Les lymphocytes T produits au cours du rhume banal pourraient aider à protéger contre le COVID

Peter Russell

14 janvier 2022

Londres, Royaume-Uni – Des scientifiques anglais ont affirmé avoir établi les premières preuves du rôle important des lymphocytes T issus de la réponse immunitaire croisée avec des coronavirus du rhume banal contre le SARS-CoV-2 [1]. Une telle protection avait été suspectée précédemment, mais jamais associée à un résultat après exposition au SARS-CoV-2.

Les chercheurs anglais considèrent que leurs travaux pourraient aider à formuler un vaccin universel de seconde génération pour combattre les nouveaux variants du virus.

La petite étude, publiée dans le journal Nature Communications , a été construite sur la base d’investigations antérieures qui ont démontré que les lymphocytes T induits par d’autres coronavirus pourraient être capables de reconnaitre le SARS-CoV-2. Elle a étudié comment la présence, au moment de l’exposition à SARS-CoV-2, de lymphocytes T mémoires capables d’une réponse immunitaire croisée – mais non dirigés contre la protéine Spike – peut influer le fait que la personne devienne infectée ou pas.

Le Dr Rhia Kundu, principale auteur de l’étude, du National Heart & Lung Institute de l’Imperial College London (ICL) a commenté : « Être exposé au SARS-CoV-2 ne résulte pas toujours en une infection, et nous avons voulu comprendre pourquoi. »

« Nous avons trouvé que des taux élevés de lymphocytes T pré-existants, induits dans le corps au cours de l’infection par d’autres coronavirus humains comme celui du rhume banal, pouvaient protéger contre l’infection à Covid-19. »

Une petite étude

L’étude a démarré en septembre 2020 quand la plupart des personnes au Royaume-Uni n’avait été ni infectées ni vaccinées contre le SARS-CoV-2.

Les chercheurs ont évalué 52 cas contacts au sein du ménage de personnes ayant une infection au Covid-19 confirmée par PCR pour identifier les réponses immunes très précocement après exposition au SARS-CoV-2. Les participants ont fait des tests PCR au tout début de l’infection puis 4 et 7 jours après pour déterminer s’ils avaient développé l’infection.

Des échantillons sanguins ont aussi été prélevés sur les participants entre 1 et 6 jours après qu’ils ont été exposés au virus. Cela a permis aux chercheurs d’analyser les niveaux de lymphocytes T pré-existants, induits lors de précédentes infections par des coronavirus du rhume et capables de réactions immunitaires croisées avec les protéines du SARS-CoV-2. Ils ont comparé les taux de ces lymphocytes chez les cas contacts avec des PCR positives et négatives pour le SARS-CoV-2.

Les chercheurs ont trouvé des taux significativement plus élevés de lymphocytes T mémoires secrétant de l’IL-2 spécifique de la capside nucléaire chez 26 cas-contacts au sein du ménage qui sont restés négatifs à la PCR en dépit de l’exposition, par comparaison aux 26 personnes qui sont devenues positives.

Ces lymphocytes T ciblent des protéines internes au SARS-CoV-2, et non la protéine Spike présente à la surface du virus. Aucune différence significative dans la fréquence des réponses à la protéine Spike n’a été observée, ont affirmé les chercheurs « faisant allusion à une protection limitée des lymphocytes T capables de réaction immunitaire croisée avec la protéine Spike ».

Les résultats étaient donc compatibles avec des lymphocytes T mémoire préexistants capables de réaction immunitaire croisée (mais non avec la protéine Spike) et susceptibles de protéger les cas-contacts naïfs pour le SRAS-CoV-2 contre l'infection, une hypothèse qui appuie l’idée d’inclure des antigènes autre que ceux de la protéine Spike dans les vaccins de deuxième génération.

Preuves indéniables de la protection par les lymphocytes T

Le Pr Ajit Lalvani, dernier auteur de la publication et directeur de l’unité de recherche sur les infections respiratoires au ICL, a affirmé : « Notre étude apporte la meilleure preuve à ce jour que les lymphocytes T induits par les coronavirus du rhume banal jouent un rôle protecteur contre l’infection à SARS-CoV-2. »

 
Notre étude apporte la meilleure preuve à ce jour que les lymphocytes T induits par les coronavirus du rhume banal jouent un rôle protecteur contre l’infection à SARS-CoV-2. Pr Ajit Lalvani
 

« Ces cellules confèrent une protection en s’attaquant aux protéines internes au virus, plutôt qu’à la protéine Spike en surface. »

« La protéine Spike est sous la pression immunitaire intense des anticorps induits par la vaccination, ce qui pousse à la création de mutants capables d’échapper au vaccin. Par contraste, les protéines internes ciblées par les cellules T protectrices mutent moins. Par conséquent, elles sont hautement conservées entre les différents variants du SARS-CoV-2, y compris chez Omicron. »

Néanmoins, le Dr Kundu prévient : « Bien que ce soit une découverte importante, il ne s’agit là que d’une forme de protection, et je voudrai insister sur le fait qu’il ne faut pas s’appuyer uniquement sur celle-ci. La meilleure façon de se protéger contre le Covid-19 est d’être totalement vacciné, avec sa dose de rappel. »

Les limites à l’étude sont son petit échantillon, et la participation essentiellement d’européens blancs.

L’étude a été financée par le NIHR Health Protection Research Unit in Respiratory Infections, and the Medical Research Council.

 

L’article a été publié initialement sur Medscape.com sous le titre T Cells from Common Cold 'May Help Protect Against COVID'.  Traduit par Stéphanie Lavaud.

 

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