700 000 à 1,6 millions d’américains touchés par les troubles de l’olfaction post-COVID

Hélène Joubert

Auteurs et déclarations

13 décembre 2021

Saint-Louis, Etats-Unis — Une publication américaine fait état d’une préoccupation croissante en termes de santé publique envers les troubles olfactifs chroniques post-Covid-19. Elle estime le nombre de patients américains touchés entre 700 000 et 1,6 millions[1].

Dans l’étude, le nombre de patients infectés par le Covid déclarant un trouble de l’odorat se situerait aux alentours 2 et 3 % après six mois, une estimation conforme à la littérature scientifique. Aussi, seuls 5 % des patients présentant des troubles de l’odorat post-Covid s’en plaindraient encore à un an. Ces chiffres considérables sont néanmoins à relativiser, ont indiqué la Dr Charlotte Hautefort (Paris) et le Pr Dominique Salmon-Ceron (Paris) à Medscape édition française.

Le premier des symptômes prolongés du Covid

Les troubles de l’olfaction font partie des séquelles à long terme de l’infection Covid-19, le « Covid long » ou plus exactement « les symptômes prolongés à la suite d’un Covid-19 », selon la Haute autorité de Santé (HAS)[2].

Ces troubles peuvent durer de longs mois et être responsables d’une altération de la qualité de vie, d’une réduction des prises alimentaires, de l’impossibilité de détecter les fumées et les gaz toxiques, et de l’apparition de troubles dépressifs, énumèrent en préambule les auteurs de l’étude menée à Saint Louis (Missouri, États-Unis) dont l’objectif était d’évaluer l’évolution à long terme des troubles de l’olfaction induits par l’infection Covid-19.

700 000 à 1,6 millions de cas supplémentaires

L’étude a exploité des données nationales américaines des cas d’infection à Covid-19 confirmés ou probables (test antigénique sans confirmation par RT-PCR, tableau clinique évocateur ou décès sans confirmation par test biologique), de janvier 2020 à mars 2021.

A partir d’autres publications chiffrant une incidence des troubles olfactifs de 52,7 % en cas de Covid-19 et un taux de guérison de 95,3 %, les auteurs ont déterminé trois estimations de fréquence cumulée de troubles olfactifs : basse (incidence 29,6 %, guérison 98,0 %), intermédiaire (incidence 52,7 % et guérison 95,3 %) et haute (incidence 75,2 % et guérison 92,6 %).

Pour rappel, depuis le début de la pandémie, le nombre moyen de cas quotidiens de Covid-19 aux États-Unis était de 68 468 avec un pic à 295 121 en janvier 2021. Les cas de troubles olfactifs ont émergé en août 2020, six mois après le début de la pandémie, et ont connu une croissance progressive puis exponentielle. Ainsi, en août 2021, les estimations basses, intermédiaires et hautes du nombre d’américains présentant des troubles olfactifs étaient de 170 238, 712 268, et 1160 0241 respectivement.

Ces chiffres sur l’incidence des troubles olfactifs sont considérables. Ils sont à rapporter aux données connues avant la pandémie, à savoir qu’environ 13 millions d’adultes américains présentent des troubles de l’olfaction, avec une prévalence de 4,2 % parmi les 40 à 49 ans, et de près de 40 % après 80 ans.

Les 700 000 à 1,6 millions de cas supplémentaires provoqués par la pandémie représentent une augmentation de 5,3 % à 12 %, en notant que les troubles de l’olfaction induits par la pandémie touchent des populations plus jeunes que celles habituellement atteintes par ce type de trouble. Il en résulte potentiellement un impact plus prolongé sur la qualité de vie de ces patients plus jeunes.

A noter, le nombre de cas Covid-19 utilisé dans cette étude est très probablement sous-estimé, de nombreux patients n’ayant pas consulté et/ou n’ayant pas été testés. Il apparaît donc que les troubles de l’olfaction induits par l’infection à Covid-19 représentent un réel problème de santé publique et justifient la mise en place de programmes de recherche dédiés, estiment les chercheurs.

2 % ont encore des troubles après six mois

« Rapporté au nombre de personnes infectées aux États-Unis, près de 48 millions, le nombre de patients déclarant un trouble de l’odorat se situe aux alentours de 2 % après six mois, relativise le Dr Charlotte Hautefort (ORL, Hôpital Lariboisière, AP-HP, Paris) ce qui conforte les données de la littérature. Par ailleurs, seulement 5 % des patients ayant perdu l’odorat après une infection au SARS-COV2 signalent une persistance des troubles un an post-Covid-19. » 

Pour la spécialiste, « ce phénomène n’a rien de nouveau car il est similaire aux pertes d’odorat post-virales que nous connaissons bien. Simplement, l’ampleur de la pandémie de Covid-19 nous a enfin permis de chiffrer la prévalence de cette séquelle sensorielle, en suivant d’importantes cohortes de patients du début jusqu’à la disparition complète des troubles. A ce propos, ce ne sont que très rarement des pertes complètes de l’odorat qui persistent mais plutôt des troubles de l’olfaction, en particulier de l’identification de l’odeur, et accessibles à la rééducation. Nous constatons que cette évolution ressemble à celle déjà décrite pour les autres virus où les patients récupèrent habituellement leur olfaction dans les deux ans en moyenne. » 

« L’anosmie est le symptôme le plus persistant du « Covid-long », souligne la Pr Dominique Salmon-Ceron, infectiologue et professeur de maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital de l’Hôtel-Dieu (Paris) pour Medscape. La particularité de ces troubles de l’odorat après l’infection par le SARS-CoV-2 est qu’ils surviennent sans obstruction ni lésion nasale. Au sein de notre service, du fait du biais de recrutement des cas préférentiellement sévères, ce chiffre peut aller jusqu’à 30 %, plusieurs mois post-Covid. Si l’anosmie s’améliore spontanément après quelques semaines et mois dans 90 à 95 % des cas, avec parfois une période de parosmie (distorsion des odeurs vers d’autres, généralement désagréables) et/ou d’hyposmie avant de disparaître, environ 5 % des personnes infectées suivies dans notre service conservent une anosmie résiduelle, avec au moins 18 mois de recul. »

Quelle place pour les corticoïdes inhalés ?

« Avant la Covid-19, nous avions l’habitude de prescrire des corticoïdes aux personnes consultant pour une perte brutale de l’odorat dans un contexte viral, indique le Dr Hautefort. Or, en cas d’infection par le SARS-CoV-2, la Société française d’ORL et de chirurgie de la face et du cou (SFORL) a déconseillé l’utilisation de corticoïdes du fait d’une balance bénéfice/risque défavorable si l’on compare le symptôme anosmique à la mortalité induite par le virus par atteinte respiratoire. 

Dans le cadre d’une étude que nous avons menée en partenariat avec la Fondation Rothschild (Paris), nous avons eu l’autorisation de traiter les patients ayant une anosmie résiduelle une fois la RT-PCR négativée, et à distance des symptômes (un mois minimum). Ce qui manque de pertinence du point de vue de l’anosmie car à un mois, l’inflammation a disparu et nous observons uniquement les séquelles sensorielles.

Dans les deux groupes, l’étude a permis de tester l’intérêt d’un lavage de nez au sérum physiologique avec et sans corticoïdes locaux. Tous les patients de l’étude ont bénéficié d’une rééducation olfactive.

Nous n’avons observé aucune différence concernant la qualité et le délai de récupération entre les deux groupes. La bonne nouvelle est que les patients de l’étude suivis sur huit mois ont récupéré et amélioré leurs performances olfactives. »

A distance de l’infection, en cas de persistance de troubles olfactifs, la rééducation est le seul traitement reconnu efficace pour améliorer récupérer de troubles de l’odorat post-infectieux, à raison de deux fois cinq minutes par jour, où le patient doit s’entraîner à percevoir des odeurs en étant pleinement conscient. Ceci afin de les reconnaître en faisant intervenir la plasticité neuronale, à savoir reconnecter les informations sensorielles provenant de l’épithélium renouvelé avec la mémoire olfactive. 

Dominique Salmon-Ceron, n’a pas déclaré de liens d’intérêt en lien avec cette publication. Charlotte Hautefort déclare ne pas avoir de liens d’intérêt avec cette publication.

 

Crédit de Une : Dreamstime

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