Les labos français veulent devenir N°1 de l’accès aux médicaments innovants en Europe

Christophe Gattuso 

Auteurs et déclarations

20 janvier 2022

France  – A trois mois du scrutin, le LEEM a présenté jeudi 13 janvier, à l’occasion de sa traditionnelle conférence de presse de vœux, une plateforme de vingt-sept propositions à destination des candidats à l’élection présidentielle. Tirant un bilan positif du rôle de l’industrie pharmaceutique française pendant la pandémie, notamment capable de multiplier par 6 en moins de deux ans ses capacités de production de vaccins anti-Covid – l’image des labos étant sortie renforcée de la crise selon une récente enquête Ipsos le LEEM entend pousser son avantage.

Le syndicat patronal, qui représente 300 entreprises tricolores (62 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2020), rappelle l’importance d’un secteur pourvoyeurs de 100 000 emplois et donne en quelque sorte sa feuille de route au futur gouvernement pour permettre aux laboratoires pharmaceutiques de devenir un « fer de lance de la réindustrialisation ».

Le médicament, secteur stratégique

 « A l’heure où la France et l’Europe prennent conscience de leur perte d’autonomie en matière de produits de santé, le médicament constitue plus que jamais un enjeu stratégique prioritaire au cœur des ambitions de la reconquête industrielle », affirme le président du LEEM, Frédéric Collet, également patron de Novartis France.

Ambitionnant ni plus ni moins de prendre le leadership en Europe à l’Allemagne, le LEEM souhaite que soient renforcées les capacités françaises de recherche et d’innovation. Il y a fort à faire, la France n’étant pas parvenue à trouver un vaccin anti-Covid au contraire du Royaume-Uni, de l’Allemagne, des États-Unis, de la Chine ou de la Russie.

« Plus aucun pays ne pourra prétendre à être une grande puissance économique, si, dans le même temps, il n’est pas doté d’une industrie de recherche et de production en santé puissante », avance Frédéric Collet.

Cela passe notamment par un effort public accru, par un décloisonnement de la recherche académique et industrielle mais aussi par des mécanismes fiscaux plus attractifs pour les investissements dans la recherche.

Une priorité : l’innovation

Après une pandémie qui a mis en évidence l’urgence de rendre les vaccins disponibles au plus grand nombre, le LEEM érige en « grande priorité nationale » la mise à disposition plus rapide aux traitements. « Nous devons accélérer l’accès à l’innovation : La France doit se donner les moyens de devenir le champion d’Europe de l’accès des patients aux médicaments qu’ils attendent », a annoncé Frédéric Collet.

Ces dernières années, une directive européenne de 2001 qui fixe à 180 jours maximum les délais de mise à la disposition des patients des traitements, après obtention de leur autorisation de mise sur le marché (AMM) a contribué à dégrader l’accès à l’innovation. Les échéances ont explosé ces dernières années. Selon une étude européenne de 2020, le délai moyen d’accès en France aux nouveaux médicaments ayant reçu une première AMM était estimé à 527 jours entre 2016 et 2019 !

Deux réformes majeures

Les réformes de l’accès précoce et de l’accès direct ont été votées dans le cadre des deux derniers budgets de la Sécurité sociale pour améliorer la situation.

Le mécanisme d’accès direct doit permettre à certains produits innovants d’ASMR (amélioration du service médical rendu) I à IV d’accéder aux patients dès après l’avis de la commission de transparence sans attendre l’issue de la discussion de prix.

Cette réforme complète celle initiée un an plus tôt de l’accès précoce aux médicaments présumés innovants pour les maladies graves, rares ou invalidantes, dans le but de supprimer les dispositifs d’autorisations et de recommandations temporaires d’utilisation (ATU et RTU) devenus complexes et illisibles.

Cet accès à l’innovation passera aussi, prévient Frédéric Collet par un budget médicament plus adapté et non soumis comme cela est le cas depuis plus de 10 ans à des « politiques de régulation excessive ». Les baisses récurrentes de prix imposées dans le cadre du budget de la Sécu sont une pilule de plus en plus difficile à avaler pour le LEEM.

La santé en campagne

En défendant ces propositions, le LEEM, qui a ouvert un comparateur des programmes santé des candidats à la présidentielle, entend aussi peser pour que la santé soit un thème majeur de l’élection à venir. « La santé est devenue la préoccupation principale de nos concitoyens.

Au-delà des tensions à l’hôpital, ou des faiblesses de notre politique de santé publique, n’oublions pas que la sortie de crise repose sur le médicament qu’il s’agisse de vaccins ou de traitements destinés à la prise en charge des patients », conclut Frédéric Collet.
 

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