Cette étude montre en effet une diminution des taux d’hospitalisations pour insuffisance cardiaque sans augmentation associée de la mortalité « d’où l’hypothèse d’un impact positif, d’une certaine façon », ajoute O’Connor.

Considérant les effets potentiellement favorables d’un confinement chez les patients souffrant d’insuffisance cardiaque, il liste 7 comportements positifs pendant cette période.

Si Max est d’accord avec certains : diminution des polluants atmosphériques, moins de temps passé dans les transports, journées de travail moins longues, moins de stress, plus de repos et de sommeil, plus de temps passé en famille…D’autres assertions – temps passé à la maison à cuisiner des plats équilibrés, plus de temps pour pratiquer de l’exercice physique chez soi – lui semblent moins évidentes.

En effet, Max, lui, a surtout constaté une prise de poids chez ses patients et, formule à la mode, un déconditionnement physique ! Même si le Dr O’Connor reconnait que des études sur les comportements devront être menées avec plus de rigueur pour s’assurer de l’adhésion des patients aux différentes interventions.

La question de l’accès aux médicaments

Mais pour Max, le véritable intérêt de cet article est ailleurs, au 6ème paragraphe très précisément. Le cardiologue y fait l’hypothèse que « les coûts dépensés pour des repas à l’extérieur, pour des spectacles, aurait diminué engendrant des revenus (indirects), soit un bénéfice potentiel permettant de prendre soin de sa personne et pouvoir acheter ses médicaments ».

Argument étonnant, et très américain, remarque Max à qui il revient en mémoire une citation déclinée à l’envi par les politiciens de l’Hexagone : « Imagine-t-on une partie de la population ne pas être en mesure de se procurer SES médicaments ? ». C’est effectivement difficile à imaginer de ce côté-ci de l’Atlantique ! C’est pourtant monnaie courante aux Etats-Unis comme en témoigne la question du prix de l’insuline.

Nos confrères US font face à d’incroyables disparités, les minorités sous représentées (Underrepresented minorities) sont des sujets débattus en permanence, à l’échelle de la société tout entière, mais également plus spécifiquement au sein de la profession médicale [2,3].

Gratuité des soins et modifications de comportements

A cette occasion, Max pense qu’il serait bon de rappeler plus souvent aux éternels mécontents se joignant aux vaccinoseptiques et aux autres pourfendeurs de l’enrichissement des laboratoires pharmaceutiques, sans s’arrêter à ceux-là, que le vaccin anti-Covid est gratuit, accessible à tous, il en était de même jusqu’à ces derniers jours pour les tests PCR, tests antigéniques, TROD et autres antiviraux bientôt en officines. « Encore heureux ! » brandissent les détracteurs !

Max n’est pas dupe, bien sûr, les médicaments ne sont pas gratuits, ils ont un coût ! Le montant des prélèvements et diverses taxes en témoigneront. Certes, les inégalités sociales existent en France, elles ne s’améliorent pas.

Bien d’autres fossés se creusent, les candidats à l’élection présidentielle en font leur quotidien. Mais tous, nous bénéficions de la gratuité des soins, c’est heureusement un devoir intangible auquel tous nous contribuons.

Le quoi qu’il en coûte, c’est le coût de la solidarité, de l’égalité pour la prévention et devant la maladie, auquel nous devons, nous devrions tous participer.

Max préfère laisser la conclusion au Dr O’Connor « si ces observations initiales sont réelles, impulser des modifications de certains comportements pourrait diminuer efficacement les taux d’hospitalisations d’une façon à peu près similaire à nos traitements ». Cela serait moins coûteux.

Le Dr Christopher O’Connor n’a pas mentionné ses conflits d’intérêts.

 

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