Règles abondantes : ouverture d’un hôpital dédié à Lyon

Anne-Gaëlle Moulun

Auteurs et déclarations

10 janvier 2022

Lyon, France – Le premier hôpital de jour dédié aux femmes souffrant de règles abondantes vient d’ouvrir en décembre à Lyon. Il permet une prise en charge multidisciplinaire afin de lutter contre l’errance diagnostique. Le Dr Lucia Rugeri, spécialiste de l’hémostase clinique à l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon, à l’origine de ce projet, le détaille pour Medscape.

Pathologies gynécologiques ou troubles de la coagulation

Les règles abondantes sont définies par des critères médicaux. « Les femmes qui en souffrent ont des règles qui durent au moins 7 jours et perdent plus de 80 ml de sang par jour, ce qui est énorme », décrit le Dr Lucia Rugeri. Pour quantifier les règles abondantes, on peut utiliser le score de Higham, qui se base sur le nombre de changement de protections hygiéniques par jour. « Ce score est assez mal connu des médecins. S’il est supérieur à 100, on considère que la femme a des règles abondantes », explique le Dr Rugeri. 80 ml par jour correspondent environ à 5 coupes menstruelles de taille moyenne remplies, ou plus de 5 tampons super plus ou plus de 5 serviettes hygiéniques super plus remplies.

Les causes des règles abondantes peuvent être variées. « Cela dépend de la période de la vie génitale de la femme. Souvent les premières règles sont abondantes, mais cela peut être physiologique et se résoudre souvent tout seul. En revanche, il peut y avoir des pathologies gynécologiques, comme des fibromes ou des polypes utérins », détaille le Dr Rugeri. Des troubles de la coagulation héréditaires peuvent également être en cause. « Par exemple, dans la maladie de Willebrand, une maladie génétique causant des complications hémorragiques, jusqu’à 50 % des femmes ont des règles abondantes ». Enfin, il peut s’agir de complications liées à une prise de médicaments anti-coagulants. « Les règles abondantes peuvent avoir des retentissements sur la vie sociale, sur l’absentéisme. Il est donc important d’identifier ces facteurs », souligne le Dr Rugeri.

Retentissements sur la vie sociale

Pourquoi avoir eu envie d’ouvrir un tel centre ? Médecin hématologue formée en hémostase clinique, le Dr Rugeri travaillait auparavant dans un centre spécialisé dans les troubles de la coagulation à Lyon. « Je recevais un certain nombre de femmes qui m’étaient adressées pour chercher des déficits en troubles de la coagulation. Elles n’étaient pas forcément bien diagnostiquées et leur traitement n’était pas toujours adapté. Dans le cas de la maladie de Willebrand par exemple, les sociétés savantes recommandent une prise en charge multidisciplinaire mais, en pratique, il n’existe pas de structure adaptée pour cette prise en charge ».

Ayant rejoint récemment l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon, le Dr Rugeri a proposé au chef de service le projet d’ouvrir un hôpital de jour dédié aux règles abondantes, qui a été accepté. C’est ainsi que cette structure a ouvert à Lyon le 3 décembre dernier. « Nous avons monté le projet en trois mois. L’idée de cet hôpital de jour est d’être une première étape pour identifier la problématique, pour une première prise en charge multidisciplinaire », indique le Dr Rugeri.

Parcours multidisciplinaire en 3 h

Concrètement, les femmes souffrant de règles abondantes peuvent être adressées par un professionnel de santé (médecin traitant, gynécologue, sage-femme), au service de gynécologie-obstétrique de l’hôpital de la Croix-Rousse. Les patientes remplissent un questionnaire sur le site des HCL et calculent leur score de Higham. Selon le contexte clinique de la patiente, un rendez-vous en hôpital de jour ou d’emblée auprès d’un professionnel de santé (gynécologue, chirurgien) leur est proposé.

Lors de la consultation à l’hôpital de jour, la patiente bénéficie, en 3h, d’un parcours multidisciplinaire avec une prise en charge par un spécialiste en hémostase, la réalisation d’une échographie de l’utérus par un praticien spécialisé, une consultation avec un médecin gynécologue, ainsi qu’un bilan biologique d’hémostase. « Nous proposons des traitements symptomatiques afin que la patiente reparte avec une première solution. Nous envisageons une réévaluation dans les 6 mois en fonction de ce qu’on a mettre en évidence », précise le Dr Rugeri.

Construire un réseau ville-hôpital

L’hôpital de jour de la Croix-Rousse a déjà reçu 3 femmes en décembre et devrait à terme en recevoir en moyenne une dizaine par semaine. Au cours du premier semestre 2022, l’hôpital Femme-Mère-Enfant (HFME) de Lyon devrait également ouvrir une consultation dédiée, avec un objectif total de 20 patientes par semaine reçues dans les deux centres. « A partir de ces structures de recours, notre but est aussi de construire un réseau ville-hôpital pour pouvoir réadresser les patientes vers des médecins de ville qui pourront suivre l’efficacité des traitements », explique le Dr Rugeri. « Si cette prise en charge répond vraiment à une demande, ce que je pense, nous essaierons de la décliner dans d’autres maternités, à Lyon et pourquoi pas ailleurs en France », conclut-elle.
 

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