Les smartphones et tablettes associés à un risque de myopie chez les enfants

Lisa Rapaport

Auteurs et déclarations

30 décembre 2021

Virtuel – L’exposition aux écrans des téléphones portables et autres tablettes au cours de l’enfance est associée à un risque accru de myopie, notamment d’équivalent sphérique myopique* plus élevé et d’une plus grande longueur axiale**, selon une nouvelle méta-analyse publiée dans The Lancet Digital Health .

Pour ce travail, les chercheurs ont colligé les données de 33 articles (portant sur un total de plus de 50.000 participants), qui s'étaient intéressés aux performances visuelles associées à l'utilisation de smartphones seule ou en association avec d'autres activités sollicitant la vision de près.

En comparaison avec les sujets qui ne passaient pas du tout de temps derrière un écran, ceux qui utilisaient uniquement un smartphone ou une tablette présentaient un risque significativement accru de myopie (odds ratio 1,26)… et cet effet était plus marqué encore (OR 1,77) lorsqu'ils passaient aussi du temps sur ordinateur, rapportent les auteurs.

« Un excès d'activités sollicitant la vision de près perturbe le développement normal des propriétés de réfraction ou de focalisation de l'œil, par le biais en particulier d'une augmentation de sa longueur axiale », explique Joshua Foreman du département d'ophtalmologie de l'université de Melbourne (Australie), premier auteur. La conséquence étant que la lumière est focalisée devant la rétine plutôt qu'à sa surface.

« Les activités à l'écran sollicitent également la vision de près et il est donc vraisemblable qu'elles fassent intervenir des mécanismes similaires », ajoute-t-il.

Environ la moitié des études qui se sont intéressées à l'utilisation de smartphones et tablettes uniquement ont rapporté un risque accru de myopie. Une proportion encore plus importante (60 %) a observé une association significative avec la myopie pour l'utilisation combinée d'un smartphone/tablette et d'un ordinateur.

Toutes les études incluses dans l'analyse avaient utilisé des questionnaires pour évaluer le temps passé à l'écran. L'une des limite de cette revue de la littérature réside donc dans l'imprécision potentielle de ces données auto rapportées, précisent les auteurs.

Une autre limite de l’analyse est que moins d'un tiers des études distinguaient explicitement l'utilisation de smartphones/tablettes d'autres types de tâches sollicitant la vision de près.

Lors de recherches futures, il serait utile de mesurer non seulement le temps passé derrière un écran, mais aussi les conditions de luminosité et la distance entre l'œil et l'écran, observent encore les chercheurs.

« La myopie existait bien avant l'invention du smartphone et l'avènement des technologies numériques n'explique donc pas en elle-même la formidable progression de sa prévalence un peu partout dans le monde », souligne James Loughman, professeur en optométrie et sciences de la vision à la Technological University de Dublin (Irlande) et coauteur d'un commentaire accompagnant la nouvelle étude.

D'après lui, l'utilisation croissante de dispositifs numériques contribue surtout à la myopie d'une manière indirecte, au travers des changements qui en découlent au niveau du mode de vie.

« Le fait de passer moins de temps à l'extérieur, l'urbanisation, l'augmentation du temps consacré à l'éducation, la lecture continue ou prolongée à faible distance ont été identifiés comme autant de facteurs de risque d'apparition et de progression de la myopie », précise le Pr Loughman.

 
Le fait de passer moins de temps à l'extérieur, l'urbanisation, l'augmentation du temps consacré à l'éducation, la lecture continue ou prolongée à faible distance ont été identifiés comme autant de facteurs de risque d'apparition et de progression de la myopie. Pr James Loughman
 

« L'association entre la myopie et un excès d'activités sollicitant la vision de près est complexe et reste en partie mystérieuse, mais il est généralement admis que les secondes favorisent l'apparition de la première. »

* L’équivalent sphérique correspond à la puissance de focalisation effective de l’œil si seules les aberrations sphériques existent.

**  La longueur axiale optique est la distance entre le plan principal optique secondaire de la cornée et le plan des photorécepteurs rétiniens.

 

Initialement publié sous l’intitulé Les smartphones et tablettes associés à un risque de myopie chez les enfants. Publié sur www.mediquality.net, membre du réseau Medscape.

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