La revue de presse en oncologie

Cancer de la prostate : retour sur deux études positives, STAMPEDE et VISION

Dr Constance Thibault

Auteurs et déclarations

25 février 2022

Le Dr Constance Thibault (oncologue médicale à l’hôpital européen Georges-Pompidou) fait le point les résultats des études STAMPEDE et VISION, toutes deux positives, dans le traitement du cancer de la prostate.[1,2]

TRANSCRIPTION

Bonjour à tous et bienvenue sur Medscape. Je vais vous présenter aujourd’hui les résultats de deux études qui concernent la prise en charge des patients avec un cancer de la prostate. La première est STAMPEDE qui a cherché à évaluer l’intérêt de l’ajout de l’abiratérone en plus de la prise en charge classique chez les patients avec un cancer de la prostate localisé à haut risque de récidive. Et la deuxième est VISION qui a évalué l’intérêt du lutécium-PSMA chez les patients avec un cancer de la prostate métastatique résistant à la castration préalablement traité par monothérapie de nouvelle génération et par taxanes.

STAMPEDE : l’adjonction d’abiratérone augmente la survie sans métastases

STAMPEDE [NCT00268476] est une étude anglaise avec de multiples bras de traitement qui vont s’ouvrir et se fermer en fonction de l’évolution des standards de traitement. Préalablement présentée à l’ESMO 2021, elle a été publiée en décembre dans le Lancet . [1] Cette fois-ci, les auteurs ont cherché à évaluer l’intérêt de l’intensification du traitement hormonal en cas de maladie localisée, mais à haut risque de récidive. Pour être inclus, les patients devaient avoir un cancer de la prostate localisé à haut risque de récidive, c’est-à-dire qu’ils devaient avoir une maladie N+ ou une maladie N0, mais avec deux critères de risque parmi les suivants : le stade T ≥ 3, un Gleason ≥ 8, et un PSA ≥ 40. Le traitement évalué pour intensifier le traitement hormonal était l’abiratérone administrée pendant deux ans, soit seule, soit en association avec l’enzalutamide.

Pourquoi cette association ? Il y avait deux bras bien distincts dans le cadre du design – un bras avec l’abiratérone seule et un bras avec l’enzalutamide –, mais les auteurs ont décidé d’analyser ces deux bras de traitement ensemble, étant donné que les données au stade métastatique ont montré qu’il n’y avait pas de bénéfice à intensifier, à faire une double hormonothérapie par abiratérone + enzalutamide, donc finalement ils ont décidé de pooler les deux bras ensemble pour avoir un peu plus de puissance. Concernant le traitement standard, il s’agissait d’une hormonothérapie associée à de la radiothérapie en cas de maladie N0, et en cas de maladie N+, c’était une hormonothérapie classique. La radiothérapie n’était pas obligatoire, mais était fortement recommandée.

Concernant la population de patients inclus, il y a eu quasiment 2 000 malades. Il s’agissait presque exclusivement de patients avec une maladie localisée de novo, étant donné que des patients en récidive après un traitement local pouvaient être inclus, mais finalement cela ne représentait que 4 % des patients inclus dans l’étude, donc on n’en parlera pas dans le cadre des résultats.

On a maintenant un recul concernant cette étude de 6 ans qui montre que l’adjonction de l’abiratérone pour une durée de 2 ans permet d’augmenter la survie sans métastases de manière statistiquement significative avec un hazard ratio à 0,53 et une survie sans métastases qui passe de 69% à 6 ans à 82% chez les patients qui recevaient l’abiratérone plus ou moins enzalutamide pendant 2 ans. En termes de critères de jugement secondaires, que ce soit la survie globale, la survie sans récidive biologique, la survie spécifique ou la survie sans progression, elles étaient toujours statistiquement significatives en faveur de l’intensification du traitement hormonal. Et ce qui est intéressant, c’est que quand on regarde l’analyse en sous-groupe, on voit que l’ensemble des patients en tire un bénéfice, qu’ils aient une maladie N+ ou non, qu’ils aient ou non reçu de la radiothérapie dans le cadre de leur traitement.

Concernant la tolérance, il y avait un peu plus de toxicité si les patients recevaient l’abiratérone, et en termes de toxicité de grade 3-4, c’était essentiellement de l’hypertension et des cas de cytolyse hépatique, mais qui restaient relativement rares.

Donc ces résultats sont vraiment une avancée majeure : c’est la première fois que les hormonothérapies de nouvelle génération montrent un intérêt au stade localisé et cela devrait pousser les sociétés savantes à modifier le standard de traitement chez les patients avec un cancer de la prostate localisé, mais à haut risque de récidive, c’est-à-dire N+ ou N0, avec au moins deux critères parmi T3 ou plus, PSA ≥ 40 et le Gleason ≥ 8.

 
C’est la première fois que les hormonothérapies de nouvelle génération montrent un intérêt au stade localisé.
 

VISION : gain en survie globale et survie sans progression avec le lutécium-PSMA vs le traitement standard

Concernant la deuxième étude – VISION [NCT03511664] présentée à ASCO et publiée dans le NEJM – il s'agit d'un essai de phase 3 évaluant l’intérêt du lutécium-PSMA, qui est une radiothérapie interne vectorisée, chez les patients qui avaient été traités au préalable par hormonothérapie de nouvelle génération et au moins un, voire deux taxanes, le docétaxel plus ou moins le cabazitaxel. Cette étude évaluait deux bras de traitement : la prise en charge standard ou la prise en charge standard + le lutécium-PSMA, sachant que la prise en charge standard pouvait être soit des soins palliatifs, soins de support exclusif, soit une hormonothérapie de nouvelle génération, soit, éventuellement, une corticothérapie, mais cela ne pouvait pas être de la chimiothérapie.[2]

Les résultats sont positifs en termes de survie globale et de survie sans progression en faveur du lutécium-PSMA de manière assez nette, avec un hazard ratio à 0,60 en termes de survie globale et une médiane de survie globale qui va, finalement, passer de 11,3 mois à 15,3 mois chez les patients qui recevaient le lutécium-PSMA.

Concernant la tolérance du traitement, elle semble acceptable avec comme principaux effets secondaires de la fatigue, de la toxicité hématologique, des sécheresses buccales (étant donné que les glandes salivaires expriment le PSMA) et quelques cas aussi de troubles digestifs à type de nausées/vomissements et de rares cas de toxicité rénale. En tout cas, là encore c’est plutôt une bonne nouvelle pour nos patients, étant donné que cela nous permet d’avoir une thérapeutique supplémentaire au stade métastatique résistant à la castration. En France, on a la chance désormais de pouvoir avoir un accès à cette thérapeutique, étant donné qu’il y a un accès compassionnel qui a été autorisé par les autorités de santé, avec cependant quelques difficultés pour réaliser ce type de traitement qui n’est pas fait dans les services de cancérologie stricto sensu, mais dans les services de médecine nucléaire, et qui va donc demander à ce qu’il y ait une bonne collaboration entre les oncologues et les services de médecine nucléaire pour pouvoir administrer ce traitement chez nos patients.

 

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