Le nouvel arrêté sur la formation des maitres de stage universitaires déçoit étudiants et praticiens

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

29 décembre 2021

Paris, France— Les prévisions pessimistes du syndicat d'internes et d’externes ainsi que du collège national des généralistes enseignants se sont réalisées : dans un arrêté publié ce 22 décembre, portant sur « la formation à l'accueil, à l'encadrement et à l'évaluation d'un étudiant de deuxième ou de troisième cycle des études de médecine pour l'agrément des praticiens maîtres de stage des universités », la durée de formation des maitres de stage est limitée à 10 heures en tout et pour tout (contre 20 heures auparavant).

Une décision contre laquelle se sont battus le CNGE ainsi que l'isnar-IMG, REAGjir, l'Anemf, le SNEMG, qui avaient publié un communiqué commun au début du mois de novembre, sur la question : « L'agence nationale de développement professionnel continu (ANDPC) envisage de réduire de manière drastique l'accès à la formation de la maîtrise de stage. Cette formation [...] se limiterait à dix heures. Cette mesure aboutira inéluctablement à la dégradation des conditions de travail des étudiants en médecine », écrivait le 3 novembre dernier les syndicats. Qui déclaraient s'opposer « à toute limitation de la formation à la maitrise de stage et réaffirment la nécessité d'accorder plus de moyens à cette formation. » Force est de constater qu'ils n'ont pas été entendus.

Plus de « hors quota »

Autre problème : cette formation serait incluse dans le forfait formation DPC des maitres de stage, alors qu'auparavant, la formation de maitre de stage était hors quota. « C'est un très mauvais signal envoyé aux MSU (maitre de stage des universités), pense Nicolas Lunel, président de l'Anemf, contacté par Medscape. Maintenant leur formation est en hors quota.

Avant pour devenir MSU, il fallait suivre une formation DPC qui ne rentrait pas sur ses crédits DPC. Maintenant le MSU va devoir utiliser ses crédits DPC pour se former. En Commission Nationale des Etudes de Maïeutique, Médecine, Odontologie et Pharmacie (cnemmop) une très large majorité des participants s'y sont opposés. »

Là aussi, les syndicats ont fait chou blanc. Ces deux mesures, qui plus est, vont à l'encontre des nouvelles ambitions pédagogiques de la formation des maitres de stage, revues à la hausse. « Le contenu des enseignements inclut maintenant tout ce qui a trait aux violences sexistes, sexuelles mais aussi la prévention psychosociale en direction des étudiants. C'est totalement aberrant : cet arrêté officialise la diminution du nombre d'heures de formation mais augmente le contenu pédagogique de la formation des MSU », s'indigne Nicolas Lunel.

 
C'est totalement aberrant : cet arrêté officialise la diminution du nombre d'heures de formation mais augmente le contenu pédagogique de la formation des MSU. Nicolas Lunel
 

Encadrement de l’étudiant

En effet, dans l'annexe 1 de l'arrêté relatif à l'encadrement de l'étudiant, le MSU devra repérer « des situations à risques psychosociaux et de violences sexistes et sexuelles, communication persuasive, analyse transactionnelle, négociation, débriefing, feed-back, etc. ;". Cet encadrement de l'étudiant devra également prendre en compte, outre les grands principes pédagogiques, l'appropriation des outils de supervision.

Le MSU devra aussi faire une place à l'étudiant, accompagner la progression de l'étudiant dans sa maitrise du raisonnement clinique ainsi que dans sa relation au patient. Autre objectif affiché du MSU, tel que le stipule cet arrêté : rendre compte de l'évolution de l'étudiant (repérer un étudiant en difficulté, « connaître les structures d'aide et d'accompagnement des étudiants en difficulté »...), évaluer l'étudiant (connaitre « les modalités et le calendrier d'évaluation », évaluer une compétence en construction, intégrer dans « sa pratique de maitre de stage, le retour évaluatif des étudiants »).

Deux autres objectifs

Au-delà de l'encadrement de l'étudiant, l'arrêté fixe deux autres objectifs : connaitre les aspects législatifs, administratifs et pratiques du stage ambulatoire (le rôle et les responsabilités des acteurs de la formation, enjeux territoriaux et démographiques des stages ambulatoires...), et comprendre les spécificités de chacun des cycles de formation (« Connaître les principaux éléments du parcours de formation des étudiants en médecine, Connaître les principes de la réforme du deuxième cycle des études de médecine, Connaître les principes de la réforme du troisième cycle des études de médecine, Comprendre le processus global d'évaluation des formations, Connaître les plateformes numériques à disposition des formateurs »).

E-learning et présentiel

Les aspects législatifs peuvent être enseignés en e-learning en trois heures, et les « autres objectifs sont enseignés en présentiel avec une durée minimale totale de sept heures », selon des « méthodes actives de simulation (patient simulé, jeux de rôles, etc.) et des échanges entre participants, alternant des séances en petits groupes et des séances plénières ». Les dispositions de cet arrêté sont dispensés pour un premier agrément à compter de la rentrée universitaire 2022, aussi bien pour l’accueil des étudiants en deuxième cycle qu'en troisième cycle. Les praticiens maitres de stage déjà agréés avant publication de cet arrêté bénéficient d'une formation complémentaire en vue de la mise à jour de leur connaissance, au regard des nouveaux objectifs pédagogiques de la formation des MSU.

 

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