Syndrome du « bébé secoué » : une campagne d’information pour repérer et protéger

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

19 janvier 2022

Paris, France — Les cas de bébés secoués ne sont pas des faits isolés. S’il est difficile de connaitre le nombre exact d’enfants touchés, l’association « Stop bébé secoué » parle de plus de 200 cas chaque année – un chiffre largement sous-estimé, principalement par faute de diagnostic, selon elle. Pour alerter et faire la lumière sur la réalité de ce phénomène, le gouvernement lance une campagne de sensibilisation nationale qui repose notamment sur la diffusion d’un film choc (à visionner ici) afin de rappeler que secouer un bébé est une maltraitance qui peut être mortelle.

Geste intentionnel extrêmement violent 

Aussi appelé « traumatisme crânien non accidentel » (TCNA), le Syndrome du Bébé Secoué, autrement dit le SBS (ou S.B.S.) est un traumatisme crânien grave , résultant d’un geste intentionnel extrêmement violent provoqué par un (ou plusieurs) secouement(s), avec ou sans impact, de la part d’un adulte. Ces secousses sont produites le plus souvent lors de la saisie du bébé sous les aisselles ou par le thorax. Sa tête se balance rapidement d’avant en arrière et son cerveau heurte les parois de son crâne. C’est la « somme des signes et symptômes induits par les secousses d’un bébé et les mouvements violents de sa tête en hyperflexion et hyperextension. On pourrait parler de syndrome de la tête secouée » précise le Dr Anne Laurent-Vannier, ancien chef du pôle de rééducation de l’enfant aux hôpitaux de Saint-Maurice (Val-de-Marne). « Ces secousses provoquent une hémorragie en nappe autour du cerveau par rupture de veines allant du cerveau au crâne, décrit-elle. Dans le pire des cas, il peut y avoir des pauses voire un arrêt respiratoire, et donc un manque d’oxygène et des lésions cérébrales irréversibles ». Ce traumatisme du cerveau est susceptible d’impacter la vie entière de l’enfant, voire même de lui enlever. En France, 1 bébé sur 10, victime de secouements, décède, les autres peuvent présenter de graves séquelles neurologiques qui se manifestent par des déficiences intellectuelles, visuelles ou motrices, ainsi que des troubles du comportement, de la parole ou de l’attention.

Le rôle des professionnels de santé

Le syndrome du bébé secoué n’est généralement pas une violence isolée : des symptômes antérieurs suggérant une maltraitance sont particulièrement fréquents chez les bébés diagnostiqués, signale le document d’information. Celui-ci donne donc des clés pour en repérer les signes. Afin d’éviter les récidives, les abus doivent donc être détectés le plus tôt possible tant pour les professionnels de santé que de tout un chacun. En ce qui concerne les professionnels de santé, qu’ils exercent aux urgences ou en cabinet de ville, la Haute autorité de santé avait rappelé dans sa mise au point de décembre 2019 sur cette question qu’ils « sont des acteurs essentiels du repérage de ces actes, de leur diagnostic et de leur prévention ». Ils sont en effet « les plus à même de reconnaître les signes évocateurs d’une maltraitance ainsi que les situations à risque. Ils sont également – par le lien qu’ils établissent avec les familles – des acteurs essentiels de la prévention, en donnant par exemple des conseils aux jeunes parents sur la façon de gérer les pleurs d’un bébé ».

Protéger l’enfant : un acte médical et une obligation légale et éthique pour les professionnels de santé

« Des dérogations à la violation du secret professionnel permettent de signaler les privations et sévices qu’ils ont constatés (article 226- 14 du Code pénal et article 44 du Code de déontologie médicale). Les professionnels de santé n’ont pas à être certains de la maltraitance, ni à en apporter la preuve, pour alerter l’autorité compétente selon les recommandations de la HAS », rappelle la campagne actuelle.

Repérer les signes qui doivent alerter

Les signes devant alerter doivent néanmoins être connus de tous afin que chacun puisse agir au mieux pour l’enfant.  Et ce d’autant qu’il n’y a pas de portrait-robot type d’un « secoueur » et que dans l’immense majorité des cas, le syndrome du bébé secoué se produit sans témoin, lorsque l’enfant est seul avec un adulte – un homme ou une femme – et ce, dans n’importe quelle catégorie sociale. On a du moins remarqué que, « la plupart du temps, le bébé à moins de 1 an, et dans deux-tiers des cas moins de 6 mois », signale l’association Stop bébé secoué sur son site.

La campagne d’information conseille de porter une attention particulière au comportement et aux manifestations de l’enfant pouvant traduire une forme d’inconfort, de mal-être, de malaise, de gêne ou de souffrances psychiques en présence de certains adultes. Il faut s’inquiéter des contusions, ecchymoses ou hématomes, sur un bébé non déambulant qui ne peut se blesser seul et en cas de suspicion de maltraitance et de secouements, il est essentiel d’en parler (voir encadré ci-dessous).

Dans l’urgence

Parmi les symptômes pouvant être en rapport avec une atteinte neurologique grave et qui surviennent immédiatement après des secouements figurent : la somnolence inhabituelle, troubles de la conscience ; la rigidité du corps ou au contraire une perte du tonus ; des mouvements anormaux ou convulsions ; des difficultés à respirer ou des pauses respiratoires ; des troubles oculaires : les yeux ont des mouvements anormaux, les pupilles sont de dimensions inégales, l’enfant louche ou ne suit plus du regard, des vomissements sans raison apparente. Ces symptômes n’apparaissent pas tous chez un bébé victime de secouements. De même, certains de ces symptômes peuvent être liés à tout autre chose que les secouements. Dans tous les cas, il ne faut prendre aucun risque et aller consulter un professionnel de santé.

Dans l’urgence, ne pas hésiter à contacter les secours médicaux d’urgence en appelant le 15 ou le 112 (114 par sms pour les personnes sourdes ou malentendantes) car un diagnostic et des soins précoces sont indispensables pour diminuer les séquelles neurologiques. En attendant l’arrivée des secours, si le bébé présente des convulsions ou s’il vomit, le placer sur le côté, en position latérale de sécurité.

Deux numéros verts pour entrer en contact avec des professionnels de la petite enfance :

  • Un numéro d’urgence : la ligne « Allo Enfance en danger » du Service National d’Accueil Téléphonique pour l’Enfance en Danger (SNATED) qui a pour mission d’apporter aide et conseil aux appelants confrontés à une situation d’enfant en danger ou en risque de l’être.

Joignable au 119 disponible 24h/24 et 7j/7.

  • Un numéro d’aide et d’écoute : la ligne « Allo Parents Bébé » de l’association Enfance et Partage qui a pour mission d’écouter, de soutenir et d’orienter les parents inquiets dès la grossesse et jusqu’aux trois ans de l’enfant.

Joignable au 0 800 00 34 56, du lundi au vendredi de 10h à 13h et de 14h à 18h.

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