La revue de presse en oncologie

Bénéfice des hormonothérapies de nouvelle génération dans le cancer de la prostate métastatique hormonosensible

Dr Constance Thibault

Auteurs et déclarations

3 mai 2022

TRANSCRIPTION

Bonjour à tous et bienvenue sur Medscape. Ce mois-ci je souhaiterais vous faire part d’une actualité concernant les patients atteints d’un cancer de la prostate métastatique, mais hormonosensible, pour lesquels il y a eu la publication récemment de deux études de phase 3 qui sont vraiment des études majeures et qui vont changer la prise en charge de ces patients. Il s’agit de  PEACE-1  [1]et ARASENS  [2].

PEACE-1 : abiratérone + prednisone avec suppression androgénique + docétaxel dans le cancer de la prostate métastatique de novo sensible à la castration

PEACE-1  [1] est une étude de phase 3 qui avait l’ambition de s’intéresser aux patients avec des cancers de la prostate métastatiques d’emblée et d’évaluer deux attitudes un peu nouvelles :

  • l’adjonction de l’abiratérone au traitement standard,

  • l’intérêt de la radiothérapie prostatique, donc le traitement du primitif chez ces patients avec une maladie d’emblée métastatique.

Résultats : À noter que l’étude avait quatre bras de traitement ― un bras standard, un bras standard + abiratérone, un bras standard + radiothérapie, et un bras standard + radiothérapie + abiratérone. Nous avons ici les résultats de la comparaison entre les patients qui avaient reçu ou non l’abiratérone en plus du traitement standard. La particularité de cette étude est que lorsqu’elle a commencé ses inclusions, la thérapie standard consistait en un traitement par analogue où antagoniste de la LH-RH et en cours d’étude le standard de traitement a changé avec la publication de l’étude CHAARTED qui a positionné le docétaxel comme un nouveau standard de traitement chez ces patients. On a donc eu les résultats dans la population générale de patients inclus dans l’étude (un peu plus de 500 patients entre chacun des bras), avec un bénéfice très net en faveur de l’abiratérone, que ce soit en termes de survie sans progression ou de survie globale. Ce n’est pas un scoop, parce qu’il y avait déjà des études qui avaient démontré l’intérêt d’intensifier le traitement et de ne pas traiter les patients uniquement avec un traitement par analogue ou antagoniste de la LH-RH et qu’il y avait un intérêt à rajouter l’abiratérone. La nouveauté, en revanche, est que parmi les patients qui recevaient comme traitement standard un analogue ou un antagoniste de la LH-RH + le docétaxel, il y avait là aussi un intérêt à ajouter en plus l’abiratérone, étant donné que le triplet de traitements – analogue où antagoniste de la LH-RH + docétaxel + abiratérone – faisait mieux qu’un traitement par analogue ou antagoniste de la LH-RH + le docétaxel. Donc c’est vraiment un premier message important, et ce bénéfice a été observé à la fois en termes de survie sans progression radiologique avec un hazard ratio à 0,50 et en termes de survie globale avec un hazard ratio, cette fois-ci, à 0,75 – sachant que quand on regarde les analyses en sous-groupes, on a l’impression que les patients qui en tirent un bénéfice sont surtout les patients avec une maladie de haut volume qui sont, en général, les patients chez qui on est amené à discuter la réalisation d’une chimiothérapie. C’était vraiment le premier message.

 
Bénéfice très net en faveur de l’abiratérone.
 

En termes de tolérance, il n’y a pas eu de grosses surprises, avec une toxicité un peu plus majorée dans le bras abiratérone avec, essentiellement, un peu plus d’hypertension, mais un profil de tolérance qui reste tout à fait acceptable. C’est donc une étude qui est positive sur son critère de jugement principal qui était composite – à la fois la survie sans progression radiologique et la survie globale.

ARASENS : intérêt du darolutamide chez les patients avec un cancer de la prostate métastatique hormonosensible

Les résultats d’ ARASENS  [2] vont conforter l’intérêt d’un triplet de traitements chez ces patients. C’est une étude avec un design un peu plus simple et classique, étant donné qu’elle ne posait qu’une seule question qui était celle de l’intérêt du traitement par darolutamide chez les patients avec un cancer de la prostate métastatique hormonosensible. Contrairement à PEACE-1, l’étude ARASENS a été ouverte et a commencé ses inclusions alors que le traitement standard était déjà un traitement par une hormonothérapie de première génération + le docétaxel. Dans le cadre de cette étude, les patients recevaient soit une hormonothérapie de première génération + le docétaxel + le placebo, soit une hormonothérapie de première génération + le docétaxel + le darolutamide, sachant que le darolutamide fait partie des hormonothérapies de nouvelle génération qui a déjà démontré un bénéfice, notamment chez les patients avec une maladie résistante à la castration, mais non métastatique.

Donc pour la première fois, on a des résultats de cette thérapeutique chez les patients avec un cancer de la prostate métastatique. L’autre particularité de ARASENS par rapport à PEACE-1 est que dans cette étude ils n’incluaient pas que des patients avec une maladie d’emblée métastatique – ils incluaient aussi des patients qui récidivaient après un traitement local. Néanmoins, dans le cadre de cette étude, 86 % des patients inclus avaient une maladie qui était d’emblée métastatique.

Résultats : Le critère de jugement principal était la survie globale et l’étude est nettement en faveur du triplet de traitement par rapport à un traitement par hormonothérapie de première génération + le docétaxel, avec un hazard ratio à 0,68 et une nette augmentation de la survie en faveur de l’ajout du darolutamide. Et ce qui est assez impressionnant, c’est qu’en termes de tolérance, on a vraiment l’impression que cette hormonothérapie de nouvelle génération est extrêmement bien tolérée, étant donné que, quand on regarde les chiffres des effets secondaires de grade 3 et 4, ils sont strictement quasiment similaires entre les deux bras de traitement – placebo ou darolutamide. On note cependant, concernant les effets secondaires un peu plus spécifiques des inhibiteurs du récepteur aux androgènes comme le darolutamide, un peu plus d’hypertension artérielle et un peu plus de bouffées de chaleur, mais, malgré tout, c’est un profil de tolérance qui semble extrêmement séduisant.

Conclusions pratiques

Le message clé de ces deux études est que, désormais, chez les patients avec une maladie métastatique hormonosensible il n’y a plus de place pour un traitement par une hormonothérapie de première génération + le docétaxel seul. Il faut absolument, chez les patients qui ont une indication à faire une chimiothérapie, adjoindre en plus une hormonothérapie de nouvelle génération – soit l’abiratérone, qui a déjà une autorisation de mise sur le marché (AMM) chez ces patients, soit le darolutamide qui, lui, n’a pas encore d’AMM et de remboursement en France. Néanmoins, il est très probable que le laboratoire Bayer en fasse la demande et on espère qu’on pourra prescrire cette thérapeutique chez les patients.

La question qui reste en suspens est de savoir « est-ce qu’un triplet à base de chimiothérapie + hormonothérapie de nouvelle génération fait mieux qu’un doublet à base d’une hormonothérapie de première génération et une hormonothérapie de seconde génération ? » À l’heure actuelle, on n’a aucune étude qui ait comparé ces deux attitudes. Donc je dirais que ce sont deux options thérapeutiques qu’on peut proposer à nos patients. Et quand on regarde les analyses en sous-groupes de ces deux études, on a l’impression que les patients qui tirent un réel bénéfice du triplet et d’une très forte intensification sont très probablement les patients avec une maladie d’emblée métastatique et plutôt les patients avec un haut volume tumoral.

Voilà pour les nouvelles. J’espère vous retrouver bientôt sur Medscape.

 

Suivez Medscape en français sur Twitter.

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....