France – Pathologie fréquente, douloureuse et invalidante, l’arthrose a fait l’objet d’une enquête de l’AFLAR auprès de la population française et belge qui en est atteinte sur la période allant de septembre 2019 à janvier 2021. Les résultats montrent une dégradation transitoire de l’état de santé des arthrosiques pendant le 1er confinement et une forte demande d’informations des patients, notamment sur les options antalgiques concernant cette maladie, dont la prise en charge n’a pas connu d’évolution notable au cours des dernières années.
Arthrose en chiffres
- Avec 9 à 10 millions de personnes atteintes, soit 17% de la population, l’arthrose est très fréquente dans la population française
- C’est la seconde cause d’invalidité
- Et le deuxième motif de consultation des médecins généralistes
En 2030, cette pathologie pourrait toucher 22% de la population française, en raison du vieillissement et de l’obésité.
Altération transitoire pendant le confinement strict
Lancée en 2019 juste avant le premier confinement, la deuxième enquête menée par l’Association Française de Lutte Antirhumatismale A.F.L.A.R et la fondation Arthrose auprès de ses membres en France et en Belgique a permis d’évaluer l’influence de l’épidémie de Covid sur le vécu de la maladie. Elle donne aussi une photographie à une période donnée sur la qualité de vie et les attentes des malades en comparaison avec la première enquête menée en 2013.
Stop arthrose II a recueilli les réponses de 3465 patients avec une arthrose diagnostiquée, 2822 en France et 643 en Belgique, dont 41% étaient toujours en activité professionnelle. L’enquête s’est étalée de septembre 2019 à janvier 2021, couvrant donc une période pré-pandémique, la période particulière du confinement strict et la période pandémique post-confinement.
Les résultats montrent que « la pandémie COVID-19 a dégradé le statut algo-fonctionnel, l’état général de santé et le moral des patients arthrosiques mais uniquement pendant la période de confinement strict (17 mars – 20 juin 2020). Une altération transitoire puisque les questionnaires ne montrent pas de différences significatives globales sur ces 3 paramètres entre la période pré-Covid et la période post-confinement strict » a conclut le Pr Yves Henrotin, rhumatologue (CHU Sart-Tilman, Liège, Belgique). Une observation qui a été confirmée par l’étude internationale RHEUMAVID qui a retrouvé une dégradation de 49% de la santé perçue par des patients atteints de maladies rhumatologiques et musculosquelettiques pendant le premier confinement de 2020 [2].
Comment expliquer cette altération transitoire ? « Par une diminution de l’activité physique, une prise de poids et une modification des habitudes alimentaires, un changement de style de vie avec des contacts sociaux moindres et donc un isolement, et plus de stress, dont on sait qu’il influence grandement la douleur », a considéré le rhumatologue belge.
« On peut aussi imaginer que l’arrêt de la prise des AINS, prônée en début de pandémie par le gouvernement, a pu contribuer lui aussi à cet impact. A posteriori, on s’est aperçu que les AINS n’avaient aucun rôle sur la survenue de Covid grave, mais l’arrêt par les patients au début de la pandémie a pu jouer un rôle » a ajouté le Dr Laurent Grange, rhumatologue au CHU Grenoble-Alpes et président de l’Aflar.
Des manques sur la prise en charge de la douleur
Pour ce qui est de l’autre partie de l’enquête, la photographie du vécu des patients arthrosiques est très semblable à celle de 2013. La douleur prédomine chez 9 patients sur 10, la vie de famille est affectée chez 62% des répondants, l’arthrose gène le sommeil de 68% d’entre eux, et atteint le moral de 80% des arthrosiques interrogés. A noter qu’un tiers des répondants dit avoir commencer à souffrir des douleurs de l’arthrose avant 40 ans, « ce qui tord le cou à l’idée reçu que l’arthrose est une maladie de personnes âgées », commente le Dr Grange.
Pour ce qui est des attentes des patients, 84% disent manquer d’informations médicales claires, 75% aimeraient bénéficier de conseils pratiques au quotidien et 66% réclament un meilleur suivi médical.
Françoise Alliot-Launois, vice-présidente de l’Aflar, a rappelé à quel point la douleur – « symptôme et marqueur de l’arthrose » – est invalidante et handicapante et n’a pas connu de « progrès au cours des 10 dernières années ». Elle a souligné, à ce titre, la nécessité de travailler à l’information sur l’antalgie pour des patients qui aujourd’hui « ne prennent pas correctement leur(s) traitement(s) ».
Le Dr Grange a, pour sa part, ajouté que « 90% des patients se disent aujourd’hui mal pris en charge sur le plan de la douleur ». Nous avons, professionnels de santé, un rôle à jouer sur cette prise en charge, notamment dans l’arthrose, a-t-il considéré ajoutant que, selon lui, « le déremboursement des anti-arthrosiques d’action lente (AASAL) et de la visco-supplémentation (par manque d’efficacité) a été une erreur, ouvrant la porte d’une médecine à deux vitesses – même si les laboratoires ont baissé les prix de ces traitements ».
Enfin, Céline Mathy, psychologue clinicienne belge, a insisté sur l’apport essentiel de la psychologie dans la prise en charge de l’arthrose quand on sait que « stress, anxiété et dépression sont des comorbidités qui maintiennent dans la chronicité ». A ce titre, le contrôle de la respiration, la distraction cognitive, les techniques de relaxation, de méditation sont autant de stratégies à proposer aux patients arthrosiques.
Crédit photo de une : Dreamstime.com
Actualités Medscape © 2022
Citer cet article: Arthrose et COVID : les douleurs se sont aggravées pendant le 1er confinement - Medscape - 20 janv 2022.
Commenter